Alors que la situation ne cesse d’évoluer, nous avons recueilli le point de vue le plus récent de nos différents gérants concernant l’impact de la pandémie de coronavirus sur leur domaine d’investissement respectif.

Actions internationales

Alex Tedder, Responsable et CIO des gestions actions US et Monde

«Le Covid-19 a eu un effet considérable sur les fondamentaux économiques, sans parler de son impact sur le plan humain, mais il a également été le catalyseur d’une correction accélérée des marchés après une phase haussière sans précédent. Cette correction traduit des inquiétudes légitimes, présentes avant la crise, vis-à-vis des perspectives de croissance et de la soutenabilité des bénéfices (notamment aux États-Unis). En 2019, la performance des marchés a découlé principalement d’une hausse importante des valorisations plutôt que de la progression des bénéfices.

En période de bouleversements géopolitiques, une volatilité élevée n’a rien de surprenant et elle va certainement perdurer. Cependant, les moteurs sous-jacents de la performance des actions et les perspectives concernant la trajectoire probable de la reprise sont plus pertinents. Pour l’heure, le repli des marchés reflète la peur de l’inconnu ainsi que la détérioration des conditions économiques et des prévisions de croissance. Des mesures de relance monétaire et budgétaire sans précédent sont ainsi mises en œuvre pour soutenir l’activité économique.

À supposer que l’impact du virus puisse être géré avec succès ou soit de moindre ampleur que celui envisagé par les scénarios extrêmes, les places boursières mondiales devraient connaître un puissant rebond au second semestre 2020. Dans le cas contraire, la trajectoire du redressement des marchés sera vraisemblablement différente. Les conséquences de la pandémie risquent d’être considérables, si bien que la confiance des entreprises et des ménages sera durablement affectée. Certains secteurs seront plus touchés que d’autres. Ceux axés sur la consommation ou relativement épargnés par la perturbation des chaînes d’approvisionnement (les biens de consommation de base par exemple) pourraient voir leur croissance revenir à la normale assez rapidement. En revanche, les secteurs caractérisés par de longs cycles d’investissement et délais d’exécution (comme l’aéronautique) risquent de voir leur chiffre d’affaires durement affecté et de subir un impact fortement négatif sur leurs bénéfices. L’effet sera d’autant plus grave pour les entreprises qui présentent un levier d’exploitation et financier considérable, comme c’est déjà le cas pour les compagnies aériennes et les croisiéristes.

Globalement, l’hypothèse d’un schéma de reprise en «L» – une forte baisse de l’activité économique suivie d’un lent redressement – nous semble réaliste.

Même notre scénario le plus optimiste nous fait anticiper une détérioration du sentiment durant les prochaines semaines face à l’augmentation continue du nombre de cas d’infection recensés. Nous estimons être proches d’un niveau où nous pourrions envisager d’accroître notre exposition au risque mais nous devrons auparavant obtenir des données montrant que la pandémie commence à ralentir et permettant de modéliser son impact économique avec une plus grande certitude. Nous guettons ces données en collaboration avec notre équipe Data Insights. Au regard de l’effondrement de la valorisation des secteurs cycliques en particulier, nous suivons certaines valeurs industrielles et de la consommation discrétionnaire sous l’angle de leur performance ajustée du risque. Cependant, la prudence reste au cœur des décisions que nous prenons.»

Actions asiatiques

Toby Hudson, Responsable de la gestion actions Asie hors Japon

«La récente multiplication des cas de Covid-19 recensés en Europe et en Amérique du Nord a ébranlé la confiance qu’inspirait auparavant le contrôle apparemment efficace de l’épidémie en Chine. Ce regain de pessimisme risque de plonger une bonne partie de l’économie mondiale en récession alors que les pouvoirs publics imposent des mesures de confinement pour endiguer la contagion. La durée de ce choc économique et son impact sur la rentabilité des entreprises sont actuellement très difficiles à estimer mais dès que la propagation du coronavirus commencera à ralentir et que la confiance des marchés quant à l’action des gouvernements se renforcera, les places boursières devraient connaître un rebond prononcé.

Le nombre des nouveaux cas ralentit en Chine et ses capacités industrielles retrouvent presque leurs niveaux d’avant la crise. Nous anticipons un redressement progressif de la consommation intérieure à mesure du lent retour à la normale de la vie quotidienne. La Chine a un léger temps d’avance sachant qu’elle a été la première à subir l’impact des mesures de confinement. Cependant, la reprise risque d’être inégale car certains segments de l’économie intérieure mettront plus longtemps à se redresser. Le risque d’une nouvelle vague de contamination n’est pas à exclure si les restrictions sont levées trop tôt.

