Nowcasters et vues macro de l’équipe en charge de l'allocation dynamique des stratégies multi-assets d'Unigestion.

Guilhem Savry, Jérôme Teiletche, Jeremy Gatto, Florian Ielpo, Olivier Marciot

En dépit d’un léger ralentissement de l’économie mondiale en 2018 ainsi que d’une amorce de normalisation de la politique monétaire, les marchés ont globalement généré des performances positives (indices actions globaux, indice obligataires, matières premières). Si à la surface la situation économique et financière semble ainsi saine et solide, la dispersion observée en août entre les rendements des indices actions est un rappel à l’ordre. En effet, les performances des indices géographiques ont connu une dispersion significative et l’analyse des performances sectorielles tend à la même conclusion.

En août, si l’indice S&P500 progresse de 2,8%, l’EuroStoxx 50 recule de 3,5% quand l’indice MSCI EM perd 4,5%. Au sein des actions européennes, le secteur technologique a progressé de 1% sur le mois, tandis que le secteur bancaire a reculé de 8%. Les obligations ont également connu de fortes divergences: le rendement des obligations américaines à 10 ans a baissé de 2,96% à 2,83%, tandis que le rendement des obligations britanniques à 10 ans est passé de 1,33% à 1,43% sur la même période.

Selon nous, trois facteurs clés expliquent cette situation

Nowcasters de croissance
Sources : Unigestion, Bloomberg.

1. Sur le plan macro, une croissance mondiale moins synchronisée sous l’hégémonie de l’économie américaine peut expliquer le fait que l’indice MSCI AC puisse afficher une performance de 4% depuis le début de l’année qui devient négative (-2,6%) si l’on exclut les actions américaines de l’indice.

2. Ensuite, et comme souligné par S. Poloz lors du dernier symposium de Jackson Hole, le changement technologique semble agir à la manière d’une «quatrième révolution industrielle», avec une incidence sur les secteurs. En effet, le secteur technologique est largement surreprésenté dans les indices actions par rapport à son poids dans le Produit Intérieur Brut. C’est la raison pour laquelle, l’indice MSCI AC pondéré par capitalisation boursière a connu une surperformance de 7,3% depuis le début de l’année par rapport au MSCI AC équipondéré, soit la plus forte surperformance depuis 2000.

3. Finalement, un certain effet momentum semble animer le monde des actions, poussant les titres les plus performants à générer une performance toujours supérieure et les titres les moins performants, une performance toujours inférieure. L’indice MSCI World Momentum est l’une des meilleures stratégies actions cette année avec une performance de 17% contre 9% pour le facteur qualité ; 4,3% pour le facteur «minimum volatility» ; 3,1% pour le facteur taille et -0,1% pour le facteur valeur.

Nowcaster d’inflation
Sources : Unigestion, Bloomberg.

Historiquement, les périodes de forte dispersion et de concentration des performances ne sont que rarement annonciatrices de calme sur les marchés. Elles signalent plutôt une détérioration des fondamentaux et des politiques monétaires divergentes. Pour nous, plusieurs risques sont donc à surveiller: (1) celui d’une guerre commerciale impactant à la fois la Chine et le dollar ; (2) la situation italienne, pesant sur la gouvernance européenne ; (3) la fragilité des marchés émergents dont les comptes courants sont médiocres et qui sont agités d’une instabilité politique ; (4) une erreur de politique monétaire avec une divergence entre Fed et BCE.

Jusqu’à présent, la croissance mondiale soutenant sans faillir les bénéfices des entreprises, ces risques ont été jugulés. Cependant, ces risques idiosyncratiques s’accumulent et gagnent en importance, devenant au fur et à mesure un peu plus systémiques. A notre sens, cette période au cours de laquelle la confiance reste relativement de mise est propice à la construction de stratégies de couverture, tout en faisant également la part belle à la diversification.

Cependant, et comme mentionné dans notre précédente note sur la volatilité, le calendrier et la mise en œuvre de ces différents éléments jouent un rôle crucial. A ce stade, nous pensons que la situation en Europe (avec le prochain budget italien, le ralentissement de l’activité, la faiblesse du secteur financier et le manque de munitions de la BCE en cas de nouvelle crise financière) est notre principale source de préoccupation à court terme: nous restons donc méfiant vis-à-vis des actions européennes et de l’Euro.

Nowcaster de tensions sur le marché
Sources : Unigestion, Bloomberg