Alors que l'une des courses scientifiques les plus cruciales sur le plan historique approche de sa ligne d'arrivée, nous pensons que son issue pourrait avoir un impact retentissant sur les sociétés biotech, mais surtout sur toute l’économie globale. Avec la totalité des données cliniques dont nous disposons à ce jour, nous pensons que celles-ci pourraient être cliniquement significatives et permettraient une autorisation d’urgence dès la fin de l’année avec en tête les vaccins ARNm.

Plus tôt cette semaine, Pfizer et BioNTech, ont annoncé que leur vaccin a démontré une efficacité de plus de 90% dans la prévention du Covid-19. Cette forte efficacité, qui dépasse de loin les attentes, constitue une étape majeure dans la lutte contre la pandémie mondiale.

Cela représente non seulement un tournant dans ce combat mais aussi une validation de cette nouvelle technologie, l’ARNm. Nous pensons que les traitements à base d’ARNm ont un potentiel élevé non seulement sur la Covid-19, mais aussi sur de nombreuses autres indications. Ces résultats solides confirment notre forte conviction sur ce segment, auquel nos portefeuilles ont une forte exposition.

Feuille de route pour la première approbation d’un vaccin

Il existe de multiples méthodes pour prévenir la propagation d’une maladie et préserver la santé des individus. Pour la COVID-19, les vaccins semblent être le moyen la plus efficace pour sortir de cette crise de santé publique. Les vaccins sont protecteurs par nature et leur coût relativement modeste permet leur distribution à grande échelle et favoriser ainsi l’immunité collective.

Innovation en matière de vaccins

La prévention d’une maladie avant qu’elle ne se déclare permet de réaliser des économies sur les coûts des soins de santé, et les vaccins en sont le meilleur outil. Sur la base d’une étude portant sur les enfants nés entre 1994 et 2013, le CDC (les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux Etats-Unis) a estimé que les vaccins ont permis d’éviter 732 000 décès et d’économiser 1,3 milliard de dollars en coûts sociétaux totaux.

Mais si depuis plusieurs années, le domaine des vaccins a connu des taux de croissance impressionnants avec de nombreux vaccins approuvés, on constate depuis les cinq dernières années un ralentissement marqué dans ce domaine, les entreprises pharmaceutiques et biotech préférant se concentrer sur des domaines thérapeutiques plus rentables comme les maladies rares.

Il est vrai que le développement de vaccins nécessite de grands essais cliniques impliquant des dizaines de milliers de volontaires, de sorte que seