La trêve dans la guerre tarifaire US-Chine se termine dans trois semaines. Nul ne peut dire avec certitude si l’étape suivante est une paix définitive, la reprise des hostilités ou une extension du statu quo (ce qui est notre hypothèse de travail).

Pour éclairer le problème, on examine comment les échanges ont été affectés. La hausse des droits de douane, de 6% en moyenne en 2018, a été compensée par une baisse de la devise chinoise face au dollar de 7%. Si les autorités chinoises veulent défendre le seuil des 7 CNY/$, elles ont peu de marge pour réagir à une nouvelle offensive tarifaire. Cela pousse plutôt vers un accommodement.

Avec le temps qui passe, on apprécie avec plus de précisions comment le commerce est affecté par la guerre tarifaire. L’estimation initiale suggérait une hausse des stocks, avant la hausse des droits de douane, puis une baisse des volumes d’échanges. Ce phénomène est confirmé avec les données des douanes américaines qui vont jusqu’en novembre (graphe de gauche).

Les importations US de biens chinois taxés à 25% (50Md$) affichent un recul de 25% sur un an. Pour les biens taxés à 10% (200Md$), les volumes sont stagnants mais, comme cette mesure n’a pris effet qu’en octobre, on entrera en contraction d’ici peu. Il est évident que la guerre tarifaire n’est pas indolore. Toutefois l’impact négatif sur l’activité des entreprises chinoises a été amorti en partie par l’ajustement de la devise.

Après une hausse tout au long de 2017, le yuan a baissé entre avril et novembre 2018, durant la phase de préparation et de mise en place des mesures douanières. Par suite, la croissance des exportations chinoises vers les États-Unis, mesurée en yuan, a relativement bien tenu (graphe de droite). En moyenne, le commerce chinois vers les US a subi une hausse de taxe de 6% tandis que le la devise chinoise se dépréciait d’environ 7%.

Si la trêve actuelle est un échec, les droits de douane sur 200Md$ passer ont à 25%, ce qui doublerait la hausse moyenne. Si de plus les Etats-Unis décidaient de taxer tout le commerce chinois, comme Donald Trump l’a parfois dit, on doublerait encore l’impact.

En somme, seulement un quart des menaces ont été mises en place. Une nouvelle escalade dans la guerre commerciale mettrait tout le monde en difficulté, exportateurs chinois et importateurs américains, et bien sûr marchés financiers. A la différence de l’an dernier, les marges de compensation par le change paraissent limitées.

Depuis dix ans, la devise chinoise n’a jamais dépassée le seuil de 7 yuans pour un dollar (on est 3.5% au-dessous). Le faire, ce serait s’exposer à subir l’accusation de manipulation monétaire, ce qui est une obsession de Donald Trump.