Revue hebdomadaire des principaux facteurs influençant les marchés financiers.

Les taux retombent en dépression

 

Nicolas Blanc, Responsable de l’Allocation chez Ellipsis AM

La BCE s’inquiète du niveau de l’euro

Le taux de change de l’euro contre dollar s’est fait une place dans le discours de la BCE. Son impact déflationniste a été qualifié négativement de «source d’incertitude» en préambule et intégré dans les projections de la banque centrale. Ainsi, 0,1% ont été retranchés aux estimations d’inflation pour 2018 et 2019 et 0,2% pour la composante core, ce qui éloigne évidemment l’horizon auquel l’objectif est censé être atteint.

En conséquence, Mario Draghi a repoussé à la réunion d’octobre son annonce sur l’évolution du QE (qui n’est, à ce stade, précisément défini que jusqu’à fin décembre), se laissant ainsi du temps pour observer l’évolution de la tendance de la devise. Mais les marchés ont compris que le programme dépendait maintenant de ce paramètre, et les facteurs haussiers de l’euro/dollar (reprise économique européenne, excédent courant) vont devoir être contrebalancés par un soutien monétaire accru. En outre, Mario Draghi a affirmé ne pas être contraint par la taille des gisements obligataires.

Autant de facteurs qui ont contribué à la pression baissière sur les taux longs. Nous maintenons néanmoins notre sous-exposition sur les taux longs, en considérant que les risques sont biaisés à la hausse à moyen-terme.

 

Des voix dovish à la Fed

Egale à elle-même, Lael Brainard a plaidé pour différer la hausse des taux directeurs de la Fed, en raison de la faiblesse de l’inflation (le core PCE n’affiche plus que 1,4% y/y en juillet), faiblesse qu’elle qualifie de persistante, au regard de la forte augmentation de l’utilisation des ressources. Cette prise de position s’ajoute à l’accroissement des risques géopolitiques pour induire une pression baissière sur les taux longs, dont les effets ont été ressentis jusqu’en Europe. Il nous semble, cependant, qu’avec une économie croissant au-delà de son potentiel et des conditions financières très accommodantes, la Fed devrait mettre temporairement de coté l’objectif strict d’inflation et poursuivre son cycle de hausse.

Par ailleurs, l’incertitude sur sa gouvernance future s’est encore accrue cette semaine, après l’annonce du départ de Stanley Fisher. L’équilibre du board (dont seuls trois membres sur sept sont aujourd’hui pourvus) en est donc légèrement déplacé vers plus de souplesse, notamment sur le plan de la régulation bancaire. L’influence du président, qui doit nommer son remplaçant, s’accroît donc, alors que sa position sur le renouvellement de Janet Yellen n’est pas encore arrêtée (la candidature de Gary Cohen devrait être écartée après ses récentes déclarations).

 

Le Brexit, six mois plus tard

La tournure des négociations du Brexit reste très morose, les positions sur la compensation financière, la frontière irlandaise et les droits des personnes restants toujours irréconciliables, six mois après le déclenchement de l’article 50. Mais d’autres sujets d’inquiétudes sont apparus, comme la validité future des contrats passés avec des banques anglaises. Le gouvernement, affaibli par son échec électoral et son manque de vision de l’avenir, doit naviguer entre une position politiquement suicidaire (céder à toutes les demandes de l’UE) et une rupture dont le coût économique serait très élevé à moyen terme.

 

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