De nouvelles pistes thérapeutiques offrent un espoir aux 400 millions de personnes dans le monde touchées par l'une des 7'000 à 8’000 maladies rares existantes. Séparément, ces maladies sont en effet rares mais considérées ensemble elles les sont beaucoup moins.

Comment l’industrie définie une maladie rare? La définition varie selon les régions géographiques. Une maladie rare est définie comme telle lorsqu’elle touche moins de 200’000 personnes aux Etats-Unis et moins de 250’000 personnes en Europe. Elles sont majoritairement de nature génétique mais elles peuvent aussi naitre d’autres causes comme à la suite d’infections ou de troubles auto-immunes. Pour lutter contre celles-ci, des médicaments spécifiques sont développés.

Ces derniers sont appelés orphelins, conformément au statut de désignation de la FDA. D’ici 2024, la valeur des ventes de ce type de médicaments devrait atteindre 242 milliards de dollars, avec un taux de croissance annuel de 12,3%, soit environ le double du taux de croissance prévu pour le marché des médicaments non orphelins.

Plus de la moitié des médicaments orphelins est destinée au domaine de l’oncologie, alors que les troubles affectant le sang, le système nerveux central (SNC) et les maladies infectieuses représentent les autres domaines thérapeutiques.

Un secteur thérapeutique attractif avec des incitations gouvernementales fortes….

Les maladies rares sont généralement graves, mortelles et touchent souvent les enfants. Cet aspect émotionnel incite non seulement les gouvernements à favoriser l’investissement dans la recherche et le développement mais aussi à mettre en place des nouvelles politiques de remboursement afin de permettent un accès pour tous.

Il est vrai que les prix de ceux-ci peuvent atteindre des montants exorbitants ! Ils varient de 200’000$ à 400’000$ par année et par personne et peuvent excéder 1 million de dollars pour certaines thérapies géniques. Ces prix sont «justifiés» par le fait qu’il n’y a qu’une petite population de patients et que certains médicaments sont potentiellement à vie (ou du moins pour une période longue de 10 ans ou plus).

Le délai d’approbation d’un médicament est un facteur essentiel à prendre en compte, car le plus tôt un médicament sera mis sur le marché, le mieux ce sera pour les patients mais les coûts de développement seront également moins importants ! Aux Etats-Unis, la FDA fournit une assistance et des aides financières spéciales par le biais de différents programmes qui aident les entreprises biotech/pharma à obtenir une approbation beaucoup plus rapide que pour les médicaments non orphelins.

Les Etats-Unis ont été les pionniers dans ce domaine, avec l’approbation de la loi originale sur les médicaments orphelins («Orphan Drug Act») en 1983. Le Japon (en 1993) et l’Europe (en 2000) ont fait de même plusieurs années après et ont pu enfin rattraper leur retard. Par conséquent, les probabilités de succès d’approbation des médicaments orphelins sont plus élevées expliquant l’intérêt pour les biopharma à cibler les maladies rares. Plusieurs transactions de fusions acquisitions ces deux dernières années nous montrent l’attractivité pour ce domaine (Roche/Spark Therapeutics et Novartis/Avexis).

Au-delà des stimuli financiers, les médicaments qui se voient accorder le statut de médicament orphelin bénéficient d’une exclusivité commerciale étendue et une procédure d’approbation simplifiée.

… Mais non sans surmonter des obstacles spécifiques

Les risques liés au développement des traitements pour les maladies rares se situent à chaque niveau de la vie d’un médicament: de l’identification du patient à la commercialisation.

En commençant par l’identification des patients. Elle est encore longue et fastidieuse, ainsi le diagnostic d’une maladie rare peut prendre jusqu’à 7 ans! (Le temps de diagnostic médian est de près de 4 ans.)

Au cours des essais cliniques, le recrutement de patients pour les essais cliniques peut s’avérer ardu compte tenu de la difficulté du diagnostic. De plus, les données lors de l’évaluation des médicaments peuvent également être biaisée en raison de la petite taille des échantillons.

