Les usines chinoises et la chaîne d'approvisionnement mondiale font la une des journaux depuis le début des épidémies de coronavirus ("COVID-19"). Nous pensons que l'épidémie n'aura pas d'impact durable sur la capacité de production de la Chine. L’épidémie pourrait cependant accélérer la troisième révolution industrielle.

L’impact du coronavirus ne devrait pas durer

Sources: Data from World bank and OECD as of February 2020, World Shipping Council, Minisgtry of Transport of the People’s Republic of China

Le COVID-19 ne modifiera pas de manière significative le rôle de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement. La Chine reste le seul pays capable de fabriquer toutes sortes de biens en grosses quantités et à bas prix. De plus, le pays peut s’appuyer sur un réseau logistique efficace de portée mondiale.

La position de leader de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement mondiale n’est pas le fruit du hasard. Il aura fallu plus de 40 ans à la Chine pour devenir l’usine du monde, grâce à des réformes économiques, une offre de main-d’œuvre quasi illimitée et bon marché, la création de zones industrielles offrant des avantages financiers et des investissements dans son réseau de transport. Les résultats parlent d’eux même: selon la Banque mondiale, la Chine représente 28% de la production nette mondiale du secteur manufacturier et aussi 19% du PIB mondial.

Mais le géant chinois a aussi ses faiblesses qui ont été mises en lumière avec l’émergence du coronavirus. Les usines chinoises ont eu du mal à redémarrer leurs activités après le Nouvel An lunaire, car le COVID-19 a obligé les travailleurs à rester chez eux. On craignait un effet domino mondial. Les dirigeants chinois le savent et ont mis en place une série de mesure pour que ce virus ne nuise pas à leur leadership dans la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Impact économique d’une quarantaine

Les pandémies ne sont pas nécessairement le premier cygne noir qui vient à l’esprit des stratèges des marchés financiers. L’économie globale est en quarantaine mais quelques secteurs tirent leur épingle du jeu alors que d’autres souffrent d’une baisse violente de leur activité.

L’événement a été soudain, et il faudra du temps pour évaluer l’impact économique total de COVID-19, d’autant plus que le virus se propage dans le monde entier. La comparaison avec les récentes épidémies n’est pas facile, car elles ont eu des conséquences économiques moindres. Premièrement, les épidémies de SRAS et d’Ebola se sont produites dans des régions moins importantes sur le plan économique. Ensuite, l’épidémie de SRAS qui est souvent utilisée comme référence n’a coûté à la Chine qu’entre 0,5% et 1% de croissance du PIB en 2003.

Comment la reprise peut être imaginée? Rappelons qu’une reprise économique en forme de V exige que les rayons des magasins restent pleins. Des inventaires ont été créés avant les festivités du Nouvel An lunaire. Ils agissent comme un tampon permettant aux multinationales de chercher d’autres fournisseurs ou de délocaliser temporairement leur production. Mais tous les secteurs ne sont pas tous égaux devant l’adversité. Par exemple, les produits qui sont fabriqués selon un processus du «just-in -ime» et qui utilisent une chaîne d’approvisionnement complexe, comme les automobiles, sont les plus menacés.

L’impact de COVID-19 ne se limite pas à la production de biens. Le secteur des services est également touché et les plans de continuité ont été activés. Nous sommes en train de vivre la plus importante expérience de télétravail au monde, afin de limiter les contacts entre collègues et avec certains clients. Les entreprises fournissant des solutions dans ce domaine bénéficient naturellement de l’épidémie. De manière similaire, le confinement des gens profitera au commerce électronique ; les parts de marchés du commerce traditionnel continueront de diminuer.

La Chine restera l’usine du monde – pour l’instant

Sources: International Federation of Robotics-World Robotics 2019, ING

L’époque où la Chine produisait principalement des biens à faible valeur ajoutée est révolue. Avant même l’arrivée du virus, le pays avait mis en œuvre son plan Made in China 2025 pour devenir une puissance technologique. Le COVID-19 agira certainement comme un accélérateur de ces réformes. La Chine pourrait doubler ses efforts afin de promouvoir l’innovation nationale dans les domaines des technologies de l’information, de l’énergie verte, des soins de santé, etc… Et même si la production de produits à faible valeur ajoutée se déplace vers l’Asie du Sud-Est, la Chine n’est pas absente de ces pays dans lesquels elle étend son influence économique et politique.

Mais pour rester l’usine du monde, la Chine ne compte pas que sur sa main-d’œuvre. Depuis quelques années les salaires sont à la hausse et la population est vieillissante. Les autorités ont poussé les investissements et offert des subventions dans la robotique. Pour que ces investissements se fassent de manière optimale, le pays créent des partenariats avec des sociétés étrangères. Une entreprise suisse, ABB, est une de celles qui veut profiter de cette tendance. La firme helvétique prévoit d’ouvrir, en 2021, une nouvelle usine de fabrication de robots et de recherche à Shanghai. La robotisation de la Chine devrait s’accélérer pour pouvoir continuer à fournir un approvisionnement minimal, dans toutes situations.

Alors qu’est-ce qui pourrait modifier la position de la Chine? La réponse se trouve dans le domaine de l’impression en 3D. Les experts pensent que la Chine conservera son rôle de leader dans la chaîne d’approvisionnement mondiale tant que l’impression en 3D restera au stade du développement. Grâce à cette technique, les entreprises pourraient produire des composants et des biens localement. La dépendance mondiale envers la Chine diminuerait.

La Chine se donne les moyens pour garder sa position dominante dans la chaîne d’approvisionnement mondial et le virus ne fait que créer une situation qui ne durera pas. Les plans de développement économique mis en place par le gouvernement chinois ne seront pas affectés. Au contraire, nous pourrions assister à une accélération des moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs gouvernementaux.

Catalyseurs

  • Nouvelle route de la soie. Pour faciliter le commerce mondial et développer les infrastructures, la Chine prêtera jusqu’à 8’000 milliards de dollars ces 30 prochaines années à 68 pays, principalement en Asie centrale, au Moyen-Orient et en Europe.
  • Made in China 2025. La Chine met en œuvre un plan stratégique pour passer à l’échelon supérieur de la technologie. Le pays vise à concurrencer directement les pays développés dans le processus de fabrication.
  • Un capital humain élevé. Au cours des dernières années, la Chine s’est hissée au-dessus des pays développés dans le domaine de l’éducation. Cette population jeune et éduquée entre dans la vie active et va accroître l’innovation tout en préservant l’avantage concurrentiel sur la chaîne d’approvisionnement.

Risques

  • Le protectionnisme. Le protectionnisme est en hausse dans le monde entier. Une augmentation significative des droits de douane pourrait avoir un impact sur le commerce mondial – jusqu’à ce que les participants s’adaptent à la nouvelle situation.
  • Saisonnalité d’un virus. Des études sont en cours sur le caractère saisonnier du COVID-19. Si la Chine devait subir chaque année une fermeture mondiale en raison d’une pandémie, les grands importateurs devront chercher d’autres fournisseurs situés dans d’autres pays.
  • Troisième révolution industrielle. À long terme, l’automatisation accrue et l’impression en 3D pourraient permettre de rapprocher la chaîne d’approvisionnement mondiale des consommateurs finaux.