Japon, Chine et Asie émergente.

John Greenwood, Economiste en chef d’Invesco Ltd.

Chine et Asie émergente

Le 19e Congrès national du parti communiste touchant à sa fin, quelles sont les perspectives pour l’économie chinoise? Les autorités chinoises profiteront-elles de l’occasion pour résoudre le problème de l’accumulation de dette dans l’économie ou continueront-elles à favoriser la croissance pour maintenir la dynamique de l’économie? S’il est vrai que le président Xi a renforcé son autorité lors du Congrès, il semble douteux qu’une réforme sérieuse des entreprises d’État du pays sera mise en œuvre.

Depuis l’envolée du crédit domestique en 2014-16, la croissance du crédit a ralenti à 12% en glissement annuel en octobre, son rythme le plus lent depuis décembre 2008. Contrairement à ce qui s’était produit lors de l’expansion du crédit de 2008-10, cette croissance n’a pas été accompagnée par une accélération significative de la croissance de la masse monétaire au sens large. Cette fois-ci, les autorités chinoises ont maintenu une politique monétaire globalement stable, tout en ajustant temporairement plusieurs instruments de contrôle prudentiel macroéconomiques. Par conséquent, la croissance de la masse monétaire au sens large n’a été en moyenne que de 12% par an depuis 2014, contre 21% par an au cours de la période 2008 à 2010.

Les rapports ont fait état d’une croissance du PIB réel de 6,8% au troisième trimestre, ce qui correspond aux objectifs définis par les dirigeants. Toutefois, comme la montre le graphique ci-dessous, suite à la réduction des capacités excédentaires dans de nombreux secteurs d’industrie lourde publics, l’estimation «à la Li Keqiang» du PIB réel – du nom du Premier ministre chinois et fondée sur les données facilement disponibles – a rebondi depuis début 2016. Le pic de taux de croissance de 14,4% enregistré en juillet reflète la reprise temporaire d’un certain nombre d’industries de base telles que l’acier, le charbon et l’électricité, bien que des données récentes témoignent d’une certaine modération.


Sur le plan externe, les exportations de la Chine se sont aussi redressées après les baisses enregistrées il y a un an pour atteindre 6% en glissement annuel au cours de la période d’août à octobre. Les importations ont rebondi encore plus rapidement pour atteindre un pic de croissance de 25% en mars, avant de ralentir à 16,5% au cours de la période d’août à octobre. Compte tenu du rebond des exportations et des importations chinoises, il semble que le marasme prolongé du commerce mondial ait maintenant pris fin et que l’on soit à présent dans une phase de croissance.

Dans la mesure où la Chine est de loin le plus grand marché émergent et aussi le plus gros acheteur de matières premières sur les marchés mondiaux, la croissance des importations chinoises est essentielle pour de nombreux exportateurs de matières premières, en développement ou développés, de par le monde. Si la Chine peut générer une reprise intérieure régulière au cours de l’année à venir ou des deux prochaines années, les perspectives pour ces économies exportatrices de matières premières s’amélioreront considérablement. Bien que la Chine à elle seule ne puisse pas être une locomotive mondiale pour toutes les économies productrices de matières premières, la reprise synchrone des économies des pays développés devrait soutenir davantage les prix mondiaux des matières premières que la situation des cinq dernières années.

Pour 2018, je prévois une croissance du PIB réel officiel de 6,6%, et 1,0% d’inflation des prix à la consommation.

Concernant les plus petites économies industrielles d’Asie de l’Est qui contribuent de manière importante aux chaînes d’approvisionnement régionales dont la Chine fait partie, leurs perspectives d’exportation dépendront principalement de la poursuite de la reprise du cycle conjoncturel aux États-Unis et en Europe, et seulement accessoirement de l’économie intérieure chinoise. En effet, la Chine importe surtout des matières premières et des biens d’équipement (qui ne sont pas produits par ces économies), et relativement peu de produits manufacturés pour sa propre utilisation finale. A l’inverse, l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest sont les principaux importateurs des produits manufacturés fournis par les chaînes d’approvisionnement asiatiques. En 2018, la Corée, Taiwan et Hong Kong devraient enregistrer une croissance de 2% à 3%, alors que la croissance des économies de l’ASEAN devrait atteindre 4 à 5%. Bien que ces taux de croissance réels du PIB soient généralement inférieurs aux tendances antérieures, les petites économies asiatiques axées sur l’exportation ont quand même bénéficié d’augmentations importantes de leurs marchés d’actions depuis le début de l’année suite aux signes de reprise de la croissance du commerce mondial.