Les secteurs tournés vers l’export sont confrontés à un choc de la demande lié au confinement des pays occidentaux, ce qui affectera l’emploi, les revenus et les dépenses d’investissement si la récession venait à perdurer au-delà de quelques mois. Compte tenu de la fragilité de la reprise en Chine, il est permis d’anticiper de nouvelles mesures de relance, avec un accroissement des dépenses en infrastructures et un soutien au revenu des ménages et à la consommation privée.

Vu le manque de visibilité sur la propagation mondiale du Covid-19, les entreprises communiquent peu d’informations concrètes sur leurs perspectives pour 2020.

Dans nos échanges avec les équipes de direction, nous cherchons à connaître les mesures qu’elles prennent pour faire face à la crise et à savoir si elles sont bien placées pour surmonter la récession sur les plans opérationnel et financier. De nombreuses entreprises vont probablement devoir faire une croix sur leurs bénéfices cette année. Les marchés seront disposés à regarder au-delà de la crise actuelle à condition de déceler la possibilité d’une normalisation des niveaux de rentabilité à moyen terme.

Concernant notre stratégie, compte tenu d’un marché intérieur d’une ampleur et d’une diversité telles qu’il pourrait être épargné à bien des égards, la Chine est le premier pays auquel nous renforçons notre exposition, notamment à nos valeurs favorites du secteur de la consommation dont les valorisations sont les plus attractives. Compte tenu de la tendance favorable de la demande de technologie à plus long terme, nous sommes de plus en plus positifs vis-à-vis de ce secteur. L’optimisme entourant le déploiement de la 5G en 2020 s’est en grande partie évanoui. Dès lors, vu le niveau plus réaliste des anticipations et des valorisations, nous décelons une marge de progression à un horizon de moyen terme.

Les valorisations des marchés d’Asie du Sud-Est ont été très durement affectées par la récente correction, les multiples se rapprochant de niveaux conformes à ceux observés lors de crises passées. Cependant, ces marchés sont fortement exposés aux valeurs bancaires et de l’énergie. Alors que les taux d’intérêt sont abaissés pour soutenir la croissance et que les risques de crédit s’accroissent face au ralentissement du PIB, les bénéfices et le rendement des capitaux propres des banques sont susceptibles de subir une pression aussi bien structurelle que cyclique, tandis que l’évolution des cours du pétrole reste imprévisible compte tenu de la situation géopolitique. Les cours des valeurs de qualité axées sur la consommation intérieure, moins nombreuses, commencent désormais à baisser eux aussi, mais leurs valorisations ne sont pas encore attractives.»

Multi-actifs

Johanna Kyrklund, Group CIO et Responsable de la gestion multi-actifs Monde

«En cette période troublée, il me semble opportun d’évoquer certains des facteurs que nous surveillons.

En premier lieu, les valorisations. Cet épisode est survenu dans un contexte de valorisations très élevées sur le marché et la bonne nouvelle est que cette effervescence s’est en partie dissipée. Nous commençons indéniablement à déceler des opportunités côté valeurs.

Les marchés commencent à intégrer une contraction des bénéfices, ce qui constitue un ajustement indispensable compte tenu du choc de demande considérable provoqué par le coronavirus.

Nous estimons en être aux deux tiers de cet ajustement des valorisations.

En second lieu, nous surveillons la réaction des pouvoirs publics. Les baisses de taux d’intérêt par les banques centrales contribuent certes au bon fonctionnement des marchés mais des mesures budgétaires fortes s’imposent pour aider les particuliers et les entreprises à traverser cette crise.

Enfin, nous surveillons le taux d’incidence des cas de coronavirus. Un éventuel pic des taux d’infection en Italie serait une bonne nouvelle car cela donnerait à entendre que les mesures mises en œuvre dans le pays portent leurs fruits. Une plus grande visibilité sur l’évolution de la pandémie aux États-Unis nous permettrait également d’évaluer l’impact de cette crise de manière plus précise.

Après avoir enregistré de fortes baisses, les marchés devraient selon nous fluctuer davantage ces prochaines semaines, au gré de l’évaluation par les investisseurs des conséquences économiques des mesures de confinement d’une part et de la réaction des pouvoirs publics d’autre part.

