La note macro de Nicolas Blanc, Responsable de l’Allocation chez Ellipsis AM.

Les élections de mi-mandat aux US ont été l’occasion pour chacun des partis en présence de crier victoire. Avec une majorité à la chambre, les démocrates réintègrent les cercles du pouvoir mais leur marge de manoeuvre est limitée et la vague qu’ils avaient espérée, et qui leur aurait permis d’arracher le Sénat, ne s’est pas manifestée. En revanche, le retournement en leur faveur d’états du midwest est une indication encourageante – mais non décisive – pour la prochaine élection présidentielle. Les marchés ont bien accueilli ce résultat, qui était largement attendu.

La présence d’un contre-pouvoir atténue les risques liés à l’imprévisibilité du président sans que les démocrates puissent faire passer des mesures défavorables aux entreprises (en raison du droit de veto présidentiel). Sur les négociations commerciales et la déréglementation, Donald Trump sera peu gêné par la chambre, pouvant agir par décrets ou suivant des dispositions de sécurité nationale, et sachant que de nombreux démocrates sont favorables aux sanctions commerciales contre la Chine.

La signature du nouvel ALENA requiert un vote du Congrès, mais pourrait intervenir avant son changement effectif, en janvier. Il est d’ailleurs possible, comme cela a déjà été le cas, que la partie du mandat qui suit une défaite aux midterms soit plus tournée vers la politique étrangère et commerciale. Les nominations du président (Fed, Cour suprême, …) seront, bien sûr, validées par le Sénat républicain.

Les projets d’infrastructures constituent un sujet d’entente potentielle mais les deux partis diffèrent sur les modalités de sa mise en oeuvre. Sur le plan fiscal, après la pérennisation des baisses d’impôts pour les ménages, les choses devraient rester en l’état. Les démocrates auront diverses possibilités pour entraver le fonctionnement institutionnel (via le shutdown, par exemple, ou les commissions parlementaires), au risque toutefois de ternir leur image avant la présidentielle.

Au global, le contexte économique ne semble donc qu’assez peu affecté par ce résultat électoral.

Italie: il est urgent de ne rien faire

Après le rejet du projet de budget italien par la Commission, le gouvernement a campé sur ses positions, en déviant le débat sur des sujets techniques, comme les prévisions de croissance. Si aucun accord n’est trouvé, la Commission pourrait engager une procédure de déficit excessif, assortie éventuellement de sanctions financières. Mais cette extrémité (les sanctions) a peu de chances de se produire, surtout avant les élections européennes.

L’UE serait plutôt, selon nous, encline à reporter ses décisions, la contrainte de marché étant plus forte que ses possibilités de coercition. Aux niveaux actuels des taux, le temps va progressivement peser sur le financement du budget, dégradant la solvabilité et alimentant une pression haussière des taux. Cette tension, et la stagnation économique qui en résultera, dégraderont la cohésion entre les deux partis au pouvoir et leur popularité.

Le TPP est mort, vive le CPTT

Moins médiatisé que les droits de douane visant la Chine, le retrait américain de l’accord de partenariat trans-pacifique a constitué aussi une attaque en règle de Donald Trump contre le multilatéralisme en matière commerciale. Cet accord, rebaptisé CPTT, va pourtant survivre sans les US et rentrer en application à la fin de l’année. Après l’enlisement des négociations à l’OMC, le projet du libre échange avance donc de manière plus régionale. Le Japon espère encore pouvoir faire revenir les US, en faisant valoir que le CPTT est un rempart contre un bloc créé par la Chine, qui proposerait des conditions attractives à ses voisins proches, étendant ainsi son influence économique et militaire.