Japon

Au troisième trimestre 2017, le PIB réel du Japon a augmenté de 0,3% par rapport au trimestre précédent et de 1,6% par rapport à l’année précédente (après 0,6% par rapport au trimestre précédent et 1,5% en glissement annuel au deuxième trimestre 2017), ce qui a permis à l’économie de croître à son rythme le plus rapide depuis deux ans. Cette hausse de la production réelle s’explique par une augmentation de 0,5% par rapport au trimestre précédent des exportations nettes, et une légère croissance de 0,2% de l’investissement du secteur privé. La consommation des ménages a freiné la croissance, en diminution de 0,3% par rapport au trimestre précédent. Le PIB réel s’inscrit désormais en hausse sur sept trimestres consécutifs, sa plus longue période de croissance ininterrompue depuis plus d’une décennie.

Toutefois, compte tenu du programme de redressement économique à «trois flèches» du Premier ministre Abe dont il est fait grand cas (constitué d’une expansion monétaire, d’une relance budgétaire et de réformes structurelles), et en particulier de l’ampleur du programme d’assouplissement quantitatif du Japon – qui constitue l’une des trois flèches et a déjà augmenté la taille du bilan de la Banque du Japon (BoJ) à 92% du PIB – les résultats auraient dû être évidents beaucoup plus tôt et auraient dû avoir un impact beaucoup plus important sur le PIB nominal.

Les données actuelles relatives à l’activité des entreprises semblent étayer l’hypothèse selon laquelle l’économie japonaise a franchi un point critique. Le graphique suivant illustre le fait que l’investissement en termes réels comme les bénéfices des entreprises se sont améliorés significativement au cours des dernières années.


Grâce en partie à la faiblesse du yen, qui est s’est déprécié de 15% depuis le premier trimestre 2013 sur une base pondérée des échanges réels, les bénéfices des entreprises sont en forte hausse cette année (+22% en glissement annuel au deuxième trimestre 2017). En outre, l’élargissement de la reprise économique mondiale a stimulé le commerce international, ce qui a aidé les exportations japonaises à augmenter de 6,8% en glissement annuel au troisième trimestre 2017, le double de l’estimation de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) de 3,6% de croissance du commerce mondial de marchandises en volume en 2017. L’augmentation des bénéfices des entreprises s’est traduite par une amélioration du climat des affaires, comme en témoigne l’indice de l’enquête « Tankan » (ou enquête à court terme sur la conjoncture commerciale) de la BoJ, qui a atteint le niveau de 15, le plus haut niveau enregistré depuis le troisième trimestre 1991. Les données subjectives comme objectives étant de plus en plus positives, il n’est pas surprenant que les dépenses d’investissement réelles commencent également à augmenter plus fortement, atteignant 18,7% en glissement annuel depuis leur point bas au quatrième trimestre 2009, et que les prévisions tablent sur une poursuite de leur dynamique haussière.

Tout cela a lieu malgré des tensions persistantes sur le marché du travail. Compte tenu d’un taux de chômage à 2,8% en octobre et d’un ratio offres/demandeurs d’emploi à 1,55 (le niveau le plus élevé depuis le boom du début des années 1970), il est clair que les tensions sur les salaires à elles seules ne vont pas provoquer d’inflation. L’expérience actuelle au Japon d’un marché du travail tendu mais d’une faible croissance des salaires démontre de manière très convaincante que la courbe de Phillipsn’est pas une théorie fiable de l’inflation. Cette relation n’est en réalité rien de plus qu’une observation empirique qui est apparue valide dans certaines conditions par le passé, mais ne fonctionne plus actuellement (non seulement au Japon, mais aussi aux États-Unis, en Allemagne et ailleurs) parce que le facteur expliquant à la fois la croissance plus rapide des salaires et l’augmentation de l’inflation – c’est-à-dire la croissance de la masse monétaire – n’est pas présent.

En conséquence, malgré la poursuite d’un assouplissement quantitatif et qualitatif massif par la BoJ, l’inflation des prix à la consommation est restée obstinément en-deçà de son objectif de 2%. L’inflation globale a été de 0,2% en glissement annuel en octobre, alors que l’inflation sous-jacente hors produits frais était de 0,8% et que l’inflation sous-jacente hors produits frais et énergie était également de 0,2%.

La croissance moyenne du PIB réel du Japon devrait atteindre 1,2% en 2018, alors qu’une certaine dépréciation du yen (et non la croissance monétaire intérieure) devrait conduire à une augmentation de l’inflation globale à 0,5% pour 2018 dans son ensemble.

 

J'aime cet article 358