Revue hebdomadaire des principaux facteurs influençant les marchés financiers.

Nicolas Blanc, Responsable de l’Allocation chez Ellipsis AM

Un printemps pour la zone euro ?

La situation actuelle peut être considérée comme une opportunité historique pour faire progresser le cadre institutionnel de la zone euro: peu d’élections en vue, un volontarisme franco-allemand affiché et une situation économique solide. Pour autant, les divergences restent importantes et l’élection allemande ne devrait pas tant changer la donne. Le gouvernement sortant a d’ailleurs rappelé, dans une note de travail, ses réserves face à toute forme de mutualisation, au-delà de celle implicite aux mécanismes déjà existants (ESM et PSPP).

Dans la (probable) future coalition, Merkel, affaiblie, devra composer avec les libéraux, qui sont ouvertement hostiles à ces projets et qui pourraient récupérer le ministère des finances après le départ attendu de Wolfgang Schauble.

Enfin, la modification des traités apparaît comme un écueil redoutable pour toute réforme car elle implique pour certains pays la tenue de référendums. Mais Emmanuel Macron a apparemment anticipé ces difficultés en se gardant de propositions trop frontales sur le plan des transferts fiscaux, laissant à Angela Merkel la possibilité de le suivre sans s’aliéner son opinion publique. Il a, en revanche, ouvert des perspectives sur l’harmonisation fiscale et sociale, la PAC et la sécurité.

Le renforcement de la zone euro pourrait reposer sur l’ESM, qui deviendrait capable de gérer de manière autonome les plans de bailout. Une avancée dans ce domaine réduirait la décote que subissent les actifs risqués européens.

 

Et si Trump y arrivait ?

Le marché a largement intégré l’idée que Donald Trump ne réussirait pas à faire passer sa réforme fiscale, qui comporte notamment un abaissement du taux de base de l’impôt sur les sociétés (de 35% à 20%), une taxe fixe de rapatriement du cash et des facilités d’amortissement des investissements. Pour autant, ce plan serait susceptible d’engendrer une croissance (pour une seule fois) des profits anticipés supérieure à 10%, avec un impact de marché probablement du même ordre. Au niveau sectoriel, les effets seraient également importants, en raison de la dispersion du taux d’imposition. L’énergie, par exemple paye près de deux fois plus d’impôts aujourd’hui que la technologie. De même que pour l’abrogation de l’obamacare, le président trouvera une opposition dans son propre parti dont certains ténors prônent l’othodoxie budgétaire. La probabilité d’un succès rapide est donc faible mais les gains seraient significatifs.

 

Draghi confiant…et en même temps prudent

L’expression emblématique d’Emmanuel Macron fait des émules, en la personne de Mario Draghi. Ce dernier a vanté devant le Parlement européen la solidité de l’économie européenne, qu’il voit désormais capable de résister à des chocs systémiques aussi sévères qu’un ralentissement chinois, une guerre en Corée ou un Brexit raté. Pour autant, il a affirmé qu’une politique monétaire très accommodante restait nécessaire pour atteindre l’objectif de la BCE. A le suivre, c’est donc le meilleur des mondes pour les actifs risqués : la reprise économique soutient les profits et la BCE les valorisations. On peut cependant douter de la durabilité de cette configuration, un alignement étant finalement nécessaire entre la croissance et l’inflation, une fois que les surcapacités – visibles ou non – se seront résorbées.

 

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