Pour la première fois en cinq ans, nos analystes prévoient une augmentation des dépenses d’investissement dans toutes les régions et dans tous les secteurs, ce qui indique que les entreprises ont enfin confiance dans la vigueur de la demande.

Cet article est tiré de l’Analyst Survey 2018 réalisée par Fidelity auprès de 162 analystes au niveau mondial.

Le retour des dépenses d’investissement pourrait annoncer une hausse de la productivité

L’une de nos principales observations l’an dernier était que le long cycle baissier des dépenses d’investissement semblait avoir atteint un niveau plancher. C’est précisément ce que confirment les données effectives de 2017. Compte tenu de l’amélioration globale en 2018 sur le front des fondamentaux des entreprises, y compris en matière de rentabilité, nos analystes s’attendent à ce que les dirigeants soient davantage disposés à investir dans de nouvelles capacités de production, dans davantage de solutions numériques ou de réaliser des travaux de rénovation d’usines et de machines maintes fois différés. Cela pourrait-il laisser présager la croissance tant attendue de la productivité?

Graphique n° 1: Les dépenses d’investissement augmentent à nouveau

Graphique n° 2: L’amélioration du sentiment des analystes en matière de dépenses d’investissement concerne avant tout les secteurs sensibles au pétrole

Ces secteurs sont encore en train de rattraper leur retard suite aux coupes drastiques intervenues dans les investissements lors de la chute du prix du pétrole entre la fin 2014 et le début 2016, lorsque les marges bénéficiaires de nombreuses entreprises se sont effondrées.

Les résultats de l’enquête indiquent que les dépenses d’investissement seront réparties à peu près équitablement entre celles destinées à la croissance et celles destinées à la maintenance (le remplacement des équipements vétustes). Cette répartition à parts égales implique que l’accent est beaucoup plus mis sur les dépenses d’investissement dans la croissance par rapport à l’an dernier: signe encourageant dans l’optique d’une accélération de la productivité et pour les taux de croissance potentiels de nombreuses économies, après des années de sous-investissement et de faible croissance de la productivité.

Presque tous les secteurs témoignent de cette tendance à la hausse des dépenses destinées à la croissance par rapport à l’an dernier. Seuls les secteurs des services collectifs et de la consommation cyclique sont encore les témoins d’une augmentation des dépenses de maintenance.

Graphique n° 3: Des dépenses d’investissement de plus en plus axées sur la croissance dans la plupart des secteurs

Une forte hausse des dépenses d’investissement prévue en Chine

Alors que nos analystes prévoient une croissance modérée des dépenses d’investissement dans le monde en 2018, le changement par rapport à 2017 est particulièrement marqué en Chine et aux États-Unis où les anticipations tablaient sur une stagnation ou une légère baisse des dépenses l’an dernier. Les entreprises européennes comblent leur retard sur leurs concurrentes américaines et cherchent également désormais à accroître leurs investissements maintenant que la demande gagne enfin en vigueur.

En Chine, le sentiment en matière de dépenses d’investissement est à son plus haut niveau depuis 2014 et nos analystes indiquent que les sociétés investissent plus ou plus tôt que prévu dans certains secteurs, dont celui des technologies de l’information.

Graphique n° 4: Les entreprises chinoises renforcent leurs dépenses d’investissement…

Graphique 5: … et l’accent est de plus en plus mis sur les investissements de croissance

Les politiques du gouvernement chinois, dont les réformes de l’offre et un certain assouplissement des restrictions imposées au crédit, encouragent les entreprises à se rééquiper et à investir en vue de générer de la croissance. Un autre facteur clé est la lutte contre les industries polluantes. Le durcissement des contrôles environnementaux a contraint à la fermeture de petites usines inefficaces ou obsolètes. Les nouvelles réglementations ont également obligé les secteurs de l’énergie, des matériaux et de l’industrie à investir dans des technologies plus propres.

Par exemple, de nombreuses aciéries remplacent les anciens hauts-fourneaux par des hauts fourneaux électriques. Nos analystes s’attendent à ce que le renouvellement de l’outil industriel chinois dure encore entre un et trois ans.

Ce grand nettoyage de l’industrie et la baisse de la production qui l’accompagne, a conduit les prix de certains produits manufacturés de base à atteindre des niveaux record en Chine, à l’instar notamment de ceux du papier, du ciment et du verre. Parmi ces produits, nos analystes font état de prix se situant à leur deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré. Même si les prix élevés pourraient ne durer que jusqu’ à la mise en place de nouvelles capacités de production, ils ont toutefois également permis de fournir aux entreprises les liquidités nécessaires afin de se moderniser et d’investir dans de nouvelles technologies.