Pour répondre à cette problématique, l’intelligence artificielle et le séquençage du génome contribueront à augmenter le nombre de patients diagnostiqués, améliorant ainsi le processus de recrutement pour les essais cliniques mais également le nombre de patients pouvant être traité.

Sur le plan commercial, les prix élevés peuvent entraver l’accès aux médicaments orphelins. Des nouveaux modèles de paiement beaucoup plus souples, fondés sur l’efficacité et sur des paiements échelonnés, pourront être mis en œuvre afin d’éviter des paiements initiaux lourds. Les remboursements seraient étalés sur une période convenue et pourraient être fondés sur les résultats cliniques mesurés dans le monde réel. A long terme, ces traitements “permanents” pourraient même faire économiser de l’argent aux systèmes de santé. Par exemple, l’amyotrophie spinale coûte aujourd’hui plus de 375 000$ par année par patient et s’il y a des complications, elle peut même atteindre 1 million$!

Nouvelles stratégies pour cibler les maladies rares

80% de toutes les maladies rares sont dues à des mutations génétiques et une grande partie est monogénique, c’est-à-dire causée par une seule mutation génétique. Elles sont donc des candidates idéales pour les thérapies géniques.

Les traitements en cours de développement aujourd’hui ont pour but de cibler la racine même de la maladie et non plus seulement les symptômes, apportant une solution à long terme et même permanente. Jusqu’à présent, 7 maladies ont au moins un traitement de thérapie génique approuvé, mais plus de 100 maladies sont actuellement à l’étude. Avec environ 1’800 thérapies géniques actuellement en cours d’essais cliniques, il est probable que plusieurs produits soient approuvés au cours des 5 à 10 prochaines années.

Le marché est certes petit, mais le fait d’être le premier et souvent le seul à développer un médicament pour une maladie spécifique, donne à la société biopharma une plus grande probabilité d’être le premier sur le marché, et donc de capturer tous les patients et de proposer un prix élevé.

Les traitements à base d’ARN comme l’ARNm (l’ARN messager) ou l’ARNi (l’ARN interférent) font partie des thérapies géniques les plus prometteuses. Des coûts de fabrication plus faibles et une plus grande flexibilité par rapport aux thérapies géniques à base d’ADN expliquent leur grande popularité.

Catalyseurs

  • De meilleurs outils de diagnostic. Comme nous l’expliquions dans un article précédent, les coûts du séquençage du génome sont en baisse. Couplé à des outils d’intelligence artificielle, nous entrons dans un cycle de découverte de traitements beaucoup plus rapide.
  • De fortes incitations de la FDA. Plusieurs médicaments contre les maladies rares sont admis aux programmes d’examen prioritaire, y compris le statut de médicament orphelin ou la désignation de maladie rare pédiatrique.
  • Un meilleur remboursement. L’élargissement de la couverture, couplé à des remboursements plus élevés pour les thérapies coûteuses, augmentera leur utilisation.
  • D’importantes avancées dans le domaine de la biotechnologie. Davantage de données confirmant l’effet à long terme des traitements de thérapie génique permettront d’élargir leur adoption.

Risques

  • Une production complexe. Les nouvelles technologies telles que les thérapies géniques ont tendance à être complexes et longues à développer, ce qui entrainent des coûts élevés et des risques liés à la qualité.
  • Des prix élevés. Ils soulèvent des questions d’éthique et des questions sur la capacité des systèmes de santé à soutenir des paiements initiaux substantiels pour une petite portion de la population.

Retrouvez la thématique au sein du Certificat Biotechnology d’AtonRâ Partners

 

Sources

www.evaluate.com/OrphanDrug2019

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https://www.ddw-online.com/library/sid32/21-table-1.jpg

https://www.healthindustryhub.com.au/wp-content/uploads/2019/05/the-changing-landscape-of-research-and-development.pdf

https://www.newscientist.com/article/2191977-the-rare-disease-challenge-meeting

https://www.rxre2018.com/

https://images.newscientist.com/wp-content/uploads/2019/01/28092123/rxre2018-infographic.jpg