Les anticipations d’une augmentation des coûts dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et des matériaux se révèlent être des indicateurs classiques de la fin du cycle économique mondial.

Cet article est tiré de l’Analyst Survey 2018 réalisée par Fidelity auprès de 162 analystes au niveau mondial.

 

Près de 66 % de nos analystes entrevoient une hausse des coûts de production cette année, contre 50 % l’an passé. La majorité des analystes (72 %) prévoient également une augmentation des salaires au cours des 12 prochains mois (contre 64 % l’année dernière), en premier lieu en Chine, en Europe et aux États-Unis. Toutefois, presque tous ces analystes s’attendent à ce que l’augmentation soit modérée, sauf dans les pays d’EMEA/Amérique latine où 33 % des analystes anticipent une «forte» hausse des salaires. La réforme fiscale du président américain Donald Trump pourrait également contribuer à l’augmentation des salaires dans la mesure où les entreprises devraient faire profiter leurs employés d’une partie de leurs baisses d’impôt.

Graphique 1 : Les pressions liées aux coûts salariaux s’accentuent

Une forte hausse des prix à la production est peu probable

En dépit de l’augmentation des coûts, les analystes affirment dans leur grande majorité que les hausses de prix des entreprises qu’ils suivent n’excéderont pas l’inflation. Six analystes sur dix, tous secteurs confondus, voient les prix à la production augmenter dans une même proportion que la hausse des prix à la consommation (IPC), à l’exception du secteur des télécommunications où la plupart des analystes s’attendent à une augmentation inférieure à l’IPC.

Dans la mesure où les marges s’établissent à des niveaux quasi record dans de nombreux secteurs, les entreprises sont bien placées pour supporter une certaine inflation des coûts. Cela explique en partie la raison pour laquelle moins de 20 % de nos analystes indiquent que leurs entreprises sont susceptibles de procéder à une augmentation de leurs prix supérieure à l’IPC. La plupart d’entre elles opèrent au sein des matériaux et de l’énergie – ce qui n’est pas tout à fait surprenant dans la mesure où ce sont les deux secteurs où la hausse des coûts de production est la plus généralisée selon notre enquête.

Graphique 2 : Les analystes s’attendent à des hausses de prix en ligne avec l’IPC

Le pouvoir de fixation des prix s’accroît

Même si la plupart des entreprises semblent prêtes à faire preuve de retenue en matière de relèvement de leurs prix, davantage d’entreprises sont toutefois en mesure de répercuter la hausse des coûts de production sur leurs clients. C’est le cas dans la plupart des secteurs, en particulier ceux de la consommation de base, de l’énergie et des matériaux.

Toutefois, les entreprises des secteurs de la consommation cyclique et de l’industrie semblent disposer d’une moindre marge de manoeuvre face à la hausse des coûts.

L’accélération de l’inflation ferait des institutions financières et des producteurs de matériaux les plus susceptibles d’accroître leurs marges. D’après nos analystes, les entreprises industrielles pourraient avoir moins de chance ; compte tenu de leur moindre pouvoir de fixation des prix, une accélération de l’inflation entraînerait très probablement une contraction des marges et mettrait fin à la hausse régulière des marges qu’enregistre désormais le secteur depuis deux décennies.

En dépit des anticipations d’une légère accélération de l’inflation à venir, des facteurs déflationnistes tels que les avancées technologiques, la mondialisation et l’externalisation demeurent puissants et devraient contribuer à contenir l’inflation.

Par exemple, nos analystes chinois soulignent que des coûts salariaux de plus en plus importants favorisent l’automatisation rapide et l’innovation technologique dans les secteurs de la «vieille» et de la «nouvelle» économie dans la mesure où les entreprises craignent de perdre leur avantage concurrentiel international.

Néanmoins, les entreprises sont toujours à la recherche d’opportunités quant à la réduction de leurs coûts de fabrication, une situation qui donne à penser que l’externalisation a encore de beaux jours devant elle.

Graphique 3 : L’amélioration du pouvoir de fixation des prix compense la hausse des coûts (en pourcentage du total)

La hausse des salaires dans une économie globalisée peut peser sur les bénéfices: deux continents, deux histoires

Aujourd’hui au sein des chaînes de valeur mondialisées, une hausse des salaires dans une région du monde peut rapidement entraîner des coûts plus élevés pour des entreprises situées dans une toute autre région.

Aryzta, le fournisseur de solutions dédiées aux métiers de la bouche qui s’enorgueillit de l’excellence de ses spécialités boulangères, a récemment lancé un avertissement sur bénéfices en invoquant la hausse des coûts de distribution et de main-d’oeuvre pour expliquer les moins bons résultats de ses activités aux États-Unis. (Aryzta est l’un des tout premiers fabricants de produits de boulangerie et de pâtisserie au monde et fabrique des pains à hamburger pour McDonald’s.)

«Le secteur du transport routier aux États-Unis est extrêmement tendu, une situation exacerbée par une pénurie de chauffeurs et de camions» explique Christopher Moore, directeur de la recherche. «Il existe de nouvelles réglementations: vous devez maintenant passer des tests de consommation d’alcool et de drogues si vous êtes un conducteur américain, de même que les heures de service sont désormais enregistrées et appliquées électroniquement afin de veiller à ce qu’elles soient respectées. Et c’est un métier très difficile – vous êtes enfermé dans une cabine la plupart du temps, si bien que le taux de rotation des chauffeurs a tendance à être très élevé. Cette pénurie de conducteurs implique que les revendications salariales sont assez élevées».

«Le rebond rapide intervenu aux États-Unis après la mini récession industrielle de 2014-2015, qui a surpris certaines personnes, a accentué encore un peu plus ces pressions et engendré des goulets d’étranglement dans les secteurs qui dépendent du transport routier. Dans la mesure où la pénurie de routiers et de camions met du temps à être résorbée, les prix des trajets et les salaires des chauffeurs augmentent, souvent à des taux à deux chiffres. C’est là une bonne chose pour l’industrie du transport routier, mais toutes les entreprises qui utilisent ses services doivent supporter un coût de production supplémentaire».

«Si vous jouissez d’un pouvoir de fixation des prix et si vos marges sont d’environ 30 %, une légère érosion de votre marge de l’ordre de 1 % ou 2 % n’a dès lors pas beaucoup d’importance. Mais si vous avez des marges minuscules, comme beaucoup de groupes alimentaires, même une augmentation relativement modeste des coûts peut faire courir un vrai risque à votre activité, comme dans le cas d’Aryzta».

Nous pourrions voir des problèmes semblables se poser à d’autres sociétés à faibles marges. En règle générale, la distribution représente une part importante de leurs coûts, raison pour laquelle l’augmentation des prix de distribution peut réellement nuire à leur activité.»