Le marché oscille actuellement entre l'inflation et une éventuelle récession économique, ce qui brouille la visibilité des investisseurs quant à la politique future de la Fed. Mais le décalage temporel entre l'évolution probable de ces variables économiques peut être la clé pour évaluer le marché ces prochains mois.

En effet, une nette baisse de l’inflation, avant une récession potentielle, qui pourrait survenir seulement l’année prochaine, permettra à la Fed de regarder au-delà de l’inflation et d’élaborer une politique monétaire moins restrictive, en ligne avec un contexte récessionniste, ce qui profitera aux actifs risqués.

Alors que les probabilités d’une véritable récession augmentent, nous continuons de penser que l’inflation va se ralentir, surtout au cours de ce quatrième trimestre, principalement en raison d’effets de base et d’autres facteurs exogènes tels que des stocks élevés ou l’effondrement des coûts de transports. Mathématiquement, sans inflation mensuelle, c’est-à-dire 0% MoM, l’inflation annualisée passera en dessous de 3% dès le deuxième trimestre 2023.

Point sur nos thèmes d’investissement

Artificial Intelligence  & Robotics

Les derniers mois ont été assez difficiles, notamment pour les secteurs des semi-conducteurs et des infrastructures de données, qui ont souffert des préoccupations macroéconomiques. En même temps, ces secteurs sont devenus si importants qu’ils ne peuvent échapper à un certain ralentissement.

Ce ralentissement se matérialise déjà dans le segment des consommateurs, ce qui a conduit des acteurs comme Intel à publier de faibles bénéfices. Cependant, les fondamentaux des secteurs orientés B2B, comme les datacenters et les infrastructures 5G, restent solides et confortent notre vision d’une démocratisation des applications de l’IA dans les années à venir. Les premières applications sont déjà là, mais l’infrastructure sous-jacente est loin d’être mature, et les deux vont massivement croître en symbiose – pour autant que la Chine n’envahisse pas Taïwan, ce qui serait une catastrophe pour l’industrie des semi-conducteurs.

Certains segments pourraient même profiter d’un ralentissement économique: l’automatisation robotisée des processus, qui permet de remplacer les personnes affectées à des tâches administratives répétitives et à faible valeur ajoutée, en fait partie. Il pourrait en être de même pour certains segments de la robotique, comme la logistique automatisée, bien que le coût initial puisse être plus difficile à supporter pour les entreprises déjà sous pression.

Finalement, une révolution est (enfin!) à portée de main: la conduite autonome. Après des années de retard, les premiers services de robotaxi véritablement sans conducteur génèrent désormais des revenus en Chine, où le premier véhicule de niveau 4 à grand volume sera commercialisé en 2023 par Baidu.

Dans l’ensemble, malgré l’impact des facteurs macroéconomiques liés à la consommation, qui se répercuteront inévitablement à un moment ou un autre sur certains secteurs autres que la consommation, les fondamentaux restent solides pour les entreprises B2B. Les applications avancées de l’IA arrivent progressivement à maturité, mais elles ont encore besoin du déploiement d’une infrastructure solide pour les soutenir, ce qui signifie de fortes opportunités tout au long de la chaîne.

Bionics

Pas un seul indice du secteur Medtech n’est dans le vert, il a été renvoyé au service client. Après analyse, bien que le diagnostic soit mauvais, il n’est pas en phase terminal. Le cocktail de (i) personnel médical manquant, (ii) blocage de la chaîne d’approvisionnement en Chine, (iii) inflation déstabilisant le rapport coût/bénéfice (iv) et politiques Covid-19 limitant l’accès aux hôpitaux, était explosif.

A cause du Covid-19, l’arriéré de procédures électives a fortement augmenté. Maintenant que celles-ci sont presque revenues à leur niveau d’avant la pandémie, le retard peut être comblé et fournir une impulsion de rattrapage indispensable. Par exemple, plus de 60 millions d’Américains attendent d’être dépistés pour le cancer colorectal.

Cependant, la crainte d’une récession et d’une baisse des bénéfices (due à la diminution du nombre d’admissions et à l’inflation) poussent les hôpitaux à être plus sélectifs en matière de dépenses. Seules quelques poches de croissance se développent, comme celles liées à une meilleure gestion des soins et des équipements médicaux pour les procédures électives lucratives.

Aux Etats-Unis, le Cures 2.0 Act constitue l’enjeu principal, car il comprend plusieurs dispositions visant à élargir l’accès des patients à l’innovation médicale:

  • Les dispositifs médicaux révolutionnaires seront automatiquement remboursés après approbation par la FDA. Le remboursement est primordial dans l’industrie du médicament en général, mais c’est LE critère spécifique dans l’innovation médicale. Il s’agit du seul véritable avantage concurrentiel, car il peut s’écouler des années avant qu’une meilleure solution technique non remboursée ne surpasse une solution remboursée.
  • La couverture des services de télémédecine sera étendue.
  • La réglementation des dispositifs médicaux basés sur l’IA sera conçue pour accélérer le développement et l’avancement de ces solutions.
  • Les données recueillies dans le monde réel seront valables pour les essais cliniques.
  • Une augmentation de la couverture et de l’accès au dépistage génétique.

