Suite à l’ascension stratosphérique de l’action du détaillant américain de jeux vidéo et de matériel électronique GameStop, en début d’année, le terme «short squeeze» est revenu sous le feu des projecteurs.

Les marchés actions sont imprévisibles. Les variations de cours brutales, à la hausse comme à la baisse, sont monnaie courante. Ces soubresauts reposent la plupart du temps sur une logique ou une actualité particulière, mais ils peuvent aussi se produire sans raison apparente.

Qu’est-ce qu’un short squeeze?

Le terme short squeeze, ou liquidation forcée des positions courtes, désigne sur les marchés actions une situation dans laquelle le cours d’une action vendue en masse à découvert connaît une forte hausse. La pratique de la vente à découvert suppose l’existence d’un marché à terme des actions. Jusqu’à l’introduction du trading entièrement électronique à la Bourse suisse en 1995-1996, chacun au sein de la Confédération pouvait acheter ou vendre des actions à terme, sans pour autant les détenir physiquement. Pour réaliser ce type d’opérations, il fallait payer un supplément sur le cours au comptant et liquider la position dans le délai choisi – en règle générale, un à trois mois. À l’échéance, la différence entre le prix d’achat et le prix de vente était alors créditée ou débitée, ce qui est toujours le cas de nos jours. Un acheteur ou un vendeur à découvert emprunte le capital pour réaliser une opération à terme, mais ne possède pas les titres sous-jacents. Les opérations à terme favorisent la liquidité du marché. Toutefois, dans des cas extrêmes, lorsqu’un nombre très élevé d’actions d’une entreprise est vendu à découvert (par un ou plusieurs investisseurs) par rapport au nombre total d’actions disponibles de cette même entreprise, ces opérations peuvent alors déclencher un short squeeze. Si, par le passé, la plupart des short squeezes étaient le fruit d’anticipations erronées, les événements récents ont montré que ce phénomène peut également survenir sans raison apparente. Dans un cas comme dans l’autre, le résultat reste le même: les vendeurs à découvert, pris à contre-pied, entrent dans un cercle vicieux. En effet, contraints de racheter leurs positions, ils alimentent la hausse du cours – qu’ils ont, au contraire, tout intérêt à voir plonger – et contribuent ainsi à leurs propres pertes. Les investisseurs positionnés à l’achat, quant à eux, se frottent les mains.

Exemples récents

En début d’année, la flambée spectaculaire de l’action GameStop a défrayé la chronique. Alors que le titre du détaillant américain de jeux vidéo et de matériel électronique clôturait sous les 20 dollars le 12 janvier 2021, le cours de l’action a été multiplié par plus de 15 en l’espace de dix séances sous l’effet d’une succession de short squeezes, avant de finalement pointer à 485 dollars dans la journée du 28 janvier. La chaîne de cinémas AMC Entertainment a fait l’objet du même phénomène : le 27 janvier 2021, le cours de l’action a bondi de près de 300%, clôturant à 19.88 dollars.

Nouvelles évolutions du marché

Si les short squeezes ne datent pas d’hier, ils concernaient jusqu’à présent les investisseurs professionnels. L’un des exemples les plus marquants reste l’explosion du cours de l’action Volkswagen en 2008: plusieurs investisseurs institutionnels qui avaient vendu le titre à découvert ont été forcés, à la suite d’une hausse du cours, de procéder à des achats massifs pour couvrir leur position. Ce short squeeze a été causé notamment par une confusion de la part des investisseurs américains, qui ne maîtrisaient pas la classification entre actions ordinaires et actions privilégiées – et encore moins la structure actionnariale. Or, que ce soit pour GameStop ou AMC, les principaux acteurs qui ont fait gonfler les cours à dessein étaient cette fois-ci des particuliers. Dans le même temps, les titres concernés se prêtaient particulièrement bien à ce type d’opération, ces deux entreprises ayant une taille relativement modeste, d’où un marché d’autant plus étroit. Les short squeezes peuvent survenir sur tous les marchés et la Bourse suisse ne fait pas exception : de tels événements y ont également été observés récemment sur les titres Dufry, Molecular, Wisekey, U-Blox, Santhera, Meyer Burger, Autoneum, Zur Rose ou encore Basilea.

Comment anticiper un short squeeze?

Une augmentation soudaine du nombre d’actions achetées pourrait bien être le signe annonciateur d’un short squeeze. Autre indicateur éloquent: le pourcentage de ventes à découvert, c’est-à-dire le nombre d’actions vendues à découvert divisé par le nombre d’actions en circulation. Un pourcentage élevé de positions courtes sur un titre indique qu’un grand nombre de vendeurs à découvert seront en concurrence pour racheter la valeur en cas de hausse de son cours, ce qui accroît la probabilité d’un short squeeze.

Jouer le short squeeze

Les investisseurs à contre-courant peuvent acheter des actions fortement vendues à découvert afin d’exploiter le potentiel d’un short squeeze. Les traders actifs suivent ce type d’actions, à l’affût d’éventuelles hausses de cours. Les traders expérimentés ne parient sur un potentiel short squeeze que lorsque le cours commence à gagner en dynamique. Les short squeezes concernent généralement les actions présentant un pourcentage élevé de ventes à découvert. Toutefois, les attentes de chute de cours des short sellers, ou vendeurs à découvert, sont souvent fondées, car elles reposent sur une analyse minutieuse des entreprises, comme en témoigne l’affaire Wirecard, où les vendeurs à découvert avaient anticipé la baisse du cours bien avant la révélation de fraudes comptables.

Risques liés aux paris sur un short squeeze

Nombreuses sont les actions qui ont vu leur cours augmenter face à un nombre élevé de positions short. Cependant, il n’est pas rare que des actions fortement shortées restent orientées à la baisse. Un niveau élevé de positions courtes indique qu’un grand nombre d’investisseurs anticipent un repli du cours, mais pas que le prix va augmenter. Sur ce principe, chaque trader qui se positionne à l’achat en prévision d’un short squeeze devrait s’appuyer sur d’autres facteurs plus pertinents pour considérer la hausse du cours. Les vendeurs à découvert doivent prendre en compte le coût élevé de l’emprunt. En outre, ils s’exposent à un risque de pertes illimitées, dans la mesure où le cours de l’action peut, en théorie, augmenter indéfiniment et qu’ils devront racheter la valeur à un moment ou à un autre.

Comment identifier un short squeeze?

Il convient pour cela d’examiner le Short Interest Ratio, ou le ratio d’intérêt court. Il s’agit du rapport entre toutes les ventes à découvert et le volume de transactions quotidien moyen. Les traders et les investisseurs peuvent déduire de ce taux le nombre approximatif de jours de bourse nécessaires aux short sellers pour racheter leur position. Cependant, les bourses européennes ne fournissent pas de chiffres officiels en la matière, ou uniquement en différé. Seule la Bourse de New York propose gratuitement des informations de qualité en temps réel. Des informations à cet égard sont notamment disponibles sur le site Internet www.highshortinterest.com.

2021.08.18.Swissquote tableau short squeeze
Tableau 1 : Short Interest Ratio du 30 juin 2021