Des turbines éoliennes aux voitures électriques, une économie sans carbone a besoin d’acier dont la production est à l’origine de grandes quantités d’émissions de gaz à effet de serre qu’il convient de réduire pour contrer le réchauffement climatique.

Par James Richards, Equity Analyst et Ben Traynor, Senior Investment Writer

Nous nous concertons régulièrement avec les producteurs d’acier quant à leurs projets visant à réduire les émissions directes et avec les sociétés minières sur les émissions indirectes, liées à la transformation du minerai de fer par leurs clients sidérurgistes.

À l’extrémité ouest du port de Hambourg (Allemagne), à côté des grues et des terminaux à conteneurs qui bordent les rives de l’Elbe, une expérience vise à révolutionner l’un des plus anciens processus industriels de l’humanité. Si elle aboutit, elle pourrait contribuer à éviter entre 5 et 10% des émissions mondiales de dioxyde de carbone.

De l’extérieur, le site de l’ancienne aciérie Hamburger Stahlwerke témoigne encore de l’industrie lourde d’antan. De la fumée s’échappe des cheminées et plane sur les bâtiments noirs avant d’être dispersée lentement par les pales d’une éolienne.

Ce site industriel abrite le projet H2Hamburg, initié par ArcelorMittal, numéro un mondial de l’exploitation sidérurgique et minière. Ce projet prévoit de construire une usine pilote à échelle industrielle pour décarboniser la production d’acier, usine qui pourrait un jour être exploitée grâce aux énergies renouvelables.

La décarbonisation s’impose

H2Hamburg n’est qu’un exemple de la façon dont ArcelorMittal et d’autres producteurs d’acier espèrent décarboniser l’industrie. D’autres s’intéressent à la capture du carbone et à la production d’acier neutre en carbone par l’utilisation de l’électrolyse.

Il est urgent de trouver une solution car chaque tonne d’acier produite dans le monde émet près de deux tonnes de dioxyde de carbone. L’acier primaire, produit à partir du minerai de fer et non par le recyclage de métal, devrait encore représenter plus de la moitié de la production en 2050 de sorte que les entreprises en mesure de mettre au point des méthodes efficaces à faibles émissions de carbone seront probablement à long terme les gagnants du secteur.

Vers la neutralité carbone

Nous entretenons des contacts réguliers avec ArcelorMittal et d’autres entreprises quant à leurs projets de décarbonisation. Ce processus est basé sur la coopération. Nous obtenons de précieuses informations sur la manière dont ces entreprises réduisent leurs émissions et relèvent les nombreux défis. Ces entretiens nous permettent également d’échanger des idées sur les tendances et priorités observées dans tout le secteur.

L’année dernière, nous avons participé à la conférence sur le Développement durable organisée par ArcelorMittal, dont l’ambition est de réduire ses émissions de CO2 de 30% d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Pour atteindre ces objectifs à l’horizon 2030, le projet «Smart Carbon» mise sur la capture et le stockage du carbone (CCS) et sur le recyclage (c’est-à-dire l’utilisation accrue de matériaux recyclés et la conversion des gaz résiduels en intrants pour d’autres processus). L’industrie sidérurgique recycle déjà la majeure partie de ses sous-produits avec une efficacité matérielle de plus de 97%. Les projets de carbone circulaire, tels que Carbon2Value, auquel participe ArcelorMittal, visent à porter ce taux à 100% en capturant le carbone pour le convertir en éthanol ou obtenir du naphta, ces deux matériaux pouvant être ensuite utilisés dans l’industrie chimique.

À long terme, ArcelorMittal espère utiliser l’hydrogène vert dans le processus DRI (réduction directe du fer), combiné à une aciérie électrique, alimentée par de l’électricité renouvelable, contribuant ainsi à atteindre l’objectif zéro émission de CO2. Le projet H2Hamburg permettra d’en démontrer la faisabilité en utilisant dans un premier temps de l’hydrogène  «gris» à partir de combustibles fossiles.

Tout cela risque de coûter cher

Au terme de la conférence, nous avons appelé l’équipe de la durabilité d’ArcelorMittal pour examiner de plus près ces projets et leurs coûts afin d’anticiper l’évolution du secteur.

