Perspectives pour l'Asie et les marchés émergents

Par Kristina Hooper et l’équipe Global Market Strategist

Points importants à retenir

  • Certaines grandes banques centrales sont devenues plus accommodantes, tandis que les remous géopolitiques continuent de jeter une ombre sur la croissance.
  • L’un dans l’autre, nous prévoyons une croissance économique mondiale d’environ 3% en 2020.
  • Sur le plan régional, Japon, Royaume-Uni et zone euro devraient connaître la plus faible croissance, la plus forte étant le fait des marchés émergents asiatiques et de la Chine.

Les banques centrales et la géopolitique détermineront l’évolution de l’économie mondiale en 2020

Perspectives pour le Japon

Prévision de croissance économique : Environ 0,04%

Opportunités de hausse

  • L’amélioration de la demande mondiale et la fin des ajustements de stocks, ce qui devrait normaliser la croissance industrielle.
  • Un rebond de la demande d’investissement dans les économies asiatiques (y compris la demande de délocalisation), ce qui pourrait soutenir les exportations de biens d’équipement et avoir un impact positif sur l’économie japonaise.

Risques baissiers

  • La possibilité que la croissance de la demande de biens d’équipement en Chine demeure peu élevée.
  • Le recul démographique, susceptible d’entraîner de graves problèmes de pénurie de main-d’œuvre et de peser sur la consommation.

Après le ralentissement au quatrième trimestre 2019 imputable aux effets de la nouvelle taxe à la consommation, l’économie japonaise devrait se stabiliser au début de l’année 2020, puis accélérer légèrement par la suite. Notre scénario de référence table sur une croissance du PIB d’environ 0,04% en 2020.

Selon nous, l’alourdissement de la fiscalité devrait ralentir la demande de consommation, même si l’impact devrait être bien moindre que celui observé lors de la précédente hausse de la taxe en 2014. Le gouvernement japonais pourrait bien engager une politique budgétaire accommodante afin d’atténuer les effets du relèvement de la taxe à la consommation. Nous pensons également que les jeux olympiques de Tokyo favoriseront l’activité touristique et permettront de stimuler la croissance économique.

Nous n’anticipons pas d’assouplissement de la politique monétaire de la Banque du Japon (BoJ) à moins que le yen ne s’apprécie sensiblement. Toutefois, si le yen venait à se renchérir, la BoJ devrait considérer divers outils de politique monétaire, dont de nouveaux achats de fonds indiciels (ETF) en actions, le cas échéant. Son gouverneur, Haruhiko Kuroda, a également mentionné la possibilité de recourir aux quatre autres mesures d’assouplissement monétaire suivantes:

  • Réduire le taux directeur à court terme
  • Abaisser l’objectif de rendement des emprunts d’État japonais à 10 ans
  • Accroître les achats d’actifs
  • Accélérer le rythme de l’expansion de la base monétaire

Perspectives pour la Chine

Prévision de croissance économique : Environ 5,9%

Opportunités de hausse

  • L’émission éventuelle d’obligations spécialisées pour financer les investissements des administrations locales dans des infrastructures publiques, favorisant une puissante relance budgétaire.
  • La probabilité que les États-Unis ne mettront pas en œuvre leurs menaces concernant les contrôles de capitaux à l’encontre la Chine.

Risques baissiers

  • Une intensification des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis.
  • Un ralentissement continu de la croissance dans le secteur manufacturier et des dépenses d’investissement associées.
  • Le niveau d’endettement élevé des ménages et des administrations locales.
  • Une possible décélération de la consommation des ménages, laquelle contribue généralement à environ deux tiers de la croissance du PIB.

La croissance économique chinoise a légèrement ralenti, mais nous sommes convaincus que les fondamentaux de l’économie restent solides, tandis que se poursuit sa transition vers un modèle davantage axé sur la consommation et les services. Nous prévoyons une croissance du PIB d’environ 5,8% à 6% en 2020, ce qui correspond peu ou prou au consensus.

Le marché immobilier chinois demeure très dynamique et devrait, selon nous, continuer d’enregistrer une forte croissance des investissements dont devrait profiter l’économie chinoise. La baisse du renminbi devrait se poursuivre en 2020 – mais de façon modérée, ce qui devrait également soutenir la croissance économique. L’économie chinoise profitera d’autres catalyseurs positifs, tels que des mesures de relance budgétaire qui devraient stimuler les investissements en actifs fixes ainsi qu’une stabilisation des guerres tarifaires (que nous anticipons).

En ce qui concerne la guerre commerciale sino-américaine, nous estimons que la Chine ne signera pas d’accord pour mettre fin au conflit si celui-ci nécessite des concessions importantes allant au-delà de la réduction du déficit commercial. La Chine semble disposée à laisser la guerre commerciale se poursuivre, plutôt que de satisfaire des exigences qu’elle considère préjudiciables à l’économie chinoise et à sa position stratégique future. Nous restons néanmoins optimistes à l’égard de l’économie chinoise car nous pensons que la Chine utilisera les instruments budgétaires et monétaires nécessaires pour soutenir son économie, malgré les obstacles engendrés par la guerre commerciale.

Les mesures monétaires de soutien de la Banque populaire de Chine (banque centrale chinoise, PBoC) en 2020 seront d’après nous relativement modestes. Il se pourrait que la PBoC continue d’assouplir sa politique monétaire, avec de possibles baisses du ratio de réserves obligatoires.

