Les valeurs sensibles au cycle économique pourraient offrir des opportunités alors que les investisseurs commencent à se concentrer sur la reprise à venir.

Points importants

  • Les gouvernements sont susceptibles d’accroître leurs dépenses, mais la performance des actions n’en dépend pas.
  • L’écart de valorisation entre les différents segments du marché est désormais frappant.
  • Les secteurs de la production manufacturière, les services pétroliers et gaziers et les banques sont à regarder de près.

L’avis de Martin Skanberg, Gérant de fonds, actions européennes

Les raisons de délaisser les actions européennes n’ont pas manqué en 2019: guerres commerciales, Brexit et faible croissance économique pour n’en nommer que trois.  Cependant, cela n’a pas stoppé la progression du marché boursier: l’indice MSCI EMU des actions de la zone euro a enregistré une hausse de plus de 25% en 2019.

De la même manière, nous estimons qu’il sera important en 2020 de ne pas laisser les interférences sur les fronts politique et du commerce détourner l’attention des opportunités d’investissement.

Le fait que les actions de la zone euro ont été boudées est illustré par les sorties de capitaux considérables hors de la classe d’actifs. Cependant, des signes timides laissent penser que cette situation commence à s’améliorer, vu le ralentissement du rythme des sorties de capitaux. Le regain d’appétit des investisseurs vis-à-vis de la classe d’actifs pourrait constituer une source de soutien importante pour les actions en 2020.

Les gouvernements vont-ils relâcher les cordons de la bourse?

La Banque centrale européenne (BCE) a déjà annoncé de nouvelles mesures d’assouplissement, notamment la reprise de ses achats d’actifs. La clé sera de savoir si les différents pays lui emboîteront le pas en termes de relance budgétaire. L’ancienne directrice générale du FMI Christine Lagarde étant désormais à la tête de la BCE, il sera intéressant de voir si elle tentera de convaincre les gouvernements d’en faire davantage pour stimuler la croissance.

La grande question concerne l’Allemagne, où cette démarche est politiquement difficile compte tenu des restrictions budgétaires. Toutefois, l’Allemagne risque de devenir peu compétitive en termes de revenus et d’impôts sur les sociétés face aux allègements fiscaux mis en œuvre dans d’autres pays.

L’augmentation des dépenses budgétaires semble constituer un moyen évident de contrer la menace du populisme. Accroître les dépenses consacrées à la protection de l’environnement est une autre option ; le nouveau «Pacte vert» mis en place par Berlin recueille un large soutien auprès du public.

La performance des actions ne dépend pas du soutien politique

Mais même sans l’aide potentielle de la politique monétaire ou budgétaire, certains segments du marché actions européen pourraient bien se comporter en 2020. Les actions de la zone euro restent globalement moins onéreuses que les actions américaines. L’indice MSCI EMU affiche un ratio cours/bénéfice de 17,5, contre 19,1 pour le S&P 500 (FactSet, au 29 novembre 2019).

Cependant, une différence marquée existe également au sein de la zone euro. Le ratio cours/bénéfice est une mesure d’évaluation des entreprises, qui consiste à diviser le prix d’une société par ses bénéfices escomptés. Plus ce ratio est faible, moins le cours est onéreux.

Dans l’ensemble, le marché ces dernières années a valorisé très généreusement les actions des sociétés de croissance, les valeurs défensives et les valeurs connues comme étant peu volatiles. C’est particulièrement le cas lorsqu’on les compare aux titres «value» (pour une définition des termes, voir la fin de cet article). Le graphique illustre cette divergence.

Les actions du secteur de l’alimentation et des boissons en sont le parfait exemple. De nombreuses actions de ce type sont devenues si valorisées que toute déception en termes de croissance les expose à une forte réaction du marché. La récente saison des résultats du 3e trimestre a apporté plusieurs exemples de sociétés de croissance défensives qui n’ont pas atteint leurs objectifs et dont les actions ont été lourdement sanctionnées par le marché.

En revanche, les sociétés plus sensibles au cycle économique, notamment celles exposées à l’industrie manufacturière, sont désormais faiblement valorisées par le marché.

Les données économiques qui émanent du secteur manufacturier restent déprimées. Toutefois, l’amélioration récente de la performance des actions faiblement valorisées et sensibles à l’économie pourrait être le signe que le marché commence à regarder au-delà de la morosité actuelle et à se concentrer sur la reprise à venir.

 

L’avis de James Sym, Gérant de fonds, actions européennes

En ce début de 2020, la grande question à l’esprit des investisseurs européen est de savoir si la rotation du marché qui a récemment conduit les titres «value» à surperformer va perdurer. L’indice MSCI EMU Value a progressé de 9,0% entre septembre et novembre 2019, contre 6,9% pour l’indice MSCI EMU Growth (FactSet, au 29 novembre 2019). Nous pensons que le rebond des titres «value» découle de l’évolution du positionnement (sachant qu’un grand nombre d’investisseurs boudait ce segment du marché auparavant), et désormais, les données économiques auront un plus grand rôle à jouer. Nous pensons que nous sommes à la veille d’un changement de régime sur les marchés, soutenu par la nouvelle attitude des autorités alors que des mesures de relance fiscale et budgétaire sont de nouveau à l’ordre du jour.