La forte reprise des dépenses d’investissement en Chine est également liée au stade où chaque secteur se situe dans le cycle. Par exemple, les groupes de construction chinois fortement endettés avaient différé leurs dépenses d’investissement au cours des dernières années de manière à maîtriser leur endettement. Toutefois, depuis la fin 2016, nos analystes indiquent que les bilans et les flux de trésorerie se sont suffisamment redressés pour persuader les constructeurs de remplacer les équipements vétustes, en particulier compte tenu des vastes initiatives gouvernementales quant au développement de projets d’infrastructures dans l’ouest du pays.

Cela a eu des répercussions sur l’ensemble de la chaîne logistique de l’industrie de la construction. Par exemple, la demande d’excavatrices a commencé à se redresser à la fin de l’année 2016. L’industrie minière a mis un peu plus de temps à se rééquiper, mais, une fois le prix du charbon reparti à la hausse, les sociétés ont commencé à remplacer leurs équipements miniers en 2017 et nos analystes s’attendent à ce que cette tendance se poursuive en 2018.

Tout le monde n’a pas bénéficié de la hausse des prix des matières premières. Pour les fabricants de produits intermédiaires, les marges ont été réduites parce qu’ils n’ont pas été en mesure de répercuter cette hausse sur les consommateurs finaux. Nos analystes estiment que c’est peut-être là une raison pour laquelle Pékin autorise de nouvelles capacités de production dans les industries de base, et ce, afin d’atténuer les pressions sur les prix.

États-Unis: une augmentation des dépenses liée à un manque de capacités

En 2017, aux États-Unis, près de 50 % de nos analystes ne signalaient aucun changement dans les anticipations en matière de dépenses d’investissement au sein de leurs secteurs, tandis que les autres 50 % se répartissaient à parts égales entre des prévisions haussières et baissières. Cette année, notre enquête laisse entrevoir une hausse modérée des dépenses d’investissement équitablement répartie entre croissance et maintenance.

La vigueur de l’économie met en évidence une insuffisance des capacités, ce qui pourrait être l’un des facteurs à l’origine de l’amélioration du sentiment des analystes en matière de dépenses d’investissement. Par exemple, au début de l’année, les commandes des entreprises de camionnage pour le transport des nouveaux grands engins de forage ont atteint leur plus haut niveau en près de 12 ans. Les groupes logistiques ont réagi à la flambée des tarifs du fret, alors même que les entreprises étaient en concurrence pour obtenir des espaces de transport sur un marché aux capacités limitées.

Les baisses importantes récentes de l’impôt sur les sociétés et les changements apportés à la loi sur les rapatriements de la trésorerie ont peut-être également contribué à l’amélioration des perspectives des dépenses d’investissement. Nos analystes s’attendent à ce que les entreprises rapatrient d’importantes liquidités actuellement détenues à l’étranger et en dépensent une partie afin de se rééquiper et de numériser leurs activités.

Les investissements technologiques pour la croissance demeurent essentiels pour l’ensemble de l’économie

Les dépenses d’investissement dans le secteur des technologies de l’information sont, à bien des égards, annonciatrices de la croissance économique future. Les entreprises du secteur ont tendance à n’accroître leurs dépenses d’investissement que lorsqu’elles anticipent une demande accrue de la part de leurs clients. Et la demande reste soutenue dans la mesure où la numérisation continue de gagner toutes les industries. Même les groupes manufacturiers et de services collectifs traditionnels ont dû augmenter la part destinée aux investissements technologiques dans leurs dépenses globales.

Nos analystes indiquent également que la cybersécurité figure désormais tout en haut sur la liste des préoccupations environnementales et sociales des entreprises dans les secteurs de la finance, de la technologie et des télécommunications à la suite d’attaques qui ont pris pour cible des prestataires de services de santé, des groupes de télécommunications, des banques et de nombreux autres secteurs l’année dernière. Mais, le renforcement de la cybersécurité est loin d’être bon marché et va nécessiter d’importants investissements.

Les sociétés technologiques ont eu tendance à orienter leurs investissements en faveur de la croissance, beaucoup plus que dans d’autres secteurs. L’une des raisons pour lesquelles nos analystes estiment que cette tendance va se poursuivre en 2018 réside dans le fait que le secteur – qui a bouleversé tant d’autres secteurs de l’économie – est lui aussi soumis à des innovations de rupture. Le passage des centres de données au stockage dématérialisé (« cloud »), la course à la découverte d’applications pour l’intelligence artificielle et l’Internet des objets, ainsi que la demande croissante des entreprises en matière d’analyse de données, sont autant de facteurs qui forcent le secteur à demeurer alerte.

Ces tendances concernent tout autant la Chine que la Silicon Valley. Selon nos analystes, les entreprises informatiques chinoises devraient augmenter leurs investissements dans les capacités de stockage «cloud», les centres de données et l’intelligence artificielle cette année. Même l’industrie des semi-conducteurs en Chine s’emploie à combler le fossé technologique avec ses concurrentes européenne et américaine.

Graphique n° 6: Augmentation généralisée des dépenses technologiques prévues