La patience est de mise...

Vincent Juvyns,
Stratégiste,
J.P. Morgan Asset Management

Le temps est venu pour les banques centrales de resserrer leur politique monétaire et pour la Réserve fédérale (Fed) de réduire la taille de son bilan.

Ce «resserrement quantitatif» devrait conduire à une hausse des rendements des emprunts d’État, ce qui représente un écueil de taille pour les investisseurs obligataires.

Une approche dynamique et un élargissement de l’univers d’investissement obligataire seront les principaux leviers, de même que la diversification et la flexibilité pourraient aider à traverser cette phase de resserrage des robinets.

Dix ans après le début de la crise financière, la plupart des économies mondiales sont revenues à un mouvement de croissance synchronisé, les risques de déflation s’amenuisent à court terme et les indicateurs économiques laissent à penser que cette tendance est sûrement partie pour se poursuivre un certain temps. La Fed s’apprête donc à réduire son bilan tandis que la Banque centrale européenne (BCE) ralentit ses achats obligataires avant d’y mettre un terme.

Le total combiné des bilans des principales autorités monétaires – Réserve fédérale, BCE, Banque d’Angleterre, Banque du Japon et Banque nationale suisse – a grimpé de 3 450 milliards USD en 2007 à 15 000 milliards USD en 2017.

Le retrait progressif de ces gros acheteurs insensibles aux prix risque fort d’exercer une pression à la hausse sur les rendements obligataires. À court terme, cette évolution, même progressive, pourrait s’avérer moins neutre que la Fed le voudrait pour les marchés obligataires une fois que le resserrement quantitatif sera totalement déployé.

Source : Guide des marchés – Europe, page 18 (cliquez pour agrandir)

Des rendements à la hausse et des courbes plus marquées?

La hausse quasi inexorable des marchés obligataires, qui dure depuis plus de trois décennies, s’est poursuivie ces dernières années. Elle est attribuable aux programmes d’assouplissement quantitatif des banques centrales et au niveau plancher (voire négatif) des taux d’intérêt ayant entraîné l’émergence de rendements obligataires négatifs. Au pic de l’action des banques centrales en juillet 2016, 37 % de l’ensemble des obligations d’État dégageaient un rendement négatif.

La contraction à venir des bilans des banques centrales représente désormais un défi de taille pour les investisseurs obligataires, à l’heure où il semble clair que le resserrement quantitatif entraînera une hausse sensible de l’offre sur les marchés d’emprunts d’État dans le monde, d’où une pression à la hausse sur les rendements.

Normalement, la courbe de rendement américaine se tasse à mesure que la Fed relève les taux d’intérêt, mais le resserrement quantitatif pourrait bousculer le schéma habituel, voire potentiellement entraîner une pentification de la courbe, au moins dans un premier temps. Du côté de l’Europe, la courbe de rendement devrait s’accentuer au fil de la réduction de la politique d’assouplissement quantitatif de la BCE.

Source : Guide des marchés – Europe, page 67 (cliquez pour agrandir)

Le resserrement quantitatif est-il source d’opportunités?

Le resserrement quantitatif devrait conduire à une hausse des rendements et donc à une période au cours de laquelle la duration se comporte moins bien que les actifs de crédit qui sont mieux à même d’absorber un climat de hausse des rendements des emprunts d’État du fait de leurs coupons plus élevés et/ou d’échéances plus courtes.

Le bouleversement annoncé des politiques monétaires rend plus indispensable que jamais la prise de distance avec les indices obligataires dont la duration n’a fait qu’augmenter ces dernières années.1

Il reste des opportunités à exploiter sur les marchés obligataires, mais tout comme au cours du dernier épisode de hausse soudaine des rendements en 2013, les investisseurs devront se concentrer sur les classes d’actifs à revenu fixe qui ont une faible corrélation avec les rendements des emprunts d’État à long terme et dont les coupons supérieurs peuvent contribuer à atténuer l’impact de la hausse des rendements sur la performance totale.

Source : Guide des marchés – Europe, page 62 (cliquez pour agrandir)

Implications en termes d’investissement

L’investissement indiciel n’a plus guère de sens pour les investisseurs obligataires, car il les contraint à détenir de grandes quantités d’obligations d’État à duration haute.

Les investisseurs devront réagir à ce resserrement en élargissant leur univers pour leur permettre de se diversifier parmi des actifs de crédit plus performants.

La capacité à faire varier la duration et l’exposition de crédit de façon dynamique sera essentielle.


Tous les graphiques sont issus du Guide des marchés Europe |T4 2017 (cliquez ici pour le télécharger)


 


1. La duration du Barclays Global Aggregate est passée de 4,6 ans en 1990 à 7 ans en 2017.

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