L'acquisition d'ARM par Nvidia aura finalement échoué pour des raisons réglementaires. Mais la véritable nouvelle est l’annonce de l'introduction en bourse d'ARM.

L’échec de l’opération avait été largement anticipé par les marchés compte tenu de la récente série de blocages réglementaires. S’il empêche Nvidia de devenir instantanément une « hyperpuissance » de l’intelligence artificielle, il n’aura que peu d’impact opérationnel sur son plan de marche en matière de produits, et offre une fantastique opportunité d’investissement grâce à l’introduction en bourse annoncée d’ARM.

Ce qui s’est passé

Initialement annoncée en septembre 2020 pour 40 milliards de dollars, les deux parties ont officiellement confirmé l’abandon de l’acquisition d’ARM par Nvidia en raison des incertitudes croissantes sur l’obtention des autorisations réglementaires. Nvidia devra verser une indemnité de rupture de 1,25 milliard de dollars à Softbank, propriétaire d’ARM.

Plutôt que d’essayer de la vendre à un autre acquéreur, Softbank a annoncé qu’ARM redeviendrait cotée par le biais d’une introduction en bourse, un processus qui devrait être achevé d’ici mars 2023.

Impact sur notre dossier d’investissement

Tout sauf une surprise

L’échec de l’opération était devenu un secret de polichinelle. Cette acquisition avait suscité dès le départ beaucoup de mécontentement parmi à la fois les acteurs du secteur et les régulateurs. L’architecture d’ARM est en effet à la base de pratiquement tous les appareils mobiles, et elle est de plus en plus utilisée dans les centres de données et les puces puissantes, ce qui conduit à la vente de 22 milliards de puces par an en moyenne. À cet égard, donner les clés du royaume à un géant du secteur aurait créé des conflits d’intérêts évidents, d’où le tollé suscité dès l’annonce du rachat.

La tentative d’acquisition s’est ensuite heurtée à plusieurs obstacles réglementaires, notamment dans l’Union européenne et au Royaume-Uni, où des raisons de sécurité nationale ont été invoquées. Ce calvaire a culminé en décembre 2021, lorsque la Federal Trade Commission des États-Unis a intenté une action en justice pour bloquer la transaction. Celle-ci était donc d’ores-et-déjà mort-née, comme le souligne le peu d’impact de l’annonce sur le cours de l’action.

Impact opérationnel limité pour Nvidia

D’un point de vue purement opérationnel, l’échec de l’accord aura un impact immédiat limité sur Nvidia. La société est déjà titulaire d’une licence ARM et développe des puces basées sur le jeu d’instructions ARM depuis son processeur mobile Tegra K1 de 2014. Plus important encore, elle possède déjà l’expérience et le savoir-faire nécessaires pour aller au-delà de l’intégration de cœurs existants et concevoir réellement des puces personnalisées basées sur le jeu d’architecture ARM. Enfin, elle n’a pas attendu la fin de l’acquisition pour lancer le développement d’une ambitieuse puce de centre de données basée sur ARM, dont le nom de code est Grace.

Cependant, Nvidia est contrainte d’abandonner une voie rapide vers une suprématie totale dans l’espace de l’IA, où ARM reste le seul concurrent viable. Bien que la société ait déclaré qu’elle ne changerait pas le mode de fonctionnement d’ARM, c’est-à-dire la conception et l’octroi de licences de puces à tous ceux qui sont prêts à les acheter, l’acquisition d’ARM aurait inévitablement donné lieu à une feuille de route de développement de produits favorable à Nvidia. Mais compte tenu de la dynamique déjà existante dans l’espace de l’IA, notre conviction est que Nvidia n’a pas besoin d’un tel raccourci pour sécuriser ses positions sur ce marché.

Une opportunité fantastique pour les investisseurs

Les investisseurs ont des raisons de se réjouir. ARM est en effet un joyau de la couronne, dont la technologie est déjà un standard dans les segments de l’informatique embarquée et du mobile, et gagne du terrain dans les technologies plus intensives, comme l’a brillamment démontré Apple et sa famille de puces M1, qui a brillamment surclassé le roi-déchu Intel. Il s’agit également d’une machine à cash, car la société ne fait « que » concevoir des plans et les vendre, en percevant des droits de licence et des redevances sur chaque appareil vendu intégrant son jeu d’instructions. Bien qu’il ne fasse aucun doute que Softbank voudra obtenir un retour sur les 32 milliards de dollars dépensés lors de son acquisition en 2016, et potentiellement tenter d’égaler ce qui était devenu un accord de 80 milliards de dollars grâce à la performance du cours de l’action de Nvidia, il ne fait aucun doute que même si leurs prix peuvent être difficiles à avaler, les diamants sont éternels.

Notre avis

Selon ce que nous écrivions en septembre 2020, l’échec de l’opération est une occasion manquée pour Nvidia de devenir omnipotent dans le segment de l’IA, mais n’a pas d’impact sur sa forte dynamique opérationnelle. D’autre part, l’introduction en bourse annoncée d’ARM offre une opportunité unique aux investisseurs, même s’il est probable que Softbank tente de faire monter les enchères. Quoi qu’il en soit, ARM correspond parfaitement à la philosophie d’investissement d’AtonRâ, à savoir une société de croissance de qualité dotée d’une technologie unique et idéalement située en haut de la chaîne d’approvisionnement. Nous suivrons de très près le processus d’introduction en bourse et chercherons une occasion d’accroître notre exposition aux leaders de l’espace IA.