La décision prise en début d’année de retirer Tesla de l’indice de durabilité S&P 500 ESG a suscité l’étonnement de beaucoup, car le constructeur automobile californien a donné une énorme impulsion à l’e-mobilité grâce à ses produits. Cette éviction de l’indice a été entraînée par des positions pas toujours exemplaires en matière de droit du travail, le manque de végétation sur ses installations de production et les problèmes avec ses chaînes d’approvisionnement en batteries. La dégradation de la notation ESG globale qui en a résulté a été le facteur décisif de la décision de S&P.

Par Flora Wang, Director, Sustainable Investing

 

Flora WangHiromichi Mizuno, membre du conseil d’administration de Tesla et pionnier de l’investissement ESG au Japon, a alors reproché au fournisseur d’indice de se concentrer trop fortement sur les facteurs négatifs et trop peu sur les éléments positifs. Il y a probablement une part de vérité dans cette affirmation. Mais il est clair également qu’une seule notation ESG, basée sur des données, ne peut pas tout couvrir et ne devrait pas le prétendre.

Plusieurs notations au lieu d’une

Il faut au moins deux notations différentes: l’une pour l’impact positif d’une entreprise et l’autre pour ses répercussions négatives. Vouloir tout couvrir avec un chiffre ou une note réduit obligatoirement la valeur informative d’une seule notation, car les aspects positifs et négatifs se compensent inévitablement. Il en résulte une notation qui ne correspond ni aux uns ni aux autres et n’apporte aucune aide réelle aux investisseurs dans le cadre de leurs décisions de placement.

Dans le cadre des notations ESG, on pourrait plutôt se concentrer sur les répercussions négatives d’une entreprise et, à l’aide d’un autre système, évaluer ses activités positives, comme ses produits pour la lutte contre le changement climatique. Pour ce faire, les Objectifs de développement durable des Nations Unies (ODD) pourraient être utilisés. Par exemple, Tesla a un score ODD élevé, car ses chiffres d’affaires proviennent de la vente de véhicules électriques et de technologie verte: deux conditions décisives pour atteindre la neutralité climatique. Ce qui ne signifie pas que la baisse de sa notation ESG ne serait pas pertinente. Mais seules deux notations ensemble donnent une image plus claire de l’impact du pionnier des véhicules électriques et peuvent être précieuses lors de décisions d’allocation.

Si un investisseur souhaite investir sciemment dans des solutions pour le climat, alors la notation ODD devrait être déterminante. Si, en revanche, les produits ou les prestations ne sont pas importants pour lui, mais qu’il souhaite seulement investir dans des entreprises qui ont un comportement environnemental et social soutenable, alors la notation ESG devrait être au premier plan. En pratique, les deux notations sont utilisées ensemble: avec la notation ODD, les investisseurs visent des évolutions positives, tandis qu’ils respectent des normes minimales de durabilité à l’aide d’un seuil pour la notation ESG.

Des chiffres pondérés

Les notations ESG actuelles n’éclairent que de façon insuffisante sur la durabilité d’une entreprise. Il y a des raisons techniques à cela. D’abord, les fournisseurs de notations intègrent des données différentes pour l’environnement (E), le social (S) et la gouvernance d’entreprise (G) dans une notation, en attribuant une pondération à chaque facteur et en faisant ensuite une moyenne. Cette approche fonctionne donc d’autant mieux que les valeurs sont proches des extrémités du spectre ESG. Une notation ESG très élevée indique en général que l’entreprise a de très bons résultats sur l’ensemble des trois facteurs ESG. Cela est aussi vrai dans le cas inverse.

En revanche, dans la plupart des entreprises qui se situent en milieu de spectre, la notation ESG pourrait induire les investisseurs en erreur. En effet, malgré un bilan écologique plus mauvais, une entreprise peut se retrouver dans un fonds ESG, tant que son faible score environnemental est surcompensé par des valeurs supérieures dans les domaines du social et de la gouvernance. Cela explique pourquoi les fournisseurs d’énergies fossiles, qui ont peu d’intérêt au tournant énergétique, affichent une notation ESG élevée et que même des entreprises comme Tesla peuvent dégringoler dans le classement. C’est également la raison pour laquelle les investisseurs devraient observer minutieusement les positions d’un fonds ESG.

