Bien que l’environnement des actions du secteur de la santé ait été en pleine transition pendant le 1er trimestre, il ne s’est pas pour autant détérioré, quoi que les médias aient pu en dire.

Par Stephan Patten, CFA, Directeur des investissements et Vasilios Tsimiklis, CFA, Économiste

 

Stephan Patten, CFA

Revue du trimestre écoulé

Au cours du premier trimestre, le secteur mondial de la santé (mesuré par le MSCI World Healthcare Index) a sous-performé les marchés internationaux, avec une progression de +8,1 %, contre 12,2% pour le MSCI AC World. Toutefois, contrairement au deuxième semestre 2018, la performance au premier trimestre a été portée par les petites capitalisations, à l’image du Russell 2000 Healthcare, qui a bondi de +17,5%, superformant son homologue des grandes capitalisations de presque 10%.

Au sein du secteur de la santé, les marchés émergents ont rebondi après une fin d’année 2018 difficile, en inscrivant une hausse de +3,6% sur le trimestre. Le dynamisme des petites capitalisations a été soutenu par le secteur biotechnologique, avec une progression du S&P Biotech Select Index de +25,8%, supérieure au MSCI Biotech et au MSCI Pharma, qui ont progressé de +3,5% et +8,4% respectivement. Le dynamisme cyclique général et la solidité des résultats des entreprises ont continué de soutenir les medtech, comme l’a illustré la hausse de +14,5% du MSCI Health Equipment and Supplies Index.

Vasilios Tsimiklis, CFA

À l’inverse, le mois a été difficile pour les services, qui ont cédé -0,4%. Leur repli tient en grande partie au regain du risque politique, après la présentation par les démocrates de la Chambre des représentants d’une proposition de loi en faveur d’une assurance-santé pour tous (« Medicare for All » (MFA)) soutenue par plus de 100 membres du groupe démocrate.

Nous avons démarré l’année en investissant massivement dans les secteurs des biotechnologies, de la santé des marchés émergents et des services de santé innovants. À ce moment, nous avions écrit: «Au sein du secteur de la santé, les perspectives les plus prometteuses concernent les biotechnologies, les marchés émergents, ainsi que les services de santé innovants. Elles sont en revanche plus incertaines s’agissant des autres domaines.» Nos prédictions se sont-elles réalisées et que faisons-nous maintenant?

Bien que l’environnement des actions du secteur de la santé ait été en pleine transition pendant ce trimestre, il ne s’est pas pour autant détérioré, quoi que les médias aient pu en dire. C’est vrai, un commissaire de la Food and Drug Administration (FDA) respecté et apprécié a donné sa démission sans crier gare. Toutefois, sa décision était réfléchie, car un remplaçant tout aussi qualifié a été rapidement nommé, bien que sa nomination n’ait pas encore été confirmée par le Sénat. C’est vrai, des membres démocrates du Congrès ont convoqué des PDG du secteur pharmaceutique pour une audition, afin de discuter des prix des médicaments aux États-Unis et des récentes initiatives de politique. (Question : pourquoi parler d’une «audition» alors que ce sont les hommes politiques qui parlent la plupart du temps et qui n’écoutent guère?)

Le marché joue encore l’ignorance

Au cours des quatre dernières années, le marché a intégré un grand nombre de ces risques et a réussi à filtrer la majeure partie du «bruit». Lancé à l’époque des élections de mi-mandat, le débat sur la santé oppose, d’un côté, les démocrates, avec leur «Medicare for All» (MFA) et, de l’autre, les républicains, qui ont qualifié la proposition de loi de «Medicare For None» («Assurance-santé pour personne»). La tension est montée d’un cran en début d’année lorsque le texte a reçu le soutien de 100 élus démocrates. Il est insensé d’affirmer qu’un tel changement est impossible. Il ne faut pas oublier que les États-Unis sont le seul grand pays à offrir une médecine socialisée limitée. Taïwan (dans les années 90) et le Canada (dans les années 60) ont fait de l’État le seul grand fournisseur d’assurance-santé: «Du jour au lendemain, 90 % des collaborateurs de Blue Cross [en Ontario, Canada] sont devenus des fonctionnaires en contribuant au lancement du nouveau plan lors de son entrée en vigueur le 1er janvier 1959.» Bien que la MFA ne soit pas irréalisable sur le plan technique, nous ne voyons pas comment elle pourrait être mise en place en l’absence de deux conditions préalables dont la réalisation paraît fortement improbable:

  1. une adoption bien plus franche par le parti démocrate des idées socialistes, notamment, et surtout, par son candidat aux élections présidentielles de 2020;
  2. un soutien suffisant du grand public au cours des 19 prochains mois, afin d’assurer à cette tendance des démocrates le contrôle du Congrès et de la Maison-Blanche.

La présentation de cette proposition de loi «MFA» affaiblit le Managed Care, dans la mesure où les investisseurs ont légèrement ajusté leurs taux de décote pour tenir compte de ce risque majeur. L’activité a donc été relativement soutenue dans le secteur de la santé au cours du trimestre. Dans une large mesure, elle a été positive et les perspectives sont restées similaires.

Perspectives

À notre avis, les tendances du secteur de la santé ressemblent à celles du trimestre précédent. Les valeurs biotechnologiques, les marchés émergents et les services de santé innovants restent les mieux positionnés. En plus des raisons avancées précédemment pour justifier les perspectives positives des biotechnologies et dont se souviendront les lecteurs réguliers (c’est-à-dire, une forte innovation, un environnement réglementaire favorable et des valorisations attractives), la reprise de l’activité de fusions-acquisitions dans le secteur des biotechnologies pendant le trimestre a été impressionnante.

Les perspectives du secteur de la santé des marchés émergents restent favorables et l’environnement macroéconomique et commercial est en pleine amélioration. En particulier, la transition vers les médicaments innovants en Chine est en train de progresser, et de nouvelles mesures positives, notamment une nouvelle révision de la liste nationale des médicaments essentiels et le développement d’appels d’offres centralisés, sont prévues au cours des prochains trimestres. Les introductions en bourse (IPO) de sociétés biotechnologiques sur le Hong Kong Securities & Futures Exchange (HKEx) ont rencontré un certain succès pendant le trimestre et devraient être suivies par d’autres.

Les perspectives des services de santé innovants sont favorables, bien que les performances dans ce secteur soient davantage spécifiques à certains titres qu’homogènes. À l’inverse, les valorisations des medtech restent plus sujettes à caution; à raison d’ailleurs, si l’on en juge par les récentes prises de bénéfices sur un certain nombre de titres enregistrant de solides performances depuis plusieurs années. Même si, à notre avis, une adoption de la MFA reste extrêmement improbable, le Managed Care et les autres segments des services de santé traditionnels pourraient continuer d’être pénalisés et d’être confrontés à une certaine apathie des investisseurs. Enfin, selon nous, les grandes sociétés pharmaceutiques à orientation défensive devraient sous-performer.

 

Sources: Rapports des entreprises, Bloomberg, Sectoral Asset Management, FDA.gov, Bluecross.ca