La pandémie du COVID-19 a mis en lumière le secteur de la télémédecine. Des modèles commerciaux innovants et une réglementation tenant compte de cette situation spéciale offrent des nouvelles opportunités d’investissement dans un environnement en pleine croissance.

La télémédecine est prête pour une adoption plus large

NOTE: Data are presented as percentage change in number of visits in a given week from the baseline week (March 1-7)
SOURCE: Ateen Mehrotra et al., “The Impact of the COVID-19 Pandemic on Outpatient Visits: A Rebound Emerges”, To the Point (blog), Commonwealth Fund, May 29, 2020.
https://doi.org/10.26099/ds9e-jm36

La télémédecine nécessite une technologie de base qui est maintenant facilement accessible aux patients et aux médecins, permettant des services de consultation plus pratiques avec des temps d’attente plus courts et un accès plus facile aux médecins spécialistes.

Le confinement a entraîné une augmentation des visites médicales à distance. Les visites en personne ont implosé de près de 60% à la fin du premier trimestre et les fournisseurs de services de télémédecine ont tous connu des pics importants, tant au niveau des abonnements que du volume des visites médicales payantes.

Les autorités de régulation cèdent à une nouvelle politique de remboursements

Les mesures de remboursement étendues à la télémédecine, prises en situation d’urgence, devraient perdurer sur le long terme. Ainsi, de meilleurs taux de remboursement sont essentiels pour favoriser l’adoption de ces mesures.

Un meilleur accès à la technologie

Les exigences de base de la télémédecine comprennent un accès sécurisé à l’internet à haut débit, une plateforme vidéo servant d’interface entre les prestataires de soins et les patients, et un logiciel dédié. Les plateformes vidéo sont généralement des ordinateurs domestiques ou des smartphones dotés de ce type d’applications.

Les logiciels de télémédecine peuvent permettre aux fournisseurs d’importer les données de nouveaux patients dans les dossiers de santé électroniques (DSE).

Périphériques

La technologie actuelle intègre les données de dispositifs périphériques, tels que les dispositifs de surveillance des patients à distance (RPM), pour collecter et transmettre des informations de santé au médecin. Par exemple, les stéthoscopes numériques transmettent les bruits du cœur et des poumons à des fournisseurs distants. Les caméras vidéo haute définition, appelées dermascopes, permettent une visualisation détaillée des problèmes de peau, tandis que les caméras otoscopiques envoient des images claires du nez, de la gorge et des oreilles.

Vie privée des patients

Les services de télémédecine doivent garantir la confidentialité des données de santé personnelles des patients. Aujourd’hui, l’hébergement de données numériques sur des serveurs distants tiers peut être plus sûr que les serveurs locaux. Aux États-Unis, la protection des données des patients exige que les fournisseurs de services de télémédecine se conforment à la loi sur la portabilité et la responsabilité de l’assurance maladie (Health Insurance Portability and Accountability Act, HIPAA). Les applications telles que Skype ou WhatsApp ne sont pas conformes à la HIPAA.

La télémédecine : la médecine du future ?

La pandémie du COVID-19 a forcé les établissements de soins de santé et les organismes de réglementation à adopter la télémédecine comme moyen efficace de limiter la propagation du virus. L’Association médicale américaine (AMA) a publié des directives spécifiques à la télémédecine et le gouvernement américain a élargi la couverture de remboursement et a levé les restrictions réglementaires.

Alors que la pandémie continue de sévir dans le monde entier, les « Centers for Medicare & Medicaid Services » (CMS) ont temporairement élargi la couverture de remboursement de la télémédecine. Les CMS ont approuvé plus de 80 nouveaux services de télémédecine, ont levé les restrictions géographiques et ont inclus les consultations téléphoniques. De plus, les CMS paient les services de télémédecine au même taux que les consultations en personne.

L’utilisation de la télémédecine est-elle déjà en train de s’estomper ?

Au cours de l’enquête COVID, le nombre de visites en personne a chuté de manière spectaculaire, reflétant une hausse des visites virtuelles. Avec la levée du confinement, les visites en personne se rétablissent progressivement, mais ne représentent encore qu’une fraction des niveaux antérieurs à la pandémie. Les visites en personne ont connu un rebond à la mi-juin, après une baisse de près de 60 % entre février et la mi-mars, mais elles restent inférieures d’un tiers à ce qu’elles étaient avant la pandémie. En même temps, les consommateurs américains utilisant la télémédecine sont passés de 11 % en 2019 à 46 % en mai 2020.

Les principaux obstacles à l’adoption de la télémédecine sont d’ordre réglementaires. Les remboursements, le manque d’infrastructure informatique appropriée, le manque de sensibilisation et les préoccupations concernant la fiabilité et l’efficacité font partie de ces obstacles.