Les valorisations relatives restent tendues, laissant penser que la rotation hors des valeurs de qualité/de croissance en faveur des titres «value» est partie pour durer (voir la fin de l’article pour les définitions).

Nos points forts sont la sélection de titres et l’application d’une approche axée sur le cycle économique visant à identifier les segments délaissés du marché susceptibles de surperformer à un horizon de trois ans. Nous consacrons beaucoup de temps à nos déplacements dans la région, visitant des sites de production et rencontrant les dirigeants d’entreprises dans leurs bureaux. Conjuguée aux informations glanées auprès des équipes dirigeantes, notre analyse des données économiques nous aide à mieux apprécier la tendance des marchés européens locaux.

Prémices d’une reprise en Europe

L’un des points corroborés par nos entretiens avec les équipes dirigeantes est que les entreprises européennes investissent davantage que les années précédentes. Le graphique du haut montre que la proportion des entreprises qui prévoient d’accroître leurs dépenses d’investissement sur les principaux marchés européens est élevée.

Dans le même temps, la consommation est mieux orientée, compte tenu de la hausse des salaires et du recul du chômage (graphique du bas). Les prémices d’une reprise européenne se dessinent, sachant que le revenu disponible des ménages européens s’accroît légèrement.

Forts de ce constat, où se situent les opportunités?

Opportunités parmi les valeurs sensibles au cycle économique

En premier lieu, les titres «value» cycliques, c’est à dire les actions sous-valorisées sensibles au cycle économique, sont attractifs. Nous pensons que nous sommes à un tournant du cycle, avec une reprise mondiale plus synchronisée attendue en 2020.

L’une des manières classiques d’exploiter le cycle économique consiste à acheter des actions sensibles à l’économie lorsque les indices des directeurs d’achats (PMI) sont déprimés et que le consensus est pessimiste. Les indices PMI, qui constituent des indicateurs avancés de la tendance des secteurs manufacturier et des services, affichent leurs niveaux les plus bas depuis la crise financière mondiale. Notre processus fondé sur le cycle économique plaide donc en faveur d’une orientation cyclique.

Cela nous dirige vers des segments extrêmement délaissés du marché. Le secteur du pétrole et du gaz recèle selon nous un potentiel appréciable, en particulier le segment des services pétroliers et gaziers, dans lequel de nombreuses entreprises affichent des valorisations très déprimées. Elles pourraient toutefois se situer en phase précoce de reprise, sachant que les coûts de location des plateformes de forage se redressent et que les grandes compagnies pétrolières accroissent leurs investissements.

Les valeurs bancaires sont un autre secteur qui nous semble intéressant. Bon nombre d’entre elles sont désormais faiblement valorisées au motif que le bas niveau des taux d’intérêt (et la faiblesse résultante des rendements obligataires) réduit les marges bénéficiaires au-delà de tout espoir de retour à une rentabilité satisfaisante à court terme. Toutefois, une remontée même légère des rendements peut suffire à induire une inflexion du sentiment. Nous apprécions particulièrement les banques européennes solidement établies qui bénéficient d’une part de marché conséquente.

Les actions plus fortement valorisées d’autres segments du marché, telles que les valeurs technologiques, sont également attractives. Le segment des semi-conducteurs a enregistré une solide performance cette année et certaines actions du secteur pourraient encore progresser. Des secteurs tels que les logiciels et les services informatiques pourraient également offrir des opportunités.

 


Glossaire

Les actions « value » sont celles dont la valorisation est inférieure à ce qu’elle devrait être au regard de fondamentaux tels que le dividende ou les bénéfices. Ces dernières années, les actions « value » ont sous-performé, les investisseurs ayant favorisé les valeurs de croissance et de haute qualité. Les valeurs de croissance sont celles dont le chiffre d’affaires et/ou les bénéfices augmentent à un rythme plus élevé que la moyenne du marché. Les critères de qualité comprennent l’évaluation de la crédibilité de l’équipe dirigeante et de la solidité du bilan.


Facteurs de risque
Les investissements concentrés au plan géographique, sectoriel et des marchés peuvent induire d’importantes variations de valeur susceptibles d’avoir un impact négatif sur la performance.
La valeur des investissements et les revenus qui en découlent peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse. Les investisseurs ne sont donc pas assurés de recouvrer l’intégralité des sommes initialement investies.
En cas de doute quant à l’adéquation de tout investissement, nous vous invitons à consulter un conseiller financier indépendant.