La correction de près de 10% au mois d’octobre des marchés actions n’aura pas fait mentir les Cassandres. Les causes sont aujourd’hui bien identifiées: inquiétudes sur la croissance chinoise, pics des profits US, impacts de la guerre commerciale et risques européens.

Macro-économie

La révision à la baisse des anticipations au niveau global va se poursuivre. Les perspectives de la zone euro sont moins favorables: derniers PMI en ligne avec une croissance de l’ordre de 1.5% annualisée et non plus de 2%. La croissance américaine reste solide (3.5% au T3) mais devrait ralentir vers 2.4% en 2019 sous l’effet combiné d’une banque centrale moins accommodante et de la diminution de l’impact de la baisse des taxes. La Chine devrait se stabiliser vers 6% de croissance grâce à un stimulus qui restera mesuré. Les investisseurs ont pris acte de ces révisions (croissance en baisse de 0.5% en 2019) de manière assez violente.

Prévision de croissance mondiale du PIB.
Sources:ODDO BHF AM SAS, Bloomberg economist consensus forecast | Données au 31/10/2018

Valorisations

La saison des résultats, pourtant satisfaisante au global, n’aura pas servi de relais cette fois-ci. Les investisseurs se focalisent sur les pics de bénéfices – voire du cycle – et punissent sévèrement tout avertissement sur résultat ou chiffre d’affaires futurs. Il est impossible aujourd’hui de compter uniquement sur des valorisations redevenues raisonnables dans les marchés développés, voire attrayantes dans les marchés émergents, tant que le nuage des risques ne se sera pas un peu dissipé.

Momentum

Les flux sortants sont significatifs sur les classes d’actifs risqués et notamment sur les actions «small caps» où les prises de profit ont été les plus marquées. Bien que le facteur «momentum» reste le plus gros contributeur de performance cette année, il a subi un revers majeur en octobre. Les flux sortants des marchés émergents et européens continuent d’alimenter la spirale baissière. Dans ces conditions, la correction peut se poursuivre.

Mais tout est-il si noir?

Confiance des entreprises en Zone Euro
Sources: Bloomberg, Thomson Reuters, Datastream, ODDO BHF AM SAS. Données au 31 octobre 2018

Non. Au niveau macroéconomique, le mini choc pétrolier auquel nous avons fait face lors des 6 derniers mois est aujourd’hui effacé redonnant une partie de leur pouvoir d’achat perdu aux consommateurs des pays importateurs de pétrole. Au niveau microéconomique, prenons l’exemple de Michelin qui fait partie de nos portefeuilles et dont nous connaissons bien le métier et le management. L’action a perdu 25% cette année, valant aujourd’hui environ 87€. Aux vues des estimations de résultats sur les 12 prochains mois, la société se traite aujourd’hui à un multiple de 8 fois ses bénéfices ce qui correspond à la plus faible valorisation des 10 dernières années portant les stigmates d’une crise sans précédent. Certes le secteur automobile est l’enjeu de changements disruptifs majeurs mais les fondamentaux de Michelin restent solides avec une hausse anticipé des résultats de 8% pour l’an prochain. La violence de la correction apporte son lot d’exagérations et donc d’opportunités. Michelin est un exemple parmi d’autres. Investir aujourd’hui dans les champions de demain sachant qu’ils ont perdus ¼ de leur valeur en quelques mois n’est peut être finalement pas une si mauvaise idée.

Cependant, il faut aussi prendre conscience que la normalisation des politiques des banques centrales ne fait que commencer. Le marché a besoin de s’ajuster, de trouver des nouveaux repères et peut être de consolider encore un peu. Le spectre de la récession n’est toujours pas devant nous. Il faut donc garder son calme et essayer de tirer parti d’opportunités liées à ce nouvel environnement.

 

Focus sur les actions européennes

Les estimations de BPA ont encore été révisées d’environ -0.5% dans la zone euro tandis que les résultats ont également positivement surpris les attentes des analystes.
Sources: ODDO BHF AM SAS, Deutsche Bank AG/London. Donnéesau 31/10/2018.

Les tensions commerciales vont en s’amplifiant, provoquant un mouvement de refuge vers les secteurs défensifs (santé, services, immobilier). Les attentes de croissance bénéficiaire restent pour le moment inchangées. Dégradations de la notation des secteurs les plus sensibles au commerce mondial.

Les secteurs les plus globalisés (automobile, semi-conducteurs) pâtissent fortement de la montée des protectionnismes alors que le secteur pétrolier confirme son leadership boursier YTD en dépit des velléités de l’OPEP d’augmenter l’offre journalière.

Le secteur bancaire reste toujours sous pression compte tenu des risques politiques et de l’aplatissement de la courbe des taux US. Un infléchissement des indicateurs PMI pourrait être un catalyste positif.

Bonne résistance du secteur technologique en dépit de sa composante semi-conducteurs.