Sur le front des produits, le premier semestre de l’année a vu le lancement de plusieurs produits présentant des avancées technologiques significatives ; à savoir, le pancréas artificiel automatisé, les dispositifs implantables avec une batterie de plus longue durée, etc. Le système de surveillance continue du glucose (CGM) de nouvelle génération, plus intelligent et 40% plus petit, est également à venir.

L’activité de fusions et acquisitions a diminué de 85% au premier semestre 2022 par rapport au premier semestre 2021, mais nous n’excluons pas un retour en force au second semestre 2022. De plus, les grands acteurs de la technologie et des soins de santé se sont intéressés aux solutions de gestion des soins et aux services de télémédecine afin de réduire les coûts et de diversifier leurs revenus (par exemple, les récentes acquisitions de 1Life Healthcare et de Signify Health).

Enfin, la plupart des acteurs ne prévoient pas un futur blocage de la chaîne d’approvisionnement comparable à 2021 ou début 2022. Par exemple, Medtronic, lors de l’annonce de ses résultats du 1er trimestre 2023, a souligné que la chaîne d’approvisionnement s’améliorait de manière significative.

En résumé, l’innovation arrive et sera récompensée, car il s’agit d’améliorer l’efficacité des soins de santé et les résultats pour les patients.

Biotech 360

Le dernier trimestre témoigne-t-il de la fin de la mauvaise saison?

Les indices biotechnologiques sont en chute libre depuis février 2021. Le secteur a rebondi autour du 15 juin sur l’anticipation que le pire de l’inflation devrait être derrière nous. Mais le secteur reste marqué par la plus forte baisse jamais enregistrée: Le XBI en baisse de plus de 60%, et les deux tiers de la biotechnologie se négocient sous le seuil de 100 millions de dollars de capitalisation.

Malgré le sentiment de dépression, des sociétés de biotechnologie ont ouvert la voie avec trois événements marquants.

  • L’entrée en essais cliniques d’une version modifiée de CRISPR (édition génétique). Mené en clinique par Verve therapeutics, cet événement est une étape majeure sur la feuille de route de la thérapie génique.
  • Des résultats impressionnants obtenus en thérapie cellulaire par Arcellx et NKarta, dans un sous-secteur de la thérapie cellulaire pour lequel aucun médicament n’a encore été approuvé. Plus de détails dans notre note publiée en mai sur le sujet.
  • L’entrée en essais cliniques de médicaments découverts par l’IA. Schrödinger a obtenu le feu vert de la FDA pour lancer les essais cliniques de son premier actif, et Exscientia va publier les données de la phase 1.

Il y a donc des raisons de se réjouir des fondamentaux. Mais le marché suivra-t-il?

Il est intéressant de noter que l’activité de fusion et d’acquisition, qui est l’un des principaux moteurs du secteur, a repris depuis le mois de juin, que ce soit du côté des rumeurs (avec le méga-rachat potentiel de 40 milliards de dollars de Seagen par Merck) ou des transactions réelles de l’ordre de 2 à 10 milliards de dollars, comme le rachat de Global Blood Therapeutics par Pfizer.

Pour mettre les choses en perspective, l’activité de fusion et d’acquisition est passée du niveau le plus élevé de la décennie avec 600 opérations au deuxième trimestre 2020 au niveau le plus bas de la décennie avec 300 opérations au deuxième trimestre 2022. Dans le même temps, les vingt premières entreprises pharmaceutiques ont amassé 500 milliards de dollars de liquidités, soit suffisamment pour acheter l’ensemble du secteur des SMID avec une prime d’environ 20%.

Avec 1/3 de toutes les biotechs ayant été introduites en bourse entre 2020 et 2022, les équipes de développement commercial des grandes entreprises pharmaceutiques sont inondées de candidats à l’acquisition alors que la période la plus douloureuse de pertes de brevets depuis plus de 30 ans se situera en 2025-2030.

En outre, Medicare se prépare à négocier les prix des médicaments à partir de 2026, avec des remises qui devraient être de l’ordre de 40% sur les 10 principaux médicaments phares. Medicare représente 30% des recettes des médicaments sur ordonnance aux États-Unis, c’est donc une affaire importante pour les pharmas. Comme nous l’avons expliqué, le moyen de s’en sortir est de disposer de nouveaux médicaments à des prix élevés et prêts à être lancés.

Heureusement, le pipeline de Biotech est plein de thérapies prometteuses et dont le prix est élevé. L’exemple le plus notable est la solution de Bluebird Bio contre les troubles sanguins, par injection unique, dont le prix est de 2,8 millions de dollars. A titre de comparaison, il en coûterait à un patient américain environ 6,4 millions de dollars pour une vie de transfusions sanguines; la solution Bluebird est donc rentable, même à ce prix.

Sur le front du développement des médicaments, les patients atteints de NASH (une maladie dévastatrice sans traitement, créant une accumulation de graisse dans le foie, et provoquant dysfonctionnements, cirrhose ou cancer) suivront de près les résultats cliniques des médicaments d’Intercept et de Madrigal au troisième et quatrième trimestre. Des blockbusters pourraient être en préparation.

En un mot, les catalyseurs et l’argent s’accumulent pour les biotechnologies. Bien sûr, l’incertitude entourant les essais cliniques demeure, mais l’espoir des patients, accumulé dans le pipeline des entreprises, n’a pas de prix.