L'économie américaine atteint désormais la fin d'un cycle, mais le risque de récession reste faible à court horizon.

Vincent Juvyns,
Stratégiste,
J.P. Morgan Asset Management

L’économie américaine est entrée en fin de cycle alors que le taux de chômage est proche des plus bas historiques.

Par le passé, la conjugaison d’un faible taux de chômage et d’une croissance économique saine ont conduit à une poussée des salaires, de l’inflation sous-jacente et des taux d’intérêt.

Bien qu’on soit en fin de cycle, le risque de récession à court terme reste faible. La marge de hausse des salaires et des taux d’intérêt reste sans doute très large avant d’être susceptible de poser des problèmes pour les entreprises comme pour l’économie.

Le taux de chômage du pays montre que le marché du travail est parvenu à la dernière phase du cycle économique. Le chômage est rarement descendu aussi bas. Il ne fait pas de doute que c’est une bonne nouvelle à court terme pour l’économie américaine, qui sous-tend la confiance des consommateurs. Toutefois, la question de la probabilité d’une récession se pose à moyen terme (à horizon de 2 à 4 ans).

Le taux de chômage est désormais tombé sous les estimations du plein emploi à la fois de la Fed et du Congressional Budget Office. C’est à ce stade que la hausse des salaires devrait en théorie commencer à s’accélérer sous l’effet du pouvoir de négociation renforcé des salariés face à l’érosion du sous-emploi.

Par le passé, la trajectoire d’expansion économique a eu tendance à durer entre deux et quatre ans après le point de bascule du taux de chômage sous le plein emploi. Il faut souligner que la croissance des salaires reste relativement tenue pour le moment malgré le taux de chômage plancher.

Source : Guide des marchés – Europe, page 22 (cliquez pour agrandir)

Les salaires et l’inflation sous-jacente devraient grimper

La question économique qui vaut de l’or aujourd’hui est de savoir pourquoi la baisse du chômage n’entraîne pas d’accélération de la croissance des salaires. Tous les indicateurs ou presque laissent à penser que le marché du travail est étroit, mais certains économistes avancent que la conjugaison de la mondialisation, de l’automatisation et de la nouvelle «Gig économie» empêchent la croissance des salaires. S’il est probable que ces facteurs pèsent sur la hausse des rémunérations, nous ne pensons pas que la relation historique entre l’étroitesse du marché du travail
et la pression à la hausse sur les salaires soit en voie de disparaître totalement.

En réalité, plusieurs indicateurs laissent à penser que les salaires devraient bientôt enregistrer une hausse accélérée. L’enquête conduite par la National Federation of Independent Businesses montre que de plus en plus d’entreprises prévoient d’augmenter leurs salaires. Elle pointe aussi vers des programmes de recrutement plus nombreux et un nombre croissant d’entreprises qui peinent à pourvoir leurs postes vacants. Les travailleurs partagent cette vision positive du marché du travail. L’enquête conduite par le Conference Board auprès des consommateurs montre qu’ils sont plus nombreux à estimer qu’il existe une abondance de postes disponibles, ce qui n’est guère surprenant à la lumière d’un niveau d’offres d’emploi au plus haut depuis 2000. Il en découle une hausse du nombre de personnes qui quittent leur emploi. Les changements de poste vont souvent de pair avec une hausse des salaires et à mesure que cette tendance se développe, les sociétés font face à une pression croissante les poussant à augmenter la paie de leur personnel pour ne pas le perdre.

L’inflation sous-jacente a reculé depuis le début d’année, aspirée par une variation des prévisions de trafic des données mobiles et les effets de base concernant les services médicaux, après une envolée des prix en 2016. Toutefois, si la croissance des salaires commence à s’accélérer, l’inflation sous-jacente devrait la suivre. Les perspectives économiques favorables, illustrées par le haut niveau actuel de l’indicateur ISM de l’enquête sur les entreprises du secteur manufacturier, sont un autre signal tendant à souligner un redémarrage prochain de l’inflation sous-jacente si l’on en croit les données historiques.

Source : Guide des marchés – Europe, page 23 (cliquez pour agrandir)

L’économie devrait pouvoir absorber une hausse des salaires et des taux d’intérêt

Si les salaires et l’inflation sous-jacente repartent, la Fed pourrait devoir relever les taux d’intérêt plus rapidement que le marché l’anticipe actuellement. À moyen terme, le risque est que la hausse des salaires commence à exercer une pression sur les bénéfices des entreprises et que la hausse des taux d’intérêt accroisse le coût du service de la dette pour les entreprises comme pour les ménages. À terme, les sociétés pourraient réagir en diminuant leurs investissements et leurs effectifs pour tenter de préserver leur rentabilité. Si une telle décision prend tout son sens au niveau d’une entreprise, il peut en découler une récession dès lors que nombre d’entre elles réduisent leurs coûts en même temps. Les consommateurs peuvent également réduire leurs dépenses pour contrer la hausse des coûts d’emprunt.

La bonne nouvelle est que les taux d’intérêt et les salaires vont progresser depuis un point de départ très bas et que l’économie peut donc probablement supporter au moins une année supplémentaire de hausse des taux d’intérêt et d’accélération des salaires.

Au-delà des 12 prochains mois, en l’absence de choc extérieur, le calendrier de la prochaine récession pourrait bien dépendre du rythme d’accélération des pressions sur les salaires et de la hausse des taux d’intérêt.

Source : Guide des marchés – Europe, page 24 (cliquez pour agrandir)

Implications en termes d’investissement

La hausse des salaires et de l’inflation pourrait déclencher une remontée des taux d’intérêt américains plus rapide que prévu par les marchés, ce qui ne serait pas sans implications négatives
pour les obligations d’État américaines.

Le risque d’une récession du pays dans les 2 à 4 ans à venir s’accentue. Pourtant, si la croissance des salaires et les taux d’intérêt restent modérés ou si la productivité augmente, le cycle pourrait potentiellement durer plus longtemps.

Malgré les risques croissants à moyen terme, l’élément principal est que le risque limité de récession sur les 12 à 18 prochains mois laisse encore présager du maintien d’un environnement positif pour les actions américaines à courte échéance.


Tous les graphiques sont issus du Guide des marchés Europe |T4 2017 (cliquez ici pour le télécharger)


 

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