De nombreuses raisons ont permis au métal jaune de s’apprécier fortement depuis le début de l’année. Tour d’'horizon de l’impact de la pandémie sur ce marché particulier.

Par Nima Pouyan, Head of Invesco ETF Switzerland & Liechtenstein

 

L’or fait partie des actifs les plus performants depuis le début de l’année, avec un rendement de 34% durant cette période et le passage de la barre des 2000 dollars l’once, le 5 août dernier.

Cette performance exceptionnelle est le résultat d’une série d’événements, tous liés à la pandémie mondiale. La volatilité des marchés boursiers et l’incertitude de la conjoncture économique ont poussé les investisseurs vers ce qui est souvent considéré comme une «valeur refuge».

Alors que l’or s’était plutôt bien comporté en 2019, le rebond a été déclenché par la pandémie et la forte baisse du marché boursier. Cela dit, la hausse ne s’est pas produite sans incident. Pendant un bref épisode en mars, lorsque de nombreux investisseurs ont donné l’impression de vouloir vendre tout ce qu’ils détenaient afin d’obtenir des liquidités, l’or a aussi fait l’objet de ventes. A ce moment précis, les prix de l’or et les actions ont exceptionnellement chuté de concert. Or on s’attend habituellement à ce que l’or résiste, voire s’apprécie lorsque les marchés boursiers subissent des pressions à la baisse.

La performance de l’or pendant la crise

L’impact de la pandémie a touché l’industrie aurifère de plusieurs façons. Selon le World Gold Council, les mesures de confinement ont entraîné une baisse de 5% de la production des mines d’or (généralement 75% de l’offre totale) et de l’or recyclé (25% de l’offre totale) au cours du premier semestre.

Pour les investisseurs, l’impact le plus important est venu de la perturbation des liaisons de transport mondiales. Le transport de l’or physique a été rendu très difficile entre les principaux centres aurifères, en particulier ceux liés à Londres, à New York et à la Suisse. Pour aggraver encore la situation, le confinement a également entraîné la fermeture temporaire de raffineries en Suisse, représentant environ deux tiers de la production mondiale. Cela a non seulement considérablement limité la capacité de l’industrie à affiner l’or pour en faire des lingots de qualité investissement. Mais la situation a surtout empêché la fonte des lingots existants selon les normes appropriées en vue d’une utilisation dans les marchés concernés. Le problème ne se situait pas dans une absence de l’or mais plutôt dans l’impossibilité de le déplacer à l’endroit où il était nécessaire.

A Londres, chaque barre de bonne livraison contient 400 onces d’or fin, alors que les contrats à terme sur l’or COMEX (à New York)) doivent être livrés comme barre standard de 100 onces d’or fin. Avant la crise, les contrats à terme sur l’or COMEX se négociaient généralement à un niveau raisonnablement serré par rapport au prix de l’or au comptant à Londres. Cet exercice a été réussi en raison de l’efficacité du marché EFP (exchange for physical) et de la facilité générale de conversion de l’expédition des lingots stockés dans les coffres à partir des banques londoniennes vers New York, dans la norme requise pour la livraison.

La demande stimulée par les ETF

Les composantes de la demande ont également été touchées par la crise, certaines de manière positive, d’autres de manière négative. L’industrie de la joaillerie représente environ la moitié de la demande annuelle d’or. Toutefois, les mesures de distanciation sociale prises dans le monde entier ont entraîné une réduction substantielle, à seulement 25% du total au cours du deuxième trimestre de l’année. En revanche, la demande d’or a profité d’une forte demande de la part des ETF et d’autres produits négociés en bourse et adossés à l’or physique.

Les produits de l’or négociés en bourse visent à offrir le rendement du prix du métal jaune après déduction des frais. Pour ce faire, ils détiennent des lingots d’un montant égal à celui qui a été investi. Les perturbations des transports survenues au début de l’année soulignent l’importance de la localisation. Il est potentiellement avantageux d’investir dans des produits qui conservent leur or dans les coffres-forts de Londres, étant donné la quantité de barres de bonne livraison facilement disponibles. Même certains des plus grands ETF sur l’or domiciliés en Amérique du Nord stockent leur or dans des coffres-forts à Londres, en raison de la remarquable efficacité opérationnelle du marché londonien.

De l’or responsable

Les investisseurs responsables peuvent vouloir connaître l’origine de l’or qu’ils détiennent, que ce soit directement sous forme de pièce de bijoux ou par le biais de placements en or. Les produits négociés en bourse de l’or physique visent à fournir aux investisseurs le rendement du prix de l’or en détenant des lingots. En ce qui concerne l’ETC Invesco Physical Gold, toutes les barres actuellement stockées dans les coffres des banques londoniennes ont été frappées à partir de 2012, garantissant ainsi qu’elles respectent les directives de la London Bullion Market Association (LBMA) en matière d’or responsable.

La LBMA a introduit ces directives pour les raffineurs afin de lutter contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et les violations des droits de l’homme. Depuis janvier 2012, tout affineur accrédité par la LBMA pour produire des lingots d’or de bonne livraison à Londres doit mettre en œuvre les directives, qui impliquent des contrôles stricts, et doit être soumis à un audit annuel et à des rapports publics.