Il est largement admis que le changement climatique constitue l'un des principaux risques en matière de durabilité pour les investissements.

Par Lesley-Ann Morgan, Responsable de la stratégie multi-actifs et Jessica Ground, Responsable mondiale du Stewardship

 

Lesley-Ann Morgan

La FCA (Financial Conduct Authority, Royaume-Uni) et l’AEAPP (Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles) mènent actuellement des consultations ouvertes sur le sujet. Les défis sont multiples: risque physique immédiat lié à l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes liés au climat, impact à moyen terme de la politique concernant les émissions et conséquences à long terme d’une action insuffisamment efficace.

Jessica Ground

Mercer1 a analysé l’impact probable du changement climatique sur le profil de rendement/risque des portefeuilles sur une période de 35 ans. Cette étude a montré qu’un scénario à 2°C pourrait pénaliser les rendements des actions et du private equity sur les marchés développés (notamment dans les secteurs des services aux collectivités et des matériaux). En revanche, les marchés émergents pourraient en tirer profit, notamment les actions et les secteurs des infrastructures, de l’immobilier, du bois et de l’agriculture. En revanche, dans un scénario à +4°C, les phénomènes climatiques chroniques (évolutions à long terme des températures et des précipitations) menacent les performances de classes d’actifs telles que l’agriculture, le bois, le foncier, l’immobilier et les actions des marchés émergents.

Les actifs de croissance sont plus sensibles aux risques climatiques que les actifs défensifs. En outre, les impacts sont particulièrement significatifs dans un environnement à faible rendement. Toutefois, sur une période de 35 ans, Mercer a constaté que «les résultats étaient moins significatifs sur l’ensemble d’un portefeuille en raison de la combinaison des effets positifs et négatifs».

L’impact des émissions directes et indirectes sur les entreprises est négatif pour l’ensemble des marchés d’actions, en particulier les marchés émergents

En 2017, nous avons mené notre propre analyse2, axée sur les risques de transition pesant sur les entreprises. La méthodologie, appelée Carbon Value at Risk, envisage la taxation à 100 dollars la tonne des émissions directes et indirectes (p. ex., celles de la chaîne d’approvisionnement) et modélise son impact sur la base de coûts d’une entreprise. Nous avons ensuite utilisé des données sur l’élasticité de la demande pour déterminer dans quelle mesure les entreprises pouvaient répercuter cette augmentation des coûts sur les clients et évaluer l’impact probable sur les bénéfices.

Cette méthodologie, susceptible de s’appliquer à des marchés individuels, montre des niveaux d’impact variables selon les régions géographiques. Comme l’indique le graphique, le recul des bénéfices atteint 14% à l’échelle mondiale, mais un écart de 5% sépare l’impact sur l’indice S&P de l’impact sur les marchés émergents. Ce résultat contraste fortement avec les conclusions de Mercer.

En 2018, nous avons étendu notre analyse à la dette d’entreprise. Sur ce segment, nos résultats concordent plus étroitement avec l’opinion de Mercer, selon laquelle les actifs défensifs s’avèrent plus résistants. Dans l’ensemble, l’impact sur la dette d’entreprise est moins spectaculaire, mais nous constatons une pression indéniable sur le secteur des matériaux, qui passe de la catégorie investment grade à la catégorie high yield, comme le montre le tableau.

L’impact sur la dette d’entreprise varie significativement selon les secteurs

Comme pour tout risque complexe, il n’existe pas de solution simple pour immuniser les portefeuilles contre les risques liés au changement climatique, ni même contre les risques ESG. Il est important de noter que l’augmentation du budget de durabilité dédié à la gestion de ce type de risque doit s’accompagner d’un accroissement du budget de gouvernance permettant un suivi permanent des investissements (par exemple sous la forme de stress tests réguliers).

 


1. «Investing in a time of climate change» (Investir à l’heure du changement climatique), Mercer, 2015
2. «Climate change: redefining the risks» (Changement climatique : redéfinition des risques), Schroders, septembre 2017