La guerre dévastatrice en Ukraine exacerbe la nécessité pour les pays européens de parvenir à l’indépendance énergétique. Sans tarder, l’Union européenne a présenté son plan pour moins dépendre du gaz russe. La consommation de combustibles fossiles devrait augmenter à court terme, mais le passage aux énergies renouvelables serait ensuite accéléré.

Par Jenn-Hui Tan, Responsable mondial de l’investissement durable, Matthew Jennings, Gestionnaire d’investissements et Alexander Laing, Analyste et gérant de portefeuille

 

Jenn Hui Tan

Face à l’atrocité de la guerre en Ukraine et à l’escalade probable des sanctions, les gouvernements européens recherchent en toute hâte le moyen de réduire leur dépendance à l’égard du gaz russe, en rouvrant des centrales au charbon ou en reportant leur fermeture en Europe et en se tournant vers d’autres sources de gaz. À brève échéance, ces mesures augmenteront les émissions et les coûts.

En parallèle, les acteurs publics et les entreprises étudient les possibilités d’atténuer leur exposition au renchérissement du gaz et des produits pétroliers grâce à une meilleure efficacité, une utilisation accrue d’alternatives moins coûteuses, comme les énergies renouvelables, et un investissement dans le nucléaire.

«Le vent et le soleil n’appartiennent à personne», a déclaré récemment Robert Habeck, ministre de l’économie et membre du parti écologiste en Allemagne.

Matthew Jennings

La semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie a lancé un plan en 10 points pour réduire la dépendance au gaz russe, dans lequel elle appelle notamment à recourir à d’autres fournisseurs de gaz, à augmenter les stocks de gaz, à accélérer le développement des technologies éoliennes et solaires, à maximiser la production existante d’énergie d’origine biologique et nucléaire et à remplacer plus rapidement les chaudières au gaz par des pompes à chaleur. Aujourd’hui, l’UE a annoncé à son tour un plan visant à atteindre l’indépendance énergétique «bien avant 2030» en utilisant davantage le GNL, en stockant de plus grandes quantités d’énergie et en adoptant plus vite les énergies renouvelables.

À long terme, nous pensons donc que l’attention croissante accordée à l’indépendance énergétique, ajoutée à l’évolution structurelle vers «zéro émission nette», accélérera la transition énergétique.

Hausse probable des émissions à court terme

Dans un futur proche, les mesures mises en œuvre en faveur de l’indépendance feront augmenter les émissions en raison du mix énergétique actuel de l’UE (cf. graphique 1). L’UE importe 40% de son gaz depuis la Russie (et 90% du gaz total qu’elle consomme). Elle ne peut ni combler entièrement le déficit d’approvisionnement en s’adressant à d’autres fournisseurs de gaz, ni construire des installations éoliennes et solaires du jour au lendemain. Par conséquent, elle n’a d’autre choix que d’envisager d’autres combustibles fossiles.

2022.03.30.Energy mix

L’Allemagne a par exemple annoncé qu’elle pourrait maintenir certaines centrales au charbon en activité plus longtemps que prévu, et même, le cas échéant, prolonger la durée de vie de centrales nucléaires, bien que divers obstacles techniques et juridiques pourraient l’en empêcher. Le pays avait décidé d’abandonner progressivement le nucléaire en 2011, après la catastrophe de Fukushima, ce qui a intensifié sa dépendance à l’égard du gaz russe.

Alexander Laing

Mario Draghi, le Premier ministre italien, a quant à lui affirmé que son pays examinait l’opportunité de rouvrir des centrales au charbon et s’efforçait d’accroître la production nationale de gaz, qui avait fortement baissé ces dernières années. Dans le droit fil de son ambition de se passer totalement du charbon d’ici à 2027, Enel, la principale compagnie de distribution nationale, a fermé ses centrales au charbon l’une après l’autre et n’a pas manifesté à ce jour l’intention d’en relancer. À l’occasion de discussions tenues la semaine dernière, elle a réitéré son engagement pour ses objectifs à long terme de décarbonation, tout en reconnaissant les incertitudes prévalant dans l’immédiat. Elle a également révélé qu’elle reverrait ses projets de convertir au gaz deux centrales au charbon, pour plutôt se pencher sur la possibilité d’en faire des infrastructures de stockage d’énergie renouvelable.

