Les différentiels de taux, les politiques des banques centrales, l'évolution politique et la croissance économique sont autant de facteurs qui déterminent les mouvements des monnaies.

Par Christian Zeitler, Head of Central Europe, Legg Mason.

Mais une fois réduits à l’essentiel, les actifs liquides ayant des échéances à court terme, y compris les dépôts bancaires, les prêts à un jour, les instruments du marché monétaire et autres, vont tendre vers le taux de rendement le plus élevé disponible selon son propre niveau de tolérance au risque. Et à très court terme, ce mouvement peut entraîner avec lui les devises,

C’est peut-être l’une des principales raisons qui ont décidé de l’appréciation du dollar cette année. Les taux de dépôts, à la fois cause et conséquence du resserrement de la Fed, en sont un bon exemple.

Taux de dépôt à 3 mois, 6 juin 2017 – 5 juin 2018
Source : Bloomberg, 5 juin 2018. Les données historiques ne garantissent pas les évolutions futures. Les indices ne sont pas gérés et il n’est pas possible d’y investir directement. Les rendements de l’indice n’incluent pas les frais de gestion ou de souscription. Ces informations sont fournies à titre indicatif seulement et ne reflètent pas les performances d’un placement réel.

Si l’on considère les taux de dépôt à 3 mois pour les principales monnaies, les États-Unis pourraient constituer la place avec la plus forte hausse, le plus haut taux et le risque le moins élevé. Alors que le monétaire à court terme attend que le risque d’investissement perçu diminue, se diriger ainsi vers les États-Unis peut s’avérer une tactique sensée – surtout si vous êtes adossé à la devise. Ainsi, un gestionnaire de fonds monétaires en francs suisses serait très tenté de placer des dépôts aux Etats-Unis ; il en va de même pour les gestionnaires d’euros ou de yens. Bien entendu, il existe des biais structurels, réglementaires et nationaux sur tous les marchés. Mais le chant des sirènes des gains à court terme peut être un puissant incitatif.

En hausse: les écarts de taux des obligations italiennes, une fois de plus

Pendant quelques jours, il a semblé que le marché de la dette souveraine italienne s’était remis de sa panique initiale face au contenu de la dernière annonce anti-UE du gouvernement. Mais le Premier ministre désigné Giuseppe Conte a réussi à déclencher l’alarme une nouvelle fois cette semaine, après son discours inaugural devant la Chambre haute du Parlement italien. Avec des promesses de “changement radical” ainsi qu’un mélange de dépenses, de réforme fiscale et de revirements dans la politique d’immigration, il a réussi à obtenir la majorité dont il avait besoin, 171 – 117, avec 25 abstentions.

Les spreads souverains italiens à 10 ans par rapport aux bunds allemands à 10 ans ont gagné 242 points de base au 5 juin, en léger retrait par rapport au pic atteint le 29 mai avec de 300,6 points de base.

Puisque le programme de la nouvelle coalition contient des propositions qui sont à la fois radicales (revenu universel) et nationalistes (nouvelles restrictions en matière d’immigration), il reste à savoir si cette coalition de convenance peut survivre aux votes parlementaires sur aucun de ses programmes.

Italie-Allemagne – rendements à 10 ans, 8 mai 2018 – 5 juin 2018
Source : Bloomberg, 5 juin 2018.

Les prix du pétrole, avec une distorsion d’un million de barils

Les prix au comptant du Brent ont connu une hausse rapide, passant de 63 $ le baril à 80 $ entre la mi-février et la fin mai, car l’approvisionnement limité a dû répondre à une demande en croissance constante. La capacité du Venezuela à découvrir, pomper et livrer rapidement a compensé la nouvelle série de sanctions commerciales contre la Russie et le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire multipartite iranien, qui pourrait lui-même enlever au moins un million de barils de pétrole brut iranien par jour aux marchés mondiaux.

Pour relever le défi de la hausse rapide des prix, les États-Unis ont utilisé une forme de pression rarement utilisée, faisant savoir “tranquillement” leur souhait de voir la production mondiale de pétrole augmenter d’un million de barils par jour. Le candidat le plus susceptible d’y répondre favorablement est l’Arabie saoudite, qui tient à son alliance avec les États-Unis. La Maison-Blanche n’était pas disposée à formuler sa demande de manière explicite dans son compte rendu: par l’intermédiaire d’un porte-parole anonyme elle s’est contentée de la déclaration suivante: “nous accueillons favorablement toute mesure fondée sur le marché qui augmenterait l’accès à l’énergie et favoriserait une économie mondiale saine”.

Le 5 juin, le Brent brut au comptant a chuté d’environ 2,4% au moment de cette annonce – avant de remonter au niveau qui la précédait, soit 75,38$. Il faut du temps pour ouvrir les robinets et sortir 1 million de barils par jour, même pour l’Arabie saoudite, de sorte que l’impact sur la demande, même si elle se concrétise, ne risque pas d’être rapide.

 

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