Le plan européen «REPowerEU» est extrêmement ambitieux. Nous avons mis en évidence les cinq principaux objectifs du plan et les prochains défis.

Par Felix Odey, Gérant de portefeuille, Actions ressources naturelles, Alexander Monk, Analyste énergies renouvelables et Mark Lacey, Gestionnaire de fonds

 

Felix Odey

La Russie subvient actuellement à 35 à 40% des besoins en gaz de l’Europe. La guerre en Ukraine a mis en évidence la nécessité urgente pour l’Europe de diversifier ses sources de gaz, ainsi que l’objectif à long terme de la transition vers des sources d’énergie propres.

Fin mars, l’UE a signé un accord majeur avec les États-Unis concernant le gaz naturel liquéfié (GNL). L’accord définit un cadre qui permettra aux États-Unis de fournir à l’UE du gaz naturel équivalent à environ 10% du gaz qu’elle reçoit actuellement de la Russie, d’ici la fin de l’année.

En vertu du plan à long terme, les États-Unis et les partenaires internationaux fourniront environ 50 milliards de mètres cubes (mmc) de gaz par an à l’UE. Cela vient s’ajouter aux 22 mmc qu’ils fournissent actuellement sur une base annuelle et aux 37 mmc qu’ils prévoient de fournir d’ici la fin de l’année.

Tout cela s’inscrit dans le cadre de l’initiative REPowerEU, qui vise à réduire les importations européennes de gaz russe de deux tiers au cours de l’année prochaine (soit environ 100 mmc par an).

Le plan REPowerEU est extrêmement ambitieux. Nous vous présentons ici cinq de ses objectifs ainsi que les défis à venir.

Objectif 1: importer 50 mmc de GNL supplémentaires à partir de sources alternatives

Alexander Monk

Avant même l’invasion de l’Ukraine, l’Europe avait entrepris d’abandonner progressivement le gaz russe et importait plus de GNL. Le problème est que les États-Unis ne peuvent faire plus en termes d’approvisionnement. En outre, l’Europe est en concurrence avec d’autres pays au regard des quantités de GNL importées.

Le marché mondial du GNL représente actuellement environ 400 millions de tonnes par an (mtpa, soit 560 mmc). Il devrait progresser d’au moins 20 à 25 millions mtpa au cours de la prochaine décennie, les principaux marchés comme la Chine et l’Inde augmentant leurs capacités d’importation de GNL.

Autre obstacle, le GNL, comme son nom l’indique, est liquide. Par conséquent, il doit être de nouveau transformé en gaz pour être utilisé. Il s’agit d’un processus appelé «regazéification», et l’Europe a très peu de capacité de regazéification de GNL.

Mark Lacey

Les importations européennes de GNL ont déjà presque doublé depuis le T1 2021 pour atteindre jusqu’à 16 mpc (milliards de pieds cubes) par jour en février 2022. Soit un chiffre proche de la «capacité théorique» de 20 mpc/jour.

Malheureusement, la «capacité théorique» ne signifie pas que le marché européen a accès au gaz. Par exemple, l’Espagne et le Portugal possèdent des capacités combinées d’environ 7 mpc/jour. Cependant, la capacité des pipelines vers le reste de l’Europe est proche de 4 mpc/jour, et il est donc impossible d’alimenter les marchés qui en ont besoin, comme l’Allemagne ou l’Autriche, de cette quantité de gaz supplémentaire.

La bonne nouvelle est que l’Europe envisage de renforcer sa capacité d’importation de GNL. La mauvaise nouvelle est que la construction n’a pas encore débuté.

2022.05.02.Europe LNG

Objectif 2: augmentation des importations depuis des pipelines non russes de 10 mmc

Si l’acheminement d’un volume accru de GNL n’est pas la solution miracle, qu’en est-il de l’augmentation de l’offre via des pipelines existants? Cela sera très difficile sans un développement des champs. Les champs de production fonctionnent à pleine capacité en ce moment.

2022.05.02.Importation de gas Europe

Environ 3.5 mpc/jour sont importés d’Algérie, où l’exploitant Sonatrach déploie actuellement le projet de développement Tinrhert. La capacité d’approvisionnement sera ainsi renforcée à hauteur de 0,4 mpc/jour; cependant, aucun autre développement majeur des gisements de gaz n’est prévu.

La Norvège et le Royaume-Uni fournissent actuellement à l’Europe une production d’environ 15 mpc/jour. Cependant, à l’instar de l’Algérie, le développement des gisements a été extrêmement limité ces dernières années.

Objectif 3: réduire la demande de gaz naturel de 20 mmc en augmentant la production d’énergie renouvelable

Selon nous, se concentrer sur les énergies renouvelables est la solution la plus logique et la plus durable. Cependant, il s’agit d’une solution à long terme qui ne fournira pas une capacité suffisante pour remplacer 20 mmc de gaz d’ici 2023.