Il faut donc probablement s’attendre à un léger regain de volatilité, mais des opportunités commencent à apparaître au niveau des titres individuels.»

Actions britanniques

Sue Noffke, Responsable de la gestion actions britanniques

«Les événements actuels sont manifestement très inquiétants pour les particuliers et les entreprises durement touchés par le coronavirus. Du point de vue des marchés cependant, ils soulignent combien il est important d’adopter une approche d’investissement à long terme et de s’abstenir de toute réaction impulsive.

La pandémie de coronavirus a causé la baisse des marchés financiers la plus rapide jamais observée alors que les mesures prises pour l’endiguer affectaient l’activité économique sans distinction partout dans le monde et en même temps. Sans surprise, les investisseurs s’en trouvent perturbés.

J’ai connu plusieurs corrections des marchés au cours de ma carrière de plus de 30 ans dédiée à l’investissement. La crise actuelle est indiscutablement l’une des situations les plus difficiles rencontrées à ce jour, mais les investisseurs pourront être rassurés par la réaction des pouvoirs publics à travers le monde. Les gouvernements et les autorités ont tiré les enseignements des crises passées, notamment de la crise financière mondiale, et ont été prompts à agir pour soutenir la population, l’économie et le système financier.

Il faut s’attendre à une récession qui va impacter l’activité économique, la rentabilité et les dividendes et provoquer des faillites et une hausse du chômage en raison des difficultés auxquelles les entreprises vont être confrontées.

Cependant, je suis convaincue que les autorités prendront toutes les mesures nécessaires.

Ce soutien pourrait prendre un moment pour porter ses fruits mais l’expérience nous enseigne que les marchés financiers intègrent généralement la contraction et la stabilisation des bénéfices avant même l’apparition de signes attestant de la reprise de l’économie. Il est rassurant de constater que les marchés sont globalement parvenus à se redresser à la suite de corrections brutales par le passé. En cette période de forte volatilité, la patience et la rigueur restent le fondement de notre approche de long terme axée sur la recherche de titres sous-évalués. Notre processus d’investissement a servi les intérêts de nos clients lors des crises passées et nous continuons d’accorder la priorité à la solidité financière et aux modèles économiques robustes et soutenables en adoptant une perspective de long terme.»

Actions de la zone euro

Martin Skanberg, Gérant

«L’Europe est désormais l’épicentre de la crise du coronavirus. L’Italie est particulièrement affectée mais nous observons désormais une situation similaire en Espagne, en France et en Allemagne. Les gouvernements des différents pays ont pris des mesures de confinement telles que la fermeture des restaurants et des écoles, et l’annulation d’événements sportifs.

Dans toute l’Europe, les travailleurs sont incités à rester chez eux et à ne pas quitter leur domicile s’ils présentent des symptômes viraux ou grippaux. Les marchés n’ont guère tardé à intégrer le scénario d’une récession non seulement en Europe mais dans d’autres parties du monde.

Bon nombre de gouvernements européens ont promptement annoncé des programmes de soutien au crédit et aux salaires pour atténuer l’impact de la forte contraction de la production économique à court terme, et pour aider les petites entreprises particulièrement exposées à traverser la crise. Nous sommes confrontés non seulement à une urgence sanitaire mais également à l’effondrement des cours du pétrole, provoquant des faillites et un resserrement général du crédit (thésaurisation des prêts et achats de précaution de denrées alimentaires et de produits essentiels).

En outre, les banques centrales à travers le monde font tout leur possible pour soutenir les marchés.

L’impact sur la demande finale de consommation et les entreprises est impossible à évaluer avec précision. La situation est aggravée par la connaissance parcellaire de la communauté scientifique quant à la nature même du Covid-19: comment se propage-t-il exactement, combien de temps durera l’épidémie, risque-t-elle de réapparaître une fois que les mesures d’isolement social seront assouplies, combien de temps faudra-t-il pour trouver un traitement ou un vaccin efficace? La plupart des entreprises seront affectées à des degrés divers et il faut s’attendre à ce que le chiffre d’affaires des plus exposées d’entre elles au cycle économique soit considérablement affecté en 2020.

En effet, personne ne peut éprouver une quelconque confiance à l’égard des prévisions de bénéfices ou de flux de trésorerie pour l’exercice en cours.