L’entreprise estime que les initiatives carbone intelligentes pourraient augmenter les coûts de production de 30 à 60% et l’hydrogène vert dans le processus DRI, de 80%. Et ce, en plus des dizaines de milliards nécessaires pour les investissements en amont.

prix de la décarbonisation
Prix de la décarbonisation de l’industrie de l’acier
Source : ArcelorMittal, juin 2020.

Au cours de notre entretien téléphonique, l’entreprise a admis que certains de ces projets impliquaient l’intervention du législateur afin de créer des conditions de concurrence équitables avec l’acier importé, ce qui entraînerait l’application d’un «mécanisme d’ajustement carbone aux frontières» aux importations d’acier. Le secteur aura également besoin de grandes quantités d’énergie propre pour produire de l’acier neutre en carbone à grande échelle.

En règle générale, le rôle des gouvernements consiste à mettre en place des conditions cadres politiques et à inciter les entreprises à modifier leur comportement. Un exemple: en Chine, la décarbonisation n’était pas une priorité jusqu’à ce que le président Xi Jinping annonce l’objectif zéro net d’ici 2060, une décision qui a surpris le marché. Depuis, les efforts déployés par les producteurs d’acier chinois pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ont considérablement évolué, ce qui permet un engagement plus productif. L’annonce de la Chine a sans doute également catalysé les mesures prises par le Japon et la Corée. Mais cela ne change rien à la nécessité d’un soutien politique. Il faut financer le coût du capital pour la décarbonisation tant que les technologies sans carbone ne sont pas encore compétitives.

Engagement dans l’ensemble de la chaîne de valeur

Les analystes de Fidelity, qui s’entretiennent avec les producteurs d’acier, le font aussi avec leurs sous-traitants et les sociétés minières (fer et charbon à coke), ces dernières ayant tout intérêt à s’engager pour la production d’acier neutre en carbone car elles sont responsables d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre de niveau 3 qui regroupe les émissions indirectes, liées à la chaîne de valeur complète d’une entreprise.[1]

exploitations minières
Le scope 3 est le vrai problème pour les exploitations minières

Les efforts déployés pour lutter contre le scope 3 ont une part importante dans nos discussions avec les sociétés minières. Lors d’un récent entretien téléphonique avec le management de BHP, nous avons évoqué entre autres le partenariat avec China Baowu Steel Group, le plus grand fabricant d’acier de Chine. Ces deux entreprises prévoient de partager leur savoir-faire technique et de financer la R&D dans le domaine de la production d’acier à faibles émissions de CO2. BHP a également investi dans Boston Metal, une start-up américaine, issue du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Boston Metal souhaite remplacer le haut-fourneau, utilisé dans la production classique d’acier, par le procédé d’électrolyse en milieu oxydes fondus (MOE) au cours duquel l’oxygène est extrait de l’oxyde de fer grâce aux électrons au lieu du monoxyde de carbone.

Agir comme un phare

Notre coopération avec l’industrie minière et sidérurgique nous permet d’évaluer les perspectives pour chaque entreprise au sein de ces deux secteurs et sert également à d’autres industries lourdes qui tentent de s’attaquer au difficile problème des émissions. Étant donné que nous nous prononçons sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), les cadres d’autres secteurs, également l’industrie sidérurgique, nous contactent pour nous demander comment améliorer leur bilan carbone. Il s’agit notamment de classer les activités par ordre de priorité et de les aider lors de la consultation de membres potentiels du conseil d’administration.

Il sera impossible de relever le défi de la décarbonisation de l’acier du jour au lendemain. Elle implique la coopération de plusieurs groupes d’intérêt: les producteurs d’acier eux-mêmes, leurs clients et les décideurs politiques. En tant qu’investisseurs, nous y contribuons en veillant à ce que cette question reste en tête des préoccupations des entreprises.

 

[1] Le scope 1 regroupe les émissions provenant des sources détenues ou contrôlées par une entreprise. Le scope 2 regroupe les émissions indirectes associées à la consommation d’électricité, de vapeur, de chaleur ou de froid pour les activités de l’entreprise. Le scope 3 regroupe les autres émissions indirectement liées à la chaîne de valeur complète, comme celles associées à l’utilisation des produits vendus, émissions qui relèguent même dans l’ombre celles des sociétés minières.

 

 


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