D’une manière générale, il est probable que les services publics européens augmentent leurs stocks tant de gaz que d’énergies renouvelables, mais aussi qu’ils achètent davantage de gaz en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Déployer les énergies renouvelables plus rapidement pour réaliser les objectifs d’indépendance et d’émissions nettes nulles

Tout en explorant les sources alternatives potentielles de combustibles fossiles, les pays européens ont mis en avant leurs plans à long terme pour progresser plus rapidement vers un niveau nul d’émissions nettes.

L’Allemagne, qui s’était fixé cet objectif à l’horizon 2040, l’a désormais ramené à 2035 et estime qu’elle peut le concrétiser à 80% d’ici à 2030. Dans un tweet, Oliver Krischer, le ministre allemand du climat, a assimilé ce changement à un moyen de soutenir l’Ukraine. D’autres pays européens ont fait état de projets similaires, mais jusqu’à présent, aucun n’a réaffirmé son objectif d’émissions nettes nulles.

À l’heure d’écrire ces lignes, l’approvisionnement en gaz et en pétrole n’est pas réellement perturbé en Europe. Tous les pays se préparent toutefois à ce scénario et, dans ce sillage, les prix ont flambé, ce qui fournit une incitation supplémentaire pour passer à une énergie d’un coût moindre.

Au cours des dernières années, les coûts de construction et d’exploitation des technologies renouvelables ont largement diminué, de sorte qu’une accélération des objectifs d’émissions nettes nulles est faisable sur le plan financier. Le coût de l’énergie solaire a par exemple chuté de quelque 80% depuis 10 ans. L’accroissement des investissements et la mise en pratique de compétences d’ingénierie dans des économies hautement qualifiées, comme l’Allemagne, pourraient encore faire baisser les coûts. Les procédures d’approbation des projets pourraient également être simplifiées pour refléter l’urgence des besoins géopolitiques et environnementaux.

Persistance d’obstacles

Cela dit, les prix des matières premières de base nécessaires à la transition (comme l’acier et l’aluminium) s’envolaient déjà avant l’invasion de l’Ukraine, alimentés par la reprise soutenue après le Covid-19, et ont même atteint de nouveaux sommets ces dernières semaines.

Les métaux rares indispensables aux moteurs électriques, aux cellules photovoltaïques et aux batteries pourraient présenter une réaction particulièrement aiguë aux contractions des prix, car la production est concentrée dans deux pays, à savoir la Russie et la Chine. Il sera fondamental de conserver la possibilité d’accéder à ces filières d’approvisionnement pour réussir la transition vers les énergies renouvelables.

Malgré tout, l’intermittence reste problématique. La production éolienne et solaire étant irrégulière, les technologies de stockage doivent encore accomplir d’importants progrès pour tendre à une adoption universelle.

Après l’invasion de l’Ukraine, ces besoins grandissants commencent à se faire ressentir sur les marchés. L’évolution récente du cours des actions liées à l’électrolyse de l’hydrogène donne par exemple à penser que certains investisseurs croient désormais que cette technologie, qui n’a pas encore fait ses preuves à l’échelle souhaitée, contribuera un jour à la solution.

À mesure que l’offensive militaire s’étend en Ukraine, les avantages de sortir d’un système énergétique tributaire de combustibles fossiles importés sont de plus en plus flagrants. Bien que certains défis doivent encore être surmontés pour permettre la transition, nous pouvons espérer que dans un avenir pas trop lointain, le paysage énergétique de l’Europe sera à la fois plus propre et plus autosuffisant.

 


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