Le pétrole restera le thème dominant de 2018.

John Greenwood, Economiste en chef d’Invesco Ltd.

Compte tenu d’une prévision de croissance de la production réelle mondiale de 3,1% en 2018 (par Consensus Economics), il est probable que les prix des matières premières n’enregistreront qu’une croissance modérée, comme ce fut le cas en 2017 quand les prix des matières premières, tels que reflétés par l’indice S&P GSCI, n’avaient augmenté que de 8%, et nous prévoyons une croissance de l’indice CRB de seulement 2%.

L’amélioration des prix du secteur de l’énergie s’est poursuivie cette année, mais une reprise marquée est improbable l’année prochaine. En 2017, le marché du minerai de fer a enregistré une forte volatilité et a baissé de 15% en glissement annuel (au 8 décembre 2017). Cette baisse a été compensée par une augmentation des prix des métaux de base. Les prix des métaux précieux devraient fléchir si l’augmentation des taux d’intérêt américains se poursuit. Les prix des produits agricoles ont reculé légèrement en 2017, mais une stabilisation semble probable en 2018. Comme toujours, la Chine et la politique du gouvernement chinois seront déterminantes.

Le pétrole reste le thème dominant à l’approche de 2018

Les prix du pétrole ont rebondi au second semestre de 2017 : le cours du brut Brent est en hausse de 27% depuis juin 2017. L’OPEP et les autres producteurs de pétrole ont convenu le 30 novembre de prolonger les réductions de production au-delà de mars 2018, et la Russie et l’Arabie saoudite ont accepté de prolonger leurs réductions pour une période de neuf mois supplémentaires, maintenant le gel de la production jusqu’à fin 2018. Cet accord a permis une hausse du prix international du pétrole au-dessus de 60 USD/baril, soit une augmentation de deux tiers par rapport à son point bas. L’Arabie saoudite souhaiterait maintenir le gel de la production aussi longtemps que possible afin de soulager la pression pesant sur le budget de l’État et d’atteindre une valorisation généreuse lorsqu’elle privatisera une partie d’Aramco, la société pétrolière nationale. La Russie par contre, bien qu’elle profite de bénéfices plus élevés, ne veut pas perdre plus de parts de marché face aux producteurs non conventionnels. De plus, la Russie a entrepris certains grands projets pétroliers devant être achevés en 2018, et ceux-ci pourraient maintenant devoir être gelés.

La hausse des prix du pétrole a également été favorisée par les événements politiques au Moyen-Orient, à savoir le pouvoir et l’influence croissantes du Prince Héritier de l’Arabie saoudite Mohamad Bin Salman. L’héritier présomptif a arrêté certains des dirigeants les plus puissants et des hommes d’affaires les plus riches du pays, ostensiblement dans le cadre d’une politique de lutte contre la corruption, mais de nombreuses personnes soupçonnent qu’il cherchait en fait à consolider son pouvoir et, dans une moindre mesure, à trouver de l’argent pour remplir les coffres du pays. Il s’est également engagé dans la politique internationale, et ce faisant, a augmenté les tensions régionales entre l’Arabie saoudite et d’autres membres de l’OPEP, l’Iran et le Qatar. Les acteurs du marché craignent que cela ne dégénère à un tel degré que l’offre des plus grands producteurs de pétrole de la région soit perturbée.

Le secteur du pétrole de schiste américain demeure l’obstacle principal à une hausse significative des prix du pétrole. Le nombre d’installations de forage américaines a augmenté de 38% depuis le début de l’année, même s’il a reculé légèrement depuis son plus haut niveau historique atteint en juillet 2017. Il est encore très inférieur à son niveau d’avant la chute des prix du pétrole de 2014, qu’il avait précipitée. Néanmoins, la production de pétrole brut américain a continué à augmenter, les dernières données faisant état d’une production américaine de 9,7 millions de barils par jour, supérieure au record précédent de 9,6 millions de barils par jour établi en 1970. La production pour 2017 jusqu’en novembre a augmenté en moyenne de 0,5 million de barils par jour, selon l’Energy Information Administration (EIA). L’OPEP estime que la demande mondiale de pétrole augmente de 1,42 million de barils par jour. Toutefois, comme les États-Unis et d’autres producteurs de pétrole tels que l’Iran et la Libye augmentent également leur production, une flambée des prix du pétrole est improbable, même en période de généralisation de la croissance économique mondiale.

Métaux

Les métaux rares, en particulier ceux qui sont utilisés dans les batteries des voitures électriques, ont suscité un vif intérêt. Cela s’explique par la conviction que le marché évoluera pour inclure une part croissante de voitures électriques. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et la France, ont promis d’interdire la vente de nouvelles voitures utilisant des combustibles fossiles dans les décennies à venir. Les fabricants comme Volvo, BMW et Volkswagen se sont également engagés soit à produire exclusivement des véhicules électriques, soit à augmenter considérablement leur production dans les années à venir. Reste à savoir si ces promesses seront tenues.

Le cobalt, qui est utilisé dans les cathodes des batteries des véhicules électriques, a vu son prix à la Bourse des métaux de Londres augmenter de plus de 100% depuis début 2017, plus que tout autre métal de batterie. Certains intervenants craignent que l’offre de cobalt ne puisse pas répondre à l’augmentation de la demande. Le principal producteur de cobalt est actuellement la République démocratique du Congo, l’un des pays d’Afrique les plus pauvres et les plus instables sur le plan politique.

Toutefois, comme lors des précédentes paniques relatives à la rareté des terres rares, les prix élevés tendent à stimuler de nouvelles découvertes de la matière première ou une augmentation des capacités des producteurs existants. Il y aura probablement aussi des réponses technologiques telles qu’une substitution de matières premières ou des gains d’efficacité. Mais jusqu’à ce que des réponses technologiques soient apportées ou que de nouvelles offres apparaissent, et tant que l’évolution vers l’utilisation de moteurs électriques continue, les prix du cobalt et d’autres matériaux utilisés dans la production de voitures électriques sont susceptibles de demeurer élevés.