À l’automne 2016, un changement dans le sentiment du marché (le fameux déchaînement des « esprits animaux ») a modifié les anticipations relatives au caractère soutenable de la croissance mondiale et à l’inflation.

Robert Michele
Directeur des investissements et directeur du pôle mondial de gestion obligataire, matières premières et devises

Ce changement de perception a entraîné à la hausse les taux d’intérêt américains, et a permis à la Réserve fédérale (Fed) de resserrer les conditions monétaires pour la première fois depuis un an. En décembre, nous avons considérablement augmenté notre probabilité que le marché intègre à court terme des niveaux de croissance supérieurs à la moyenne, cette probabilité passant de 10% à 65%. Alors même que nous nous réunissions en mars à New York pour notre revue trimestrielle, la Fed a décidé de relever une nouvelle fois ses taux directeurs.

Qu’est-ce qui a poussé la Fed à intervenir ? Qu’est-ce qui a changé ? Selon le point de vue, la réponse est soit peu de choses, soit beaucoup de choses.

Du point de vue des États-Unis, il semble que les marchés financiers soient dans une position d’attente et que peu de choses aient changé. Depuis le début de l’année, le rendement du bon du Trésor à 10 ans a évolué au sein d’une fourchette assez étroite. Les marchés veulent voir le gouvernement et le Congrès se concentrer sur leurs priorités : les réductions d’impôt, la déréglementation, et les mécanismes permettant de réinjecter les dépenses budgétaires dans l’économie. Mais si on élargit son point de vue, on se rend compte que beaucoup de choses ont changé. En fin d’année dernière, on s’est rendu compte que même si les conditions commençaient à se normaliser aux États-Unis, le reste du monde était encore sous l’emprise de l’assouplissement des banques centrales qui avaient maintenu leurs taux à des niveaux très bas. Ce qui a changé, c’est que la croissance est désormais synchronisée à l’échelle mondiale. Et plus important encore, il en est de même des politiques monétaires. La Fed ne fait plus cavalier seul. Les banques centrales dans le monde entier commencent à réduire leur niveau d’assouplissement. Elles sont de plus en plus portées à soutenir la croissance, l’inflation, une meilleure qualité de crédit et davantage de consommation. Nous entamons une transition : il s’agit de passer des politiques monétaires à des politiques budgétaires.

Certains experts ont laissé entendre que des taux plus élevés ne pouvaient pas perdurer en l’absence de relance induite par des dépenses budgétaires. Nous ne sommes pas d’accord. Nous considérons que les récents mouvements de marché, notamment l’évolution des rendements des bons du Trésor au sein d’une fourchette étroite, correspondent à une pause, et pas à autre chose. L’économie américaine progresse à un rythme de 2 % sans même le soutien de nouvelles dépenses budgétaires. L’Europe et le Japon bénéficient d’une croissance supérieure à la moyenne. La croissance de la Chine se stabilise, et même les marchés émergents font mieux que prévu. Nous pensons que cette synchronisation reflète une plus grande probabilité que les marchés intègrent au cours des trois à six prochains mois des niveaux de croissance supérieurs à la moyenne. Nous avons ainsi augmenté cette probabilité de 65 % à 70 %.

Nos meilleures idées pour le trimestre : le haut rendement américain, le crédit titrisé de duration courte et les prêts à effet de levier ; en dehors des États-Unis, la dette émergente en monnaie locale ; des positions vendeuses sur les bons du Trésor américain, les emprunts d’État européens et eurodollars afin de se couvrir contre une hausse des taux et l’accélération du rythme des relèvements de taux directeurs.

Lire l’étude en entier (pdf, 4 pages, en français)

 

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