Et si le Royaume-Uni et l’Union européenne ne parvenaient pas à s’entendre pour organiser le Brexit en douceur... Telle est l’hypothèse de travail de cette étude. Au Royaume-Uni, le pays perdant d’un coup tous les avantages commerciaux existants, il s’en suivrait une chute brutale du commerce, une désorganisation des chaînes de production, un stress financier majeur, bref une sévère récession. Le choc pèserait aussi, mais à un degré moindre, sur le reste de l’Europe.

Le choc pèserait aussi, mais à un degré moindre, sur le reste de l’Europe. On examine ici les répercussions économiques et sectorielles de ce scénario de “no-deal Brexit”. Parmi les secteurs les plus impactés, nos analystes ont identifié l’industrie automobile, l’aéronautique défense, les compagnies aériennes et la banque.

No deal is NOT better than a bad deal

Si les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne en vue de signer un accord de sortie et d’ouvrir une phase de transition permettant d’aboutir à un nouvel accord commercial échouent, l’option par défaut est que le Royaume-Uni devienne du jour au lendemain un pays tiers pour l’UE. La date limite est fixée au 29 mars 2019. Dès le lendemain, les échanges commerciaux entre les deux zones devraient suivre les règles de l’OMC. Cela implique une hausse des droits de douane et, plus grave encore, l’instauration de nombreuses barrières non-tarifaires. Après 46 ans de présence dans l’UE, c’est un changement complet de paradigme pour les relations commerciales.

Perte de 5 points de PIB au Royaume-Uni, d’1 point en Europe

Environ la moitié des exportations de biens et services du Royaume-Uni sont destinées à l’UE. De son côté, le marché britannique compte pour environ 7% des exportations en Allemagne et en France, mais près de 15% pour l’Irlande. L’exposition croisée est fortement asymétrique. En cas de “no-deal”, les échanges chuteraient massivement, ce qui causerait une désorganisation de l’économie britannique et un resserrement brutal des conditions financières. Par rapport au maintien dans l’UE, les modèles chiffrent l’impact d’un Brexit désordonné à une perte de PIB de l’ordre de 5 points à moyen terme en moyenne au Royaume-Uni.

Autrement dit, ce serait événement aux conséquences macroéconomiques presque aussi graves que la crise financière de 2008 et la récession qui a suivi. Compte tenu de la moindre exposition de l’Europe au marché britannique, on peut s’attendre à un choc négatif sur le PIB européen de l’ordre d’un point. Vu la faiblesse actuelle du climat des affaires et des rythmes d’activité en zone euro, un tel choc pourrait provoquer une récession modérée à court terme.

Secteurs et valeurs les plus impactés: automobile, aéro défense, compagnies aériennes, banques

Parmi les secteurs qui ressortent, l’automobile (constructeurs avec Peugeot, BMW, VW et Daimler et équipementiers avec Valeo, Faurecia et POM), l’aéro-defense (Leonardo, Airbus et Rolls Royce), les compagnies aériennes (Ryan Air et EasyJet) et les banques (SG, DBK, CS, UBS et les banques italiennes, paradoxalement pas Santander). Des effets négatifs importants existent (mais sont ‘surmontables’) dans des secteurs comme l’hôtellerie (Whitbread), les tours operateurs (TUI et Thomas Cook) et le staffing (Adecco), les concessions(Getlink), la technologie (IT Software and services et semiconducteurs) et les services supports. Tous les autres secteurs sont plus marginalement impactés.

A l’inverse, on notera des effets partiellement positifs pour les sociétés britanniques qui génèrent la majeure partie de leur activité à l’étranger, comme Compass et WPP grâce aux effets de change. Dans les boissons, si les producteurs de champagne pourraient souffrir, Diageo et Pernod (en tant que producteurs de scotch et de gin) bénéficieraient plutôt de la situation. Enfin, seul secteur à bénéficier en Europe d’un léger effet positif, les services télécoms profiteraient de la fin des accords de roaming avec le Royaume-Uni (Vodafone et Telefonica a contrario souffriraient).