L’annonce d’un objectif de déficit de 2,4% du PIB pour son budget 2019 (et les deux années suivantes), par le gouvernement italien a créé de l’émoi sur les marchés.

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Olivier de Berranger, CIO, La Financière de l’Echiquier

Rappelons en effet que le précédent gouvernement s’était engagé sur 0,8%, que le ministre de l’Economie souhaitait ne pas dépasser 1,6% et que le consensus s’attendait à environ 1,9%. Pour autant, la situation n’est pas si simple.

Savoir si le ratio de déficit/PIB atteindra 1,9% ou 2,4% n’a guère d’importance d’un point de vue strictement économique. Le souci réside davantage dans la constitution de ce déficit supplémentaire. Il est en effet alimenté par des dépenses, notamment le revenu de citoyenneté, qui soutiendront la consommation mais n’apporteront aucune solution au principal problème italien, à savoir la faiblesse de sa croissance potentielle (qui repose principalement sur l’investissement et les capacités de production). De plus, afin de garantir que l’endettement du pays restera sous contrôle, ce ratio est basé sur des hypothèses de croissance atteignables (+1,6% en 2019) mais ambitieuses. Autrement dit, un ratio élevé mais dû à un vaste programme d’investissements susceptibles d’augmenter la croissance potentielle et basé sur des hypothèses de croissance plus prudentes aurait été, toujours économiquement parlant, beaucoup plus acceptable.

Au-delà de ces considérations, le problème de fond est de nature politique. Evidemment, ce chiffre de 2,4% est un pavé jeté par la coalition populiste italienne dans la mare européenne, destiné à provoquer des négociations. D’ailleurs, dès mercredi dernier, le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, annonçait que si le déficit serait bien de 2,4% du PIB en 2019, il baisserait à 2,1% en 2020, puis à 1,8% en 2021. La Commission européenne, par la voix de son Commissaire à l’économie, ne pouvait considérer le projet italien autrement que comme un budget «en dehors des clous».

Toutefois, à quelques mois des élections européennes, la position de la Commission est délicate. D’une part, à l’heure où les mouvements populistes gagnent globalement du terrain partout en Europe, le fait qu’une coalition de partis populistes réussisse à s’accorder sur un sujet aussi crucial que le budget n’est guère réjouissant. D’autre part, le budget italien constitue un budget de relance. Alors que la fin des politiques d’austérité constitue la tendance de fond en Europe et que l’un des principaux défis économiques de la zone euro tourne autour de la croissance potentielle et de l’investissement, il est compliqué pour la Commission européenne de s’opposer farouchement à une volonté de relance budgétaire.

Dès lors, l’institution européenne, qui recevra officiellement le projet de budget italien le 15 octobre et qui devra livrer ses recommandations à la fin du mois, va sans doute devoir négocier. C’est probablement ce que les dirigeants italiens recherchent. D’ici là, il faudra aussi surveiller les annonces de Moody’s et de S&P sur la notation de la dette italienne, le 26 octobre. Encore des tensions en perspective.