Bien que les perspectives des entreprises pour 2020 soient entourées d’incertitudes à ce stade, il est essentiel pour notre équipe de dialoguer avec elles et de réfléchir à leur trajectoire et leur potentiel à moyen terme. L’engagement et le dialogue constants avec les cadres supérieurs et les membres du conseil d’administration des sociétés que nous détenons en portefeuille constituent la pierre angulaire de notre processus d’investissement. Rencontrer régulièrement les directeurs généraux et les directeurs financiers, comparer les prévisions et les résultats et évoquer dans le détail chaque aspect de leur activité nourrit notre conviction.»

Actions sous-évaluées

Nick Kirrage, Co-responsable de l’équipe Global Value

«L’actualité évolue rapidement et chaque jour qui passe semble nous plonger davantage dans l’inconnu. Alors que la panique gagne les marchés, les fondamentaux sont négligés dans bien des cas. La réaction du marché jusqu’ici a impacté les actions décotées des secteurs des matières premières et des valeurs financières. Or, à condition de faire des recherches sérieuses, ces segments offrent certaines des entreprises les mieux capitalisées au monde à l’heure actuelle. Si l’on y ajoute la faiblesse de leurs valorisations, ces entreprises comptent parmi celles les moins risquées pour les investisseurs disposés à adopter une perspective de long terme, soit cinq ans environ.

Une incertitude considérable entoure le niveau des bénéfices qu’afficheront les entreprises en 2020. C’est pourquoi il est essentiel de prendre en compte le cycle économique dans son intégralité, du plus haut au plus bas, et de chercher à tirer parti de la vision court-termiste du marché lorsque l’occasion d’acheter des actions à bon compte se présente.»

Quantitative Equity Products (QEP) gestion quantitative Actions

Justin Abercrombie, Responsable de la gestion QEP

«La prompte réaction des pouvoirs publics en termes de relance budgétaire et l’assouplissement monétaire coordonné des banques centrales a jusqu’ici échoué à soutenir le sentiment sur les places boursières. Peu de signes dénotent par ailleurs une rotation hors des valeurs les plus prisées bien qu’elles soient une source évidente de liquidité.

Comme nous l’avions anticipé, l’exposition aux titres de qualité qui caractérise nos portefeuilles a largement porté ses fruits. Les entreprises qui présentent la meilleure solidité financière (en particulier un bilan robuste), une plus grande stabilité de leurs bénéfices et des pratiques de gouvernance robustes ont nettement surperformé. Nous avions accru l’accent mis sur la solidité financière en 2019, essentiellement en restant à l’écart des valeurs assorties de fondamentaux fragiles et en nous concentrant sur la qualité et sur des secteurs raisonnablement valorisés comme les laboratoires pharmaceutiques en Europe et aux États-Unis. Nous avons également adopté une approche très sélective dans les secteurs des ressources et des valeurs financières, mettant en balance le faible niveau des valorisations et la moindre qualité.

Nous restons focalisés sur l’identification d’opportunités parmi les valeurs de qualité qui nous semblent bradées, notamment dans des secteurs tels que la technologie et les biens de consommation de base.

Le regain de volatilité des marchés est appelé à persister à l’horizon des prochains mois.

Cette situation a mis un terme à la propension des investisseurs à profiter du repli des cours pour acheter, laquelle l’emportait auparavant. Notre processus est adapté aux périodes de fluctuation prononcée des marchés car il nous offre l’occasion de tirer parti des cas de figure où les cours ont réagi de manière excessive. Nous escomptons une capitulation sur le marché américain, principalement sous l’effet de la correction de grandes capitalisations qui surperformaient depuis plusieurs années. Malgré la présence de sociétés attractives aux États-Unis, les opportunités dans le reste du monde demeurent plus intéressantes sachant qu’elles offrent un meilleur profil en termes de valorisation et qualité.»

Obligations

Philippe Lespinard, Co-responsable de la gestion obligataire

«Les emprunts d’État ont été vendus en même temps que les actifs risqués en partie car les réserves des banques centrales sont constituées principalement d’obligations souveraines. Sachant que bon nombre d’entre elles préparent des plans de soutien à grande échelle, elles ont été contraintes de liquider les obligations qu’elles détenaient pour dégager des liquidités.

Par ailleurs, la consommation ralentit de façon accélérée, ajoutant un choc de demande lié aux fermetures d’usines en Chine. Les distributeurs disposent pour la plupart de trois mois de trésorerie d’exploitation tout au plus.

