Dans son discours prononcé à l’occasion du centenaire du Parti communiste chinois, le président Xi Jinping a évoqué le multilatéralisme, et a réaffirmé que la Chine ne saurait être intimidée ou brimée. Les relations entre la Chine et ses voisins ainsi que ses partenaires commerciaux se sont dégradées au cours des 6 à 12 derniers mois et valent au pays de nombreuses critiques de la part de ses alliés occidentaux.

Par Brian Bandsma, gérant de portefeuilles

 

Brian BandsmaLa Chine s’inscrit dans une tendance qui pousse bon nombre de pays à utiliser leur puissance économique comme outil de politique étrangère face à des partenaires commerciaux qui, aux yeux du gouvernement, causent du tort au pays. Pour les investisseurs, il est probable que les risques géopolitiques continuent à augmenter pendant encore un certain temps.

La centralisation du pouvoir peut permettre à un gouvernement d’agir rapidement face au statu quo. Aucun autre gouvernement ne peut se targuer d’avoir sorti aussi rapidement autant de personnes de la pauvreté que le PCC au cours des dernières décennies. Cependant, en dehors de la Chine, on assiste à la montée d’un multilatéralisme qui s’oppose au pays. Le Japon, l’Australie, les Etats-Unis et l’Inde ont intensifié leur dialogue en vue de créer une alliance quadrilatérale.

Pour le moment, les principaux partenaires de la Chine durcissent de plus en plus leurs politiques commerciales et s’efforcent de défaire certains liens économiques tissés au cours des dernières décennies. Cette tâche s’avère difficile et prendra du temps, mais globalement, cette tendance continuera à peser sur les sociétés et les investisseurs. Mais comme c’est souvent le cas, cette situation néfaste pour certains peut profiter à d’autres. Comme les relations entre les pays pourraient mettre un certain temps à se stabiliser, la dynamique actuellement semble aller vers un découplage. Les entreprises ont désormais réalisé qu’elles avaient pris trop de risques en se montrant excessivement dépendantes de la Chine et, malgré des coûts potentiellement plus élevés et des délais de commercialisation plus longs, elles cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale. Dans les secteurs high-tech ou stratégiques, les pouvoirs publics contribuent au développement et à la subvention des industries domestiques, réduisant ainsi le risque que des matériaux et des composants clés ne viennent à manquer en cas de conflit. Par conséquent, certaines régions ou certains concurrents domestiques spécifiques devraient continuer à bénéficier d’un soutien croissant dans la mesure où ces tendances devraient se poursuivre même si les tensions géopolitiques s’apaisent.

La politique économique chinoise continue de se focaliser sur le développement de la consommation intérieure, en réduisant la dépendance à l’égard des infrastructures ou du commerce en tant que moteurs essentiels. Cela parait périlleux en l’état, mais un soutien supplémentaire à la production et à la consommation intérieures ne peut être que bénéfique. Par conséquent, les entreprises qui bénéficient de la hausse du revenu par habitant devraient continuer à augmenter.

Les sociétés de services Internet profiteront quant à elles d’une plus grande consommation domestique. Les facteurs liés à la demande demeurent très favorables. Toutefois, compte tenu de la surveillance réglementaire renforcée des pratiques commerciales, les hausses de cours semblent peu probables à court terme. Néanmoins, la plupart des entreprises du secteur disposent de solides fondamentaux qui ne semblent pas menacés à plus long terme, du moins à en juger par les restrictions et les amendes récemment introduites. Ant Group, par exemple, a subi une dépréciation tant en termes de retour sur investissement que de potentiel de croissance mais elle reste malgré tout une entreprise solide. Les activités fintech d’Ant Group et de Tencent occupent une position dominante dans le secteur grâce à la force de leur écosystème. Si le gouvernement voulait porter irrémédiablement atteinte à leur position, il obligerait la société mère à céder ses parts et à exploiter une plateforme totalement ouverte, ce qui offrirait aux consommateurs un plus grand choix de plateformes de paiement. Jusqu’à présent, les régulateurs n’ont rien adopté ou proposé qui aille dans ce sens.

Face à ce risque réglementaire majeur, une stratégie pourrait consister à s’intéresser aux entreprises qui ont déjà fait l’objet d’un examen minutieux et qui sont peut-être moins importantes stratégiquement, comme les services financiers, l’industrie ou les services de communication. L’industrie du jeux vidéo, par exemple, semble échapper au champ d’action actuel des régulateurs et a récemment fait l’objet d’un processus d’examen et de réforme sur le plan réglementaire.

Le président Xi Jinping a indiqué récemment, qu’il devrait tempérer son discours vis-à-vis du monde extérieur. On peut donc espérer que certaines relations fragilisées avec la Chine pourront être rétablies. Reste à voir comment le pays modifiera son approche et comment ses partenaires commerciaux réagiront.