L’économie mondiale a connu un ralentissement prononcé en 2019, sur fond de tensions commerciales continues entre les États-Unis et la Chine. Des sites pétroliers ont été ciblés par des attaques de drones au Moyen-Orient. En outre, la croissance des bénéfices des entreprises dans le monde s’est effondrée, avoisinant les 0%.

Par Duncan Lamont, Responsable de la recherche

Si vous aviez anticipé cette avalanche de mauvaises nouvelles en début d’année, qu’aviez-vous entrevu pour les performances boursières?

Je serais surpris d’apprendre que la performance de 21 % enregistrée par les actions américaines en dollars jusqu’à présent ait été prévue par de nombreux investisseurs, sans compter les 16% des actions européennes et les 14% des actions britanniques, en euros et en livres sterling, respectivement.

Comment expliquer ces performances? Les fondamentaux n’y sont certainement pour rien.

Les perspectives du secteur privé se sont constamment dégradées tout au long de l’année (cf. graphique). Les entreprises britanniques et japonaises devraient désormais connaître un repli des bénéfices cette année, tandis que celles situées aux États-Unis, en Europe et dans les pays émergents devraient rendre compte d’une faible progression d’environ 2%. Aucune embellie en vue sur ce front, où la morosité s’installe (au moins sur le court terme).

Des prévisions de croissance qui chutent

Certes, les analystes tablent sur une croissance des bénéfices de 8% au Royaume-Uni l’an prochain et de plus de 10 % aux États-Unis, en Europe et sur les marchés émergents, ce qui pourrait constituer un début de réponse. Cependant, les économistes de Schroders, plus prudents, anticipent que la croissance économique en 2020 sera inférieure à celle de cette année.

Les banques centrales mènent la danse

En réalité, la performance des marchés actions a été principalement soutenue par la politique monétaire. Fin 2018, les investisseurs s’attendaient à ce que les taux d’intérêt américains soient rehaussés par deux fois en 2019. La Réserve fédérale américaine les a pris à contre-pied en procédant à deux abaissements, et prévoit une troisième réduction d’ici la fin de l’année.

La Banque centrale européenne et la Banque du Japon ont également pris un virage accommodant.

La Banque d’Angleterre reste en retrait, mais souhaite peut-être garder des munitions en cas de Brexit désordonné.

Comme cela s’est produit tant de fois au cours de la dernière décennie, dès que le marché actions montrait quelques signes de faiblesse, les banques centrales accourraient à son chevet. Le risque s’est peu à peu vidé de son sens.

Les valorisations peuvent-elles rassurer les investisseurs?

Les investisseurs à long terme s’en inquiètent à juste titre, car un rebond fondé sur le soutien des banques centrales plutôt que sur les fondamentaux pourrait s’essouffler. Une analyse des valorisations, en offrant un regard plus objectif, peut se révéler utile.

Si les fondamentaux apparaissent moroses, les valorisations affichent une santé éclatante – ce qui devrait apaiser les craintes des investisseurs à long terme.

Le tableau ci-dessous met en évidence la performance de différents marchés actions à l’aune de cinq indicateurs de valorisation différents (brièvement présentés à la fin de cet article). La moyenne sur 15 ans (médiane) est également indiquée entre parenthèses à des fins de comparaison. Les chiffres sont arrondis. Ceux sur fond rouge foncé sont 10% plus chers par rapport à leur moyenne sur 15 ans, tandis que ceux sur fond vert foncé sont 10% moins onéreux. Les nuances intermédiaires correspondent aux valeurs situées dans cette fourchette.

Des valorisations boursières attrayantes
Les performances passées ne sont pas un guide de la performance future et peuvent ne pas se reproduire. Les chiffres sont arrondis et sont colorés en rouge foncé s’ils sont 10% plus élevés que leur moyenne à 15 ans (médiane) et en vert foncé s’ils sont 10% moins élevés avec des couleurs plus pâles s’ils sont entre les deux. Source: Schroders, Thomson Reuters Datastream, MSCI, Robert Shiller. Les chiffres couvrent une période de 15 ans jusqu’au 30 septembre 2019.

Les marchés actions britannique et européen flirtent avec leur moyenne sur 15 ans, à l’exception du ratio cours/bénéfice corrigé des variations conjoncturelles (CAPE). Si le délai est prolongé à 20 ans, ils sont tous deux bon marché au regard de tous les indicateurs. Les actions japonaises affichent également un camaïeu de vert, mais cela ne surprend pas nos économistes, qui tablent sur une baisse de la production économique nippone l’an prochain. Quant aux marchés émergents, ils constituent une alternative intéressante. Les valorisations, bon marché, ne sont pas à l’abri de manœuvres politiques sur le front du commerce. Le marché actions américain est le seul qui suscite des inquiétudes du point de vue de la valorisation. Mais c’est aussi celui qui devrait enregistrer la plus forte croissance. D’aucuns trouvent cette surévaluation réconfortante.

En résumé, au vu des fondamentaux à la peine et de la bonne performance des marchés en 2019, les valorisations s’inscrivent à des niveaux très raisonnables. Si les investisseurs ont de bonnes raisons d’être pessimistes, voire de craindre l’avenir, les valorisations boursières n’en font pas partie.