En 2018, seuls 18 % des médecins ont eu recours à la télémédecine et les assureurs payaient environ 20 à 50 % de moins pour les visites virtuelles que pour les visites aux patients hospitalisés.

Les nouvelles adhésions montent en flèche

Les sociétés de télémédecine ont vu le nombre de leurs membres et de visites augmenter, notamment en mars et avril. L’augmentation considérable des visites virtuelles pourrait être extraordinaire et liée à l’urgence créée par le virus. Toutefois, les abonnements sont généralement des contrats à long terme.

Au cours du premier trimestre, Teladoc, le principal fournisseur de services de télémédecine, a indiqué que les cotisations des membres américains avaient augmenté de 61 % par rapport à l’année précédente, tandis que les membres américains ayant un accès payant ont augmenté de 89 % par rapport à l’année précédente.

L’expansion permanente du remboursement : le prochain catalyseur

L’industrie de la santé a demandé aux responsables de la santé de rendre permanentes les conditions de paiement favorables fixées lors de l’épidémie de COVID-19. L’extension des remboursements est nécessaire pour inciter les prestataires à investir dans les infrastructures de télémédecine pour que les patients continuent à les utiliser pour les visites d’urgence et les visites à faible coût. Pour répondre à cette situation, les CMS ont déjà publié une proposition de règle visant à rendre permanentes certaines des dispositions temporaires, à partir du 1er janvier 2021.

De nouvelles opportunités d’investissement

Les sociétés de télémédecine ont reçu un intérêt accru de la part des investisseurs. Teladoc a été jusqu’à présent le principal “pure player” coté aux États-Unis, mais de plus en plus de sociétés s’introduisent en bourse. Par exemple, la société One Medical est entrée en bourse le 31 janvier alors que Ping An Good Doctor a été l’une des plus importantes introductions en bourse de Hong Kong en 2018.

Parmi les nouvelles sociétés, Amwell étudie la possibilité d’une introduction en bourse pour septembre. Oak Street Health vient de déposer une demande d’introduction pour une valorisation de 100 millions de dollars.

Un modèle commercial hybride

De nombreux patients sont encore insatisfaits de leur expérience auprès de leurs médecins. Les longs délais d’attente pour les rendez-vous, les visites de courte durée, les bureaux peu accueillants, ainsi que l’accès limité aux spécialistes ont conduit à des solutions de soins innovantes. Comme les médecins sont rémunérés à l’acte, ils cèdent à la tentation de voir le plus grand nombre de patients possible afin de maximiser leurs revenus. Mais cela a des conséquences.

En 2019, la clinique Mayo a signalé que plus de 50 % des médecins généralistes présentaient des symptômes d’épuisement professionnel. Pour remédier à cette situation, One Medical change la façon dont les soins primaires sont dispensés. Grâce à une application, les membres peuvent envoyer des SMS à leur médecin, prendre des rendez-vous le jour même dans plus de 70 endroits aux États-Unis, obtenir des visites vidéo 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, renouveler des ordonnances et être traités dans un cadre confortable et peu encombré.

Une nouvelle structure tarifaire encourage les patients à utiliser leurs services, ce qui permet d’améliorer les soins préventifs. Un service à valeur ajoutée pour les membres et les médecins. Le modèle commercial électronique crée de la valeur pour les patients, les médecins et les employeurs. Comment ?

  • L’entreprise verse un salaire annuel aux médecins, ce qui supprime les incitations au volume clinique et améliore la qualité des soins.
  • La technologie permet aux médecins de se concentrer sur un travail utile et d’augmenter leur productivité. Le dossier de santé électronique (DSE) facilite 44 % des tâches administratives.

Grâce à cette stratégie, il a été démontré que One Medical réduit les frais médicaux des employeurs de 8 % ou plus.

Catalyseurs

  • Expansion permanente du remboursement. La CMS a publié une proposition de règle visant à rendre permanentes certaines des dispositions temporaires établies pendant la pandémie, à partir du 1er janvier 2021.
  • Adoption accrue. Pendant la pandémie, les médecins et les patients ont pu constater par eux-mêmes les avantages de la télémédecine, et à reconnaître son potentiel.
  • Augmentation des introductions en bourse. L’augmentation du nombre d’entreprises publiques contribuera à accroître la visibilité auprès des consommateurs et des partenaires.

Risques

  • Capacité des médecins. Les fournisseurs de télémédecine peuvent ne pas avoir suffisamment de personnel clinique pour offrir des soins à distance.
  • Infrastructure, ressources et formation. Le passage à la télémédecine nécessite à la fois une infrastructure informatique appropriée et des formations.
  • Élections de 2020. Plusieurs candidats à la présidence font pression pour une option d’assurance publique. Si les gens commencent à s’inscrire auprès d’une assurance publique, certaines entreprises pourraient cesser d’offrir une assurance maladie à leurs employés.