Perspectives pour les autres marchés émergents

Prévisions de croissance économique

• Inde : 5,5 % à 6 %
• Pays émergents asiatiques : environ 6,2 %
• Pays émergents européens : environ 2 %
• Amérique latine : environ 2 %

Inde

Selon nous, le PIB de l’Inde devrait croître d’environ 5,5% à 6% en 2020. La croissance devrait ralentir en début d’année puis réaccélérer modérément, soutenue par les réductions d’impôts sur les sociétés prévues pour le printemps prochain. La croissance économique devrait rester légèrement en-deçà des attentes l’an prochain.

L’économie indienne a ralenti fortement, la consommation ayant récemment subi le contrecoup de la faiblesse des investissements. Les ventes d’automobiles ont, en particulier, été décevantes. L’activité devrait rester atone en début d’année.

Toutefois, nous pensons que l’économie bénéficiera de mesures de relance budgétaire et monétaire significatives au cours de l’année. La Banque de réserve d’Inde semble prête à assouplir encore sa politique et, à notre avis, les baisses d’impôt sur les sociétés devraient avoir un fort effet stimulant. Cependant, le niveau élevé du déficit budgétaire réel a des conséquences négatives à plus long terme et certaines des mesures de relance à venir pourraient être financées par la Banque de réserve d’Inde (bénéfices, capital, dividendes). En outre, la réforme du secteur financier et les réformes structurelles générales accusent du retard.

Pays émergents asiatiques

La croissance économique des pays émergents d’Asie reste soutenue, même si nous escomptons un léger ralentissement. En 2020, elle devrait avoisiner 6,2%, portée par l’Indonésie et le Vietnam, qui ont bénéficié des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement liées à la guerre commerciale. Les petites économies ouvertes comme Hong Kong et Singapour pourraient connaître une croissance économique atone.

Pays émergents européens

Nous anticipons une croissance économique plus modeste dans les pays émergents européens en 2020, d’environ 2%.

  • La Pologne devrait connaître une croissance vigoureuse, favorisée par les réformes structurelles et la solidité de la demande intérieure. (Un risque baissier pourrait exister en cas de choc électoral.)
  • En revanche, la situation devrait se dégrader en Turquie et en Hongrie, deux pays dont les dirigeants populistes sont confrontés à un environnement économique extérieur hostile. La Turquie nous paraît trop dépendante du financement extérieur et la Hongrie est, quant à elle, trop tributaire de l’industrie automobile allemande.

Amérique latine

Nous tablons sur une croissance modeste du PIB de 2% en 2020 (contre une prévision du consensus de 2,4%).

  • Le Brésil qui mène une politique favorable à la croissance devrait faire bonne figure. La réforme de la sécurité sociale y progresse et suscite des espoirs de déréglementation et de privatisation.
  • L’ensemble des efforts de réforme en cours laisse entrevoir une reprise durable de l’économie brésilienne, mais probablement à un rythme mesuré compte tenu du coup de pouce limité attendu sur les prix et les volumes d’exportation de matières premières dans un environnement économique mondial anémique.
  • Le Brésil poursuit sa transition dans le domaine du crédit, passant d’un modèle de crédits publics bonifiés octroyés par la banque nationale de développement à un financement des entreprises davantage axé sur le marché. L’inclusion financière devrait également contribuer à une augmentation du pouvoir d’achat des ménages au fil du temps, compte tenu de la faiblesse de l’inflation et de l’assouplissement de la politique monétaire (contrairement aux précédents cycles d’expansion et de récession du crédit).
  • La croissance de l’économie mexicaine devrait légèrement ralentir en raison de l’atonie de l’investissement liée à l’incertitude politique et de la croissance relativement faible aux États-Unis.
  • En Argentine, le parti péroniste a remporté la présidentielle, comme cela était largement anticipé, mais sa victoire est beaucoup moins éclatante que certains ne le craignaient, l’ancien président Mauricio Macri n’arrivant que 8 points derrière le président élu Alberto Fernandez – un écart beaucoup plus faible que celui enregistré lors des primaires qui avait provoqué un effondrement des actifs argentins et du peso. Cette marge modérée suggère que la nouvelle administration devra se montrer politiquement prudente alors qu’elle s’apprête à renégocier son accord avec le FMI et la restructuration de la dette souveraine, ce qui devrait limiter le risque de baisse de l’économie et des marchés à court terme.
  • Un facteur positif pour les partenaires commerciaux de l’Argentine en Amérique latine est que les répercussions sur les exportations nettes et les problèmes de confiance devraient être beaucoup moins préjudiciables qu’ils ne le furent en 2018-19 (les risques baissiers ont décru et il y a lieu d’espérer dans un premier temps une stabilisation puis une reprise de l’activité – même s’il n’y aura pas de rebond marqué). Parmi les grands pays émergents, le Brésil semble le mieux loti.
  • L’Argentine traîne un lourd fardeau de dettes et de distorsions liées aux subventions énergétiques et d’autres subventions qui doivent être supprimées ; les pressions inflationnistes qui en résultent sont importantes et un rebond en forme de V en 2020 nous paraît improbable.
  • À l’inverse, le Venezuela devrait être le plus mal loti des pays d’Amérique latine, compte tenu de l’hyperinflation et du chaos politique persistant. Les pays voisins et les partenaires commerciaux de la région andine subiront encore les répercussions socio-économiques de la migration continue des réfugiés, mais nous estimons que ses effets économiques et financiers seront limités, s’agissant d’une crise de longue date. Cela dit, nous n’excluons pas un effondrement encore plus grave de l’État ou de l’économie vénézuélienne.

 


Risques
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Cet article est publié en Suisse par Invesco Asset Management (Schweiz) AG, Talacker 34, CH-8001 Zurich