2017 était annoncée comme une année de possible crise politique pour la zone euro.

Vincent Juvyns,
Stratégiste,
J.P. Morgan Asset Management

Les investisseurs craignaient que les élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne n’aboutissent à une victoire des partis europhobes et ne plongent la région et son avenir en plein doute. Or, jusqu’à présent, le risque politique s’est révélé inoffensif, et les électeurs néerlandais et français ont suivi l’exemple de leurs homologues autrichiens en faisant barrage aux candidats populistes et europhobes. Le risque que l’un d’entre eux remporte l’élection de septembre en Allemagne est négligeable.

Le risque le plus significatif qui pèse sur l’euro est l’Italie, puisque le soutien populaire à l’égard de l’euro est bien moins enthousiaste qu’ailleurs en Europe. Mais même en Italie, la tenue d’un référendum sur le maintien au sein de l’Union européenne à l’issue de l’élection ne constitue pas le dénouement le plus probable.

Au Royaume-Uni, le parti conservateur devrait renforcer sa majorité au Parlement, mais le résultat des négociations sur le Brexit reste extrêmement indécis bien que son maintien au sein du marché unique soit très improbable.

 

La France a voté en faveur de l’euro mais doit encore tenir ses élections législatives les 11 et 18 juin.

La France a rejeté la candidature présidentielle europhobe de Marine Le Pen mais Emmanuel Macron, le nouveau président français, n’a eu que peu de temps pour célébrer sa victoire depuis le second tour de l’élection le 7 mai dernier. En effet, sa victoire a profondément divisé le pays. Le taux de participation au second tour a été le plus faible depuis 1969, tandis que 11,5% des électeurs ont voté blanc et 60% ont voté pour Emmanuel Macron uniquement pour faire barrage à Marine Le Pen.

Dans ce contexte, le nouveau locataire de l’Élysée a rapidement fait en sorte d’obtenir le soutien d’une majorité d’électeurs envers son mouvement politique, renommé récemment La République en Marche:

  • Le soir de sa victoire, il a prononcé un discours au Louvre dans lequel il a affirmé qu’il ferait tout son possible pour rassembler les français et s’assurer que les électeurs ne soient plus tentés par le vote populiste.
  • Parmi les 577 candidats qui représenteront La République en Marche lors des élections législatives du mois de juin, Emmanuel Macron s’est assuré de nommer des représentants de la société civile et d’autres partis politiques. Il a également veillé à respecter le principe de parité homme-femme.
  • Enfin, il a nommé Édouard Philippe, membre du parti Les Républicains, au poste de Premier ministre, en signe d’ouverture vis-à-vis des autres partis et leurs électeurs.

Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes pour remporter la majorité absolue aux élections législatives. Les 11 et 18 juin, les français éliront leurs 577 représentants à l’Assemblée nationale. Pour être élu dès le premier tour, un candidat devra obtenir la majorité absolue. Si aucun n’y parvient, tous les candidats ayant obtenu plus de 12,5 % des voix s’affronteront au second tour, et celui qui obtiendra le plus de suffrages l’emportera. Ces élections sont sans doute secondaires dans un contexte mondial, mais elles sont cruciales sur le plan local puisqu’elles auront une incidence capitale sur la capacité d’Emmanuel Macron à mettre en œuvre son programme. Il est donc peu probable que le gouvernement par intérim ne fasse adopter des projets de loi significatifs avant d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Historiquement, les français ont toujours accordé la majorité absolue à l’Assemblée au parti du président nouvellement élu. Mais nous ne pouvons présumer que cela va se produire à nouveau, compte tenu de la faiblesse actuelle des deux partis historiques et du fait que de nombreux électeurs ont voté pour Emmanuel Macron pour des raisons stratégiques.

Les derniers sondages créditent La République en Marche de 29 % des intentions de vote, ce qui lui permettrait d’obtenir entre 249 et 289 sièges à l’Assemblée — un total probablement juste inférieur à la majorité absolue de 289 sièges.

Dans ce scénario, trois issues sont possibles:

  • Un gouvernement majoritaire : Emmanuel Macron remporte la majorité à l’Assemblée nationale et peut commencer à mettre en œuvre son programme avec une certaine liberté.
  • Un gouvernement minoritaire : il pourrait s’agir d’une solution viable puisque La République en Marche devrait obtenir la quasi-majorité et pourrait alors sans doute compter sur le soutien des candidats à tendance centriste issus des partis de gauche et de droite.
  • Une coalition : Si un autre parti, comme les Républicains, réussit à obtenir la majorité absolue, le gouvernement d’Emmanuel Macron devra refléter ce résultat et accepter de nommer un Premier ministre choisi par ce parti et de mettre en œuvre au moins une partie de son programme. Il s’agirait sans doute de l’issue la moins favorable.

Pour les marchés financiers, le résultat de ces élections législatives est sans doute moins important que celui de l’élection présidentielle, qui aurait pu avoir des répercussions bien au-delà des frontières françaises. Bien que certains des scénarios décrits ci-dessus semblent plus favorables que d’autres, ils aboutiront tous à un gouvernement réformateur, ce qui devrait s’avérer positif à moyen terme pour le pays. À court terme, la France et la plupart des autres pays européens devraient continuer de bénéficier de l’amélioration des perspectives économiques locales et internationales.

 

Implications en termes d’investissement

Le risque d’éclatement de la zone euro s’est atténué malgré la segmentation politique.

La principale conclusion qu’il faut tirer est que le risque politique a considérablement diminué en Europe depuis le début de l’année, grâce notamment à la victoire des candidats pro-européens aux Pays-Bas et en France. Si les marchés ont déjà réagi de façon favorable à l’atténuation de ce risque, plus de la moitié des capitaux qui ont été retirés des marchés actions européens depuis janvier 2016 n’ont pas été réinvestis, ce qui laisse entrevoir un potentiel haussier supplémentaire. Si le risque politique n’a pas totalement disparu de la région, et ne disparaîtra sans doute jamais complètement, de nombreux investisseurs sont déjà passés à côté de performances significatives en s’attardant trop sur la situation politique et pas suffisamment sur l’amélioration des fondamentaux économiques.

Dans l’ensemble, la situation économique s’améliore en Europe, les bénéfices des entreprises augmentent de façon remarquable et les investisseurs restent relativement prudents malgré la diminution du risque politique. Dans cet environnement, les perspectives des actions de la zone euro devraient rester favorables. Mais au Royaume-Uni, les incertitudes demeurent élevées. La prise de risque préjudiciable, même si les actions britanniques conservent un potentiel d’appréciation.

 

Télécharger l’analyse complète sur la situation en Allemagne, en Italie et au UK (pdf, 8 pages, en anglais)

 

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