Romain Boscher, CIO Actions Monde de Fidelity International , explique pourquoi ne pas simplement pratiquer l’exclusion lorsqu’il s’agit d’ESG.

Romain Boscher, CIO Actions Monde, Fidelity International

Quelle est la place de l’investissement responsable chez Fidelity?

Fidelity International est une entreprise qui porte l’indépendance dans son ADN. Cela ne concerne pas seulement son mode de gouvernance, et se décline entièrement dans la manière dont nous sommes organisés, et dont nous nous développons de manière organique. Il en est de même dans notre conception de l’ESG. Plutôt que de considérer la gestion ESG de manière isolée, nous avons fait le choix avant tout d’adopter une approche totalement intégrée au sein de l’ensemble de notre gestion. Cette intégration se fait de manière incrémentale, appliquée par le biais de notre équipe de près de 200 analystes, et de nos gérants. Ceux-ci sont accompagnés dans la mise en œuvre par une équipe de 13 spécialistes ESG.

Quelle est votre approche en matière d’engagement ?

Nous pensons que l’engagement actionnarial sur les enjeux ESG doit permettre de favoriser le changement, améliorer les performances et promouvoir les meilleures pratiques ainsi que la réduction des risques parmi les sociétés dans lesquelles nous investissons.

Toute la philosophie liée à notre engagement est d’établir une réflexion et un accompagnement visant à faire progresser la société, plutôt que de simplement l’exclure. S’engager plutôt qu’exclure, on pourrait le résumer ainsi. Il s’agit d’une gestion engagée dans la durée non d’un ESG de façade. C’est un réel engagement constructif.

Penser uniquement en matière d’exclusion, pour nous ce n’est justement pas l’approche la plus responsable. Cela revient à se débarrasser du problème plutôt que de faire progresser les entreprises et les pratiques. Et à terme si tous les investisseurs de notre univers adoptaient une approche purement d’exclusion, les entreprises qui aujourd’hui ne sont pas les meilleurs élèves pourraient rapidement se retrouver aux mains d’investisseurs peu scrupuleux et ne pas avoir l’opportunité de devenir plus responsables. Pour nous cette approche, bien que plus compliquée à expliquer, est plus constructive et plus courageuse.

Pour autant, pour certains investisseurs, notamment institutionnels, l’exclusion de certains secteurs, notamment du tabac, est une condition sine qua non dans leurs critères d’investissement. C’est une dimension qui doit bien sûr être prise en compte et appliquée à des fonds ayant une approche plus stricte, à laquelle nous réfléchissons activement.

Comment appliquez-vous cette intégration ESG concrètement ?

L’équipe ESG, organisée par secteurs d’activité et thématiques, travaille en étroite collaboration avec les analystes et les gérants de portefeuille. Leur engagement auprès des entreprises a pour objectif de favoriser les changements positifs, suivre les progrès, parfaire notre connaissance des sociétés et améliorer les performances des investissements.

Au travers de notre propre outil de recherche Fidelity Insight, nous publions la notation ESG de chaque titre auquel chaque gérant a accès. Chacune des notes d’analyste sur une entreprise donnée présente systématiquement la note ESG sur sa page de garde ; si elle est faible, l’analyste a pour obligation d’expliquer cette note.

Nous avons plus récemment entrepris des actions pour intégrer les enjeux ESG, incluant l’empreinte carbone, dans les décisions d’investissement au travers des revues trimestrielles des portefeuilles (Quarterly Fund Review) entre gérants et CIOs. Chaque gérant de fonds actions reçoit trimestriellement un rapport synthétique mettant en lumière les risques ESG et climatiques potentiels, au niveau du portefeuille, dans le cadre des échanges avec le CIO.

Comment Fidelity encourage les entreprises à adopter de meilleures pratiques ESG ?

Notre politique de vote est exigeante et sans complaisance. Par le passé, dans près d’une assemblée générale sur quatre, Fidelity a voté contre au moins une des résolutions. Nous appliquons notre propre politique de vote et nous votons régulièrement en faveur de résolutions ESG déposées par des actionnaires et visant à pousser les entreprises à plus de transparence en matière de lobbying, risques climatiques, etc. C’est un niveau d’exigence clairement supérieur à celui de nos concurrents.

Fidelity a également joué un véritable rôle en matière d’influence sur la gouvernance d’entreprise dans le cadre des rémunérations variables (Long Term Incentives Plans), en encourageant une rétribution des dirigeants basée sur un horizon de 5 ans. Ainsi au Royaume-Uni par exemple seulement 4% des entreprises du FTSE 100 adoptaient un tel horizon de long terme en 2012. Nous avons fait progresser cette proportion à 66% de l’indice en 2017.

Fidelity est historiquement une entreprise très engagée. Nous affichons une notation A+ par les PRI et plus de 760 entreprises ont fait l’objet d’un engagement actif auprès de nos équipes l’an passé.