Des plans massifs de dépenses budgétaires se profilent, parallèlement à des mesures micro-économiques directes de soutien aux entreprises, telles que des garanties de prêts par les États, permettant aux entreprises de combler d’importants découverts. Au bout du compte, certains de ces découverts pourraient même devoir être oubliés. Ces pertes devront alors être couvertes par les États, ce qui se traduira par une forte augmentation de la dette publique de nombreux pays. La hausse des rendements des emprunts d’État en est également le reflet.

À l’heure actuelle, abaisser les taux aurait peu d’effet si ce n’est de fournir des liquidités aux banques, qui en disposent déjà amplement. Les établissements bancaires sont en bonne santé : ils sont bien capitalisés, détiennent des actifs de bonne qualité, sont moins endettés et affichent de solides ratios de liquidité. Il nous semble peu probable que le secteur financier soit confronté à un risque d’insolvabilité. Les entreprises commencent à utiliser leurs lignes de crédit, notamment Boeing, qui a retiré 14 milliards de dollars auprès de ses banques. Ce phénomène laisse entrevoir la perspective d’une forte pression sur la liquidité des établissements bancaires, et c’est précisément pourquoi les banques centrales vont les soutenir. Il est plus probable que le risque porte sur la qualité des actifs. Le montant des «leveraged loans» au niveau mondial atteint 1400 milliards de dollars, dont une majorité consentie à des entreprises soutenues par des fonds de private equity. Certaines d’entre elles sont fortement endettées, si bien que le ralentissement voire l’arrêt de leur activité menacerait leur solvabilité.

Les perturbations risquent de s’étendre sur une période de trois à six mois, après quoi nous devrions commencer à assister à une reprise.

Si cela s’avère le cas, les marchés pourraient effectivement sembler peu onéreux globalement à l’heure actuelle. Il importe toutefois d’être sélectif et prudent. En particulier, à supposer que la récession se révèle plus longue, la faible valorisation actuelle des émissions de certaines entreprises importe peu, car elles risquent fort de ne plus rien valoir du tout à la fin. Dans le cas d’autres entreprises, les taux de recouvrement seront très faibles.

Les précisions apportées sur l’ampleur du soutien des pouvoirs publics nous permettront de mieux savoir où se situent les plus grands risques et les meilleures opportunités. Les taux de défaut vont considérablement augmenter et des obligations seront rétrogradées d’Investment Grade en High Yield. Certaines entreprises prendront les mesures appropriées pour consolider leur bilan, d’autres devront se restructurer. Des opportunités existent indiscutablement à un horizon de deux ans, mais il est difficile d’affirmer aujourd’hui que le marché dans son ensemble offre un potentiel manifeste.»

Dette émergente (performance absolue)

Abdallah Guezour, Responsable de la gestion Dette émergente en Performance absolue et Matières premières

«L’économie mondiale semble connaître un arrêt brutal. Les bouleversements inattendus constatés à l’heure actuelle sous l’effet de la propagation accélérée du coronavirus se sont déclenchés dans un contexte où les marchés du crédit des pays développés et émergents étaient globalement survalorisés et sous-achetés, les rendements des emprunts d’État au plus bas et les politiques monétaires déjà ultra-accommodantes, outre un cycle économique aux États-Unis dont la durée devenait excessive.

Dans ce contexte, la correction subie ce mois-ci par les marchés financiers s’est montrée désordonnée mais la multiplication des mesures fortes de la part des pouvoirs publics commence désormais à apporter un certain soutien aux prix des actifs. La soudaine détérioration de la liquidité des marchés de taux et des changes, pourtant habituellement liquides, et la performance décevante des actifs refuges traditionnels tels que les bons du Trésor américain à long terme lors de la vague de panique survenue en mars, rendent la crise actuelle plus difficile à gérer pour les autorités et les investisseurs que la crise financière mondiale.

Suite à la correction massive des marchés obligataires et des devises, et compte tenu des réserves importantes de liquidités (et d’équivalents de trésorerie), l’enjeu est désormais d’identifier les catalyseurs potentiels qui nous permettraient de commencer à réinvestir. Nous avons dressé une liste de conditions préalables qui devront être remplies pour que nous retrouvions une certaine confiance à l’égard des perspectives des marchés de la dette émergente et des devises.