De plus, il est important de savoir si l’entreprise est évaluée par rapport à d’autres, donc de façon relative, ou de façon absolue. Une valorisation relative est essentiellement un classement au sein d’un «groupe de comparaison» souvent discutable et ne constitue pas une évaluation réaliste de la durabilité. Elle peut donc conduire à ce qu’une entreprise dont le bilan ESG est mauvais sur une base absolue reçoive malgré tout une bonne notation, si les autres sociétés de son groupe de comparaison sont encore pires. Les évaluations relatives peuvent également changer sans que l’entreprise y ait contribué, mais seulement en raison de modifications dans le groupe de comparaison, qui a par exemple intégré de nouveaux entrants ou procédé à des déclassifications.

Au niveau d’un portefeuille, une telle approche peut même être totalement dénuée de sens, car un portefeuille composé des meilleures sociétés d’extraction de charbon peut être par exemple plus performant en matière d’ESG, sur la base de notations relatives, qu’un portefeuille composé d’une sélection moyenne de sociétés financières.

Données contre analyse

Même si les investisseurs utilisent deux notations déterminées sur une base absolue, celles-ci ne reflètent parfois pas toute la réalité. C’est particulièrement le cas lorsque les notations reposent exclusivement sur des données ou sont intégrées dans un cadre qualitatif formel. Pour un tableau complet, une analyse plus approfondie de l’entreprise est incontournable.

Or les analystes ESG, qui s’appuient uniquement sur des modèles quantitatifs et des critères généraux, ne peuvent guère se le permettre. En règle générale, il leur manque en effet les connaissances techniques nécessaires pour bien classifier les données ESG dans le contexte de l’activité commerciale d’une entreprise. Des analystes fondamentaux expérimentés, familiarisés avec les méthodes ESG et qui obtiennent un aperçu de première main des pratiques et des plans ESG d’une entreprise par des visites régulières chez cette dernière, sont eux généralement en mesure de le faire.

L’exemple de la gestion des émissions illustre bien cette situation. Prenons pour l’entreprise fictive de pétrochimie «Seul l’argent compte» (SAC) un recul de l’intensité en carbone par rapport à l’année dernière, tandis que sa concurrente également fictive «Love ta planète» (LP) montre une augmentation. Sur la base des notations actuellement utilisées, SAC serait probablement mieux notée. Mais certains faits essentiels seraient ainsi ignorés.

Peut-être que SAC, comme son nom l’indique, ne se soucie pas de l’environnement et a seulement réduit ses émissions de CO2 parce que son installation la plus polluante était hors service la majeure partie de l’année. Chez LP en revanche, l’intensité en CO2 a seulement provisoirement augmenté parce que ses produits à forte intensité en carbone ont eu une part plus importante dans son chiffre d’affaires que l’année précédente. LP a cependant équipé ses installations de production pour réduire les émissions et investi dans des technologies qui éliminent le carbone de l’atmosphère, de sorte que son bilan carbone sera meilleur à l’avenir. Sans ces informations récoltées sur place, il est impossible d’émettre une notation pertinente pour les deux entreprises.

Actuellement, les notations ESG basées sur des méthodes quantitatives sont conçues de telle manière qu’elles produisent des erreurs d’interprétation ou d’application. De plus, une entreprise peut être évaluée de manière totalement différente selon le système de notation utilisé. Cela pose des défis aux investisseurs lorsqu’il s’agit d’évaluer la durabilité, de constituer des portefeuilles et de mesurer les résultats. Nous pensons que la standardisation des notations se poursuivra et que les différents types de notation donneront une image de plus en plus complète. Mais, même dans ce cas, les aperçus qualitatifs resteront essentiels. L’intégration des facteurs ESG dans le processus d’investissement n’est pas vraiment un objectif que l’on finit par atteindre. C’est plutôt un chemin qui s’améliore au fur et à mesure que de plus en plus de personnes s’y engagent.

 


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