La note macro de Nicolas Blanc, Responsable de l'Allocation chez Ellipsis AM.

Trump en avait rêvé, Powell l’a fait. En annonçant que les hausses de taux allaient s’interrompre, dans l’attente de nouvelles données économiques, le FOMC de cette semaine entérine un changement de cap assez prononcé de la politique monétaire américaine. La banque centrale avait déjà anticipé cet assouplissement par une série de déclarations conciliantes, après la dernière réunion qui avait déclenché la colère du président. Même s’il ne croyait donc déjà plus, avant la réunion, à une hausse cette année, le marché lui accordait encore une probabilité de 25%. Aux cours actuels, les futures sur Fed Funds n’évaluent plus qu’à 5% cette probabilité et à 22% celle d’une baisse d’ici un an.

C’est dire donc que les anticipations se sont retournées. M. Powell n’a d’ailleurs pas exclu que la hausse des taux pourrait être terminée au niveau actuel, renvoyant la réponse au flux d’informations futures et jugeant les niveaux actuels neutres sur le plan monétaire. A l’appui de cette nouvelle orientation, M. Powell a cité la situation extérieure aux US, les derniers indicateurs domestiques (activité, chômage) ne donnant pas de signe de ralentissement, la politique intérieure (risques d’un nouveau shutdown), la hausse des conditions financières et la modération de l’inflation.

Au-delà du soulagement de court-terme, on peut s’interroger sur les motivations du FOMC : suit-il docilement les instructions présidentielles ou bien anticipe-t-il pour cette année un ralentissement plus marqué mais encore peu visible ? La première réponse créerait un risque sur l’obligataire (hausse à terme de l’inflation), la seconde annoncerait de sombres perspectives pour les actions.

Mission impossible

Les dernières péripéties législatives aux Commons ont ravivé – pour un temps au moins – le risque d’une sortie désordonnée du UK. Le parlement s’est en effet prononcé clairement à la fois pour un accord avec l’UE mais sans le backstop prévu, avec, au passage, l’assentiment de Mme May qui l’avait pourtant négocié. Pour se donner une chance de faire plier l’Europe, il a écarté un amendement qui aurait obligé le gouvernement à demander une prolongation du délai en l’absence d’accord, ce qui cherche à donner une crédibilité à la détermination britannique. Mais la position du UK dans la discussion semble toujours aussi faible. Il est face à un partenaire qui serait moins affecté que lui par le hard Brexit et dont les raisons pour maintenir le backstop irlandais sont impérieuses.

Il s’agit à la fois d’éviter que la frontière irlandaise – qui doit rester ouverte pour des raisons politiques – ne devienne une porte d’entrée dans l’UE pour des biens qui ne respecteraient pas ses règles douanières et également d’éviter que d’autres membres ne soient tentés de quitter l’UE pour éviter certaines des obligations de ses membres, tout en profitant de l’ouverture de ses marchés.

L’idée que l’UE cèderait sur ce point pour éviter un choc conjoncturel (qui serait certes désagréable dans le contexte actuel) et pour bénéficier de l’indemnité de divorce ne tient pas, et ce d’autant que l’unanimité est requise pour faire évoluer sa position. Il y a donc fort à parier que Mme May reviendra bredouille devant son parlement, mi-février. Au regard de la proximité de l’échéance, il sera alors grand temps de demander une extension, ce que l’Europe devrait accorder.

Trois cas peuvent se présenter ensuite : -vote du projet initial, avec des aménagements cosmétiques; -nouvelle direction des négociations, compatible avec les contraintes de l’UE, après consultation de l’ensemble des partis; -nouveau blocage parlementaire, auquel cas la consultation des électeurs britanniques, par référendum ou par des élections générales devrait s’imposer comme la solution ultime pour sortir de l’impasse.