Ces conditions sont les suivantes

  • des signes d’apaisement de la volatilité et denormalisation sur les marchés ;
  • des niveaux de valorisation plus attractifs sur l’ensemble des marchés de la dette émergente – c’est déjà le cas pour certaines obligations et monnaies de pays émergents qui connaissent une baisse excessive ;
  • des signes de ralentissement des rachats au sein des fonds communs et des ETF investis en dette émergente – des positions importantes sont encore en train d’être liquidées selon nous ;
  • une attention accrue des banques centrales à travers le monde sur la stabilité des taux de change – à cet égard, l’annonce par la Réserve fédérale américaine d’une augmentation de ses lignes de swap de devises la semaine dernière est encourageante.

Obligations asiatiques

Roy Diao, Responsable de la gestion Obligations asiatiques

«Les marchés mondiaux affichent des niveaux de volatilité inédits depuis 2008. Le passage du Covid-19 au statut de pandémie simultanément avec la guerre entre l’Arabie saoudite et la Russie sur les cours du pétrole fait que l’économie mondiale est prise entre deux feux, bridant la demande au pire des moments.

Les valeurs mobilières ont subi une baisse considérable et la liquidité est désormais une préoccupation majeure. Bien que les créances des entreprise asiatiques soient plus résistantes que celles des sociétés américaines et d’autres pays émergents du fait de leur moindre exposition aux matières premières, elles ne sont pas à l’abri de la récente vague de ventes sachant que les investisseurs sont susceptibles de prêter davantage attention au sentiment qu’aux fondamentaux face à un tel bouleversement des marchés. Le spread de l’indice JPMorgan Asian Credit s’est tendu de plus de 170 points de base depuis la mi-février, et celui du sous-indice des titres à haut rendement s’est creusé de plus de 430 points de base.

Malgré la volatilité des marchés, les risques systémiques bancaires ne devraient pas être d’ampleur similaire à ceux observés durant la crise financière mondiale de 2008. La situation du secteur financier est aujourd’hui bien plus solide qu’elle ne l’était auparavant, comme en témoigne la plus grande robustesse des bilans et des ratios de fonds propres. S’il faut certainement s’attendre à une augmentation des taux de défaut en Asie compte tenu de la conjoncture difficile et des insuffisances de financement auxquelles sont confrontées les entreprises dont la trésorerie est fragile, nous sommes toutefois loin d’anticiper une vague de défauts généralisés d’ampleur comparable à celle constatée en 2008. Cela étant, compte tenu de l’incertitude considérable qui entoure la durée et l’impact du Covid-19 et la durée de la guerre des cours du pétrole, les investisseurs doivent se préparer à une période de faiblesse et de volatilité des marchés à moyen terme.

Les banques centrales asiatiques sont susceptibles de maintenir leurs politiques accommodantes et de multiplier leurs efforts sur le front budgétaire pour soutenir l’économie.

S’agissant des taux asiatiques en monnaie locale, nous surpondérons la duration de haute qualité de pays tels que Singapour et la Corée compte tenu de la demande d’actifs refuges de la part des investisseurs et des anticipations d’assouplissement monétaire. Sachant que la vigueur du dollar US est susceptible de perdurer compte tenu du sentiment d’aversion au risque et de la rareté du billet vert, les monnaies asiatiques, notamment le dollar de Singapour, le ringgit malaisien, le baht thaïlandais et le nouveau dollar de Taïwan, vont rester sous pression.

Nous réduisons par ailleurs notre exposition globale aux marchés du crédit asiatiques (c.-à-d. au «bêta») et renforçons la qualité de crédit pour veiller à ce que nos investissements soient capables de résister aux remous des marchés. Il est également essentiel de disposer de liquidités suffisantes. Cela étant, dans la mesure où le marché a parfois tendance à s’emballer en périodes de bouleversement, il est tout aussi important de rester flexible et d’être prêt à changer de plateau pour exploiter les opportunités assorties de valorisations attractives lorsqu’elles se présentent. Par conséquent, nous privilégions les créances d’entreprise présentant un profil de risque et de rendement intéressant et qui sont fondamentalement «bon marché» tout en ayant la capacité de résister au cycle de crédit. Nous comptons également continuer à nous focaliser sur une sélection « bottom-up » afin de rester à l’écart des titres qui risquent de devenir des «anges déchus» ou dont la notation est susceptible d’être rétrogradée à CCC.»