 

Les avantages et les inconvénients des méthodes d’évaluation des marchés actions

De nombreux indicateurs permettent d’évaluer les valorisations boursières. Tous mettent en lumière des facettes différentes et présentent des avantages et des inconvénients, de sorte qu’une approche globale qui nuance leurs conclusions souvent contradictoires est plus productive.

PER à 12 mois

Le multiple cours/bénéfices (PER) à 12 mois fait partie des indicateurs de valorisation les plus communs. Pour l’obtenir, il suffit de diviser la valeur ou le cours du marché actions par le bénéfice par action de toutes les sociétés sur les 12 mois suivants. Un nombre peu élevé indique que la valeur est supérieure.

Son inconvénient majeur est qu’il repose sur des prévisions – personne ne sait ce que les entreprises gagneront réellement à l’avenir. Les estimations des analystes sont souvent erronées et largement surévaluées, de telle sorte que les actions semblent moins chères qu’elles ne le sont vraiment.

PER glissant

Cet indicateur est encore plus répandu. Le calcul est le même que pour le PER à 12 mois, à la différence que les bénéfices des 12 derniers mois servent de dénominateur. Il a le mérite d’éviter l’écueil des prévisions – néanmoins, l’année écoulée peut aussi donner une image trompeuse aux investisseurs.

CAPE

Le ratio cours/bénéfice corrigé des variations conjoncturelles est un autre indicateur clé de plus en plus suivi par les observateurs de marché au cours des dernières années. Il est communément désigné par son sigle, CAPE, ou par Shiller PE, en référence à son inventeur, le professeur d’université Robert Shiller.

Il tente de surmonter la sensibilité du P/E glissant à l’égard des résultats des 12 derniers mois en rapportant le cours à la moyenne des bénéfices des 10 dernières années, ajustés en fonction de l’inflation. Il lisse ainsi les fluctuations à court terme des bénéfices.

Un Shiller PE élevé est généralement synonyme de rendements à long terme ultérieurs faibles. L’inconvénient est que cet indicateur fait frémir, en ce qu’il identifie les points de retournement sur les marchés. Il donne des valorisations élevées depuis de nombreuses années aux États-Unis, mais peu d’investisseurs s’inquiètent d’une poursuite de cette tendance.

Cours/valeur comptable

Le multiple cours/valeur comptable compare le cours avec la valeur comptable ou la valeur nette d’inventaire sur le marché actions. Un nombre élevé signifie qu’une entreprise est surévaluée au vu de la valeur de l’actif de son bilan. Cela pourrait s’expliquer par l’anticipation d’une croissance plus forte à l’avenir.

En revanche, un nombre peu élevé (ou en deçà de 1) suggère que sa valorisation est légèrement supérieure (ou légèrement inférieure) à sa valeur comptable. Cette approche, qui intègre la valeur sous-jacente de l’entreprise, est prisée par les investisseurs «value», qui suivent de près les valorisations.

Toutefois, il n’est pas transposable aux entreprises des secteurs technologique ou des services, qui détiennent peu d’actifs matériels. En outre, les différentes normes comptables en usage à travers le monde peuvent entraîner d’importantes variations.

Rendement du dividende

Le rendement du dividende, qui correspond au revenu versé aux investisseurs par rapport au cours, s’avère utile pour prédire la performance future. Un rendement faible est signe d’une performance plus faible à l’avenir.

Cependant, bien que cet indicateur soit encore utilisé, il est discrédité depuis quelques dizaines d’années.

Les entreprises optent de plus en plus pour les «rachats d’actions» afin de rétribuer leurs actionnaires, plutôt que de payer des dividendes (l’achat d’actions permettant d’augmenter le cours de l’action).

Ce mode de distribution, populaire aux États-Unis, a pu être observé ailleurs. En outre, cet indicateur ne tient pas compte du grand nombre de sociétés à forte croissance qui préfèrent financer leur croissance future grâce aux liquidités excédentaires, au lieu de les reverser aux actionnaires.

Quelques règles générales

En principe, les investisseurs ne devraient pas céder à la facilité de comparer les indicateurs de valorisation des différentes régions. Certaines entreprises sont inévitablement mieux valorisées que d’autres, compte tenu de la jungle des pratiques comptables et de la nature des différents marchés actions.

Par exemple, les valeurs technologiques sont plus onéreuses que celles d’autres secteurs en raison de leurs perspectives de croissance relativement élevées. Un marché fortement exposé au secteur technologique tel que les États-Unis s’échangera à des valorisations plus fortes qu’un autre y étant moins exposé, comme l’Europe. Évaluer la valeur sur l’ensemble des marchés implique donc d’établir des conditions de concurrence équitables.

Afin d’y parvenir, il est notamment possible d’évaluer si chaque marché est plus ou moins cher comparé à son historique.

Le tableau ci-dessus a été établi à cette fin, et reprend les indicateurs de valorisation exposés plus haut. Ces informations, données à titre indicatif uniquement, ne doivent pas être considérées comme une recommandation d’achat ou de vente. En cas de doute quant à vos investissements, veuillez vous adresser à un conseiller financier.

Enfin, les investisseurs doivent toujours garder à l’esprit que les performances passées et les tendances historiques du marché ne préjugent pas des performances futures et que tout placement comporte des risques.


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