Du point de vue des coûts, malgré la hausse récente des coûts des matières premières, la production d’énergie renouvelable via l’énergie éolienne et l’énergie solaire est déjà nettement inférieure à celle du cycle combiné au gaz naturel et de la production d’électricité au charbon. Compte tenu de la hausse récente des prix du gaz et de l’électricité, l’argument concernant les coûts est incontestable.

Cependant, les dépenses d’investissement dans la production d’énergie renouvelable sont nettement inférieures à ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs 2030/2050 existants. Il en va de même pour les investissements associés nécessaires aux réseaux de transmission et de distribution.

2022.05.02.Transition énergétique

Le principal obstacle à l’augmentation de la production d’énergie renouvelable n’est pas la volonté politique ou les retours sur investissement, c’est le problème de la logistique et le déplacement des équipements de l’usine au site du projet.

Cela s’explique par les mesures de confinement au sein des grandes villes chinoises face à un nouveau pic de Covid-19, par l’offre toujours limitée dans le secteur des puces et la disponibilité des navires de fret et des capacités de conteneurs qui restent très perturbées.

Les fournisseurs d’équipements et les développeurs d’énergies renouvelables espèrent que ces contraintes touchant la chaîne d’approvisionnement s’atténueront en 2023. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une solution rapide.

Objectif 4: utiliser des mesures en matière d’efficacité énergétique pour réduire la demande de 15 mmc

Les trois premiers objectifs que nous avons énoncés couvrent largement l’offre, mais qu’en est-il de la demande? Des mesures telles que l’abandon du thermostat et l’installation de pompes à chaleur pourraient-elles avoir un impact?

Le gaz est utilisé pour chauffer environ 35% des bâtiments commerciaux et résidentiels de l’UE. Il ne fait aucun doute que la hausse actuelle des prix du gaz et de l’électricité entraînera une baisse temporaire et permanente de la demande.

En ce qui concerne les mesures temporaires, de nombreux secteurs (notamment ceux de la fabrication d’engrais et de ciment) annoncent des fermetures d’usines à court terme en raison de la hausse des prix du gaz.

Pendant ce temps, une analyse récente de Bloomberg suggère qu’une réduction du thermostat de 1,75 degré Fahrenheit pourrait réduire la demande résidentielle et commerciale annuelle de l’Europe de 10% (soit environ 14 mmc).

Lorsqu’elles sont viables, les pompes à chaleur constituent un moyen efficace de réduire la consommation globale de gaz. L’UE souhaite accélérer leur adoption dans les ménages, dans le but de développer le marché de l’UE d’au moins 10 millions d’unités au cours des cinq prochaines années. Nous estimons que cela contribuera à la substitution de la demande au détriment du gaz naturel à hauteur d’environ 1,5 – 2,0 mmc.

Le plus gros frein pour le consommateur résidentiel (et commercial) demeure le coût initial, qui est encore deux fois supérieur à celui d’une chaudière classique. Nous prévoyons une amélioration du coût relatif au cours des cinq à dix prochaines années à mesure que les volumes augmenteront.

Objectif 5: reconstruire les capacités de stockage à hauteur 80% d’ici novembre

Enfin, le plan REPowerEU prévoit un objectif de reconstitution de la capacité de stockage à hauteur de 80% d’ici le 1er novembre 2022 et jusqu’à 90% au cours des années suivantes.

C’est un peu étrange, car le plan prévoit essentiellement que les acteurs du marché (services aux collectivités/opérateurs de stockage) doivent acheter du gaz sur le marché à tout prix, pendant l’été, pour éviter un nouveau pic hivernal.

Actuellement, les niveaux de stockage de gaz européens sont inférieurs d’environ 25% à la normale, mais au-dessus des plus bas observés en 2018.

Les producteurs de gaz naturel américains devraient en tirer profit

Pour conclure, il n’existe pas de réponse facile pour l’Europe en ce qui concerne la substitution du gaz naturel. L’Europe est aujourd’hui très dépendante des volumes importés de GNL pour répondre à ses besoins en énergie. Le plan d’action REPowerEU accélérera la transition vers des fournisseurs nouveaux et moins risqués.

Les États-Unis devraient être à l’avant-garde de ce projet. Le pays disposant d’une riche base de ressources dans les régions des Appalaches, du Texas et du Bassin permien, il a le potentiel de devenir un grand exportateur de gaz naturel. La majorité de ce gaz devrait alimenter les marchés européens.

Les prix à terme des contrats de gaz aux États-Unis ont déjà augmenté, passant de moins de 3,00 USD/mpc il y a deux ans à 3,50 – 4,00 USD/mpc aujourd’hui. Nous pensons que les prix à long terme pourraient continuer à progresser à mesure que les États-Unis deviennent un fournisseur mondial de gaz de plus en plus important.

Les sociétés américaines les mieux placées pour bénéficier de cette hausse de la demande et des prix seront celles qui disposent d’une base de ressources à faible coût et d’un accès facile aux installations américaines d’exportation de GNL.

 


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