Obligations américaines multi-secteurs

Andy Chorlton, responsable de la gestion obligataire Multi-secteurs US

«Ces deux dernières semaines, les marchés financiers et les entreprises en général ont été confrontés à la réévaluation quotidienne des anticipations alors que les autorités réalisaient la gravité de la pandémie de Covid-19 et prenaient les mesures requises pour faire face à cette nouvelle donne. Indiscutablement, les perspectives sur les fondamentaux pour les mois à venir vont être problématiques. Cependant, comme le Royaume-Uni l’a montré à la fin de la semaine dernière, les autorités se montrent désormais déterminées à faire tout leur possible pour combattre la crise avec la mise en œuvre de mesures monétaires, budgétaires et de confinement d’ampleur inédite à ce jour.

La liquidité est au plus bas et le choc économique est aggravé par le fait que de nombreux traders travaillent désormais depuis leur domicile. Devoir établir des prix dans un contexte de marché extrêmement difficile tout en étant isolés de leurs équipes est un défi qu’ils n’avaient jamais eu à relever auparavant.

En ce qui nous concerne, le signe montrant que nous sommes confrontés à une crise de liquidité et pas seulement à une crise économique est la baisse des prix de produits qui à nos yeux relèvent davantage de la catégorie taux que de la catégorie crédit. Il s’agit par exemple de la dette des collectivités locales et des créances hypothécaires d’agences, qui ont connu dans les deux cas une semaine très éprouvante.

L’équipe Multi-secteurs US reste positionnée de manière relativement défensive, avec une augmentation tout au plus mineure de l’exposition au risque de crédit la semaine passée. Nous avons profité de décotes importantes sur un marché primaire qui continue malgré tout à bien fonctionner aux États-Unis. À l’horizon des deux semaines à venir, notre but sera de concilier deux objectifs divergents, à savoir maintenir une allocation solide en actifs liquides (emprunts d’État) tout en accroissant progressivement l’exposition aux secteurs défensifs à mesure de la baisse des valorisations. À mesure de l’évolution de la situation, de nombreuses opportunités de se tourner vers les secteurs plus affectés d’un point de vue fondamental et vers les titres de moindre qualité devraient se manifester, mais pour l’heure l’accroissement de notre exposition au risque se concentre sur les émetteurs et les secteurs défensifs.»

Private equity

Nils Rode, Chief Investment Officer, Schroder Adveq

«S’agissant des investissements existants en private equity, l’impact varie essentiellement en fonction des régions et des secteurs, du modèle économique particulier des sociétés et de leur situation financière. Si différentes sociétés détenues par des fonds de private equity sont susceptibles d’être touchées, au moins temporairement et de façon plus prononcée dans certains cas, de nombreux investissements sont bien placés pour traverser la crise sans subir de dépréciation durable. Quelques sociétés pourraient même tirer parti de la situation (par exemple, celles qui travaillent au développement de traitements potentiels).

En ce qui concerne les nouveaux placements en private equity, les perspectives dépendent également du type d’investissement

  • Pour les placements primaires, l’impact économique du coronavirus pourrait faire naître des points d’entrée plus favorables au fil du temps. De plus, les placements primaires bénéficient d’une diversification dans le temps due à la période d’investissement qui est généralement de 2 à 4 ans.
  • Pour les investissements secondaires, les turbulences économiques et les remous des marchés financiers créent des opportunités d’achat. Ainsi, à supposer que les perturbations se prolongent, la crise actuelle du coronavirus pourrait donner lieu à de telles opportunités.

Sachant que les investissements directs et les co-investissements sont susceptibles de subir un certain impact à court terme, il faut s’attendre à ce que les investisseurs et les gérants de fonds ralentissent la cadence dans ce segment. Les placements directs et les co-investissements pourraient bénéficier de points d’entrée plus favorables mais il sera essentiel d’adopter une approche sélective.

Le private equity est en général bien placé pour affronter des chocs inattendus comme celui provoqué par le coronavirus. Les fonds de private equity sont bien capitalisés, avec des capitaux immobilisés qui peuvent être soit consacrés à de nouveaux investissements soit utilisés pour soutenir les sociétés existantes du portefeuille le cas échéant.

En outre, l’horizon d’investissement de long terme des fonds de private equity leur confère un degré élevé de flexibilité sur le moment de la sortie, ce qui permet aux gérants concernés et à leurs investisseurs de rester sereins, et ce, même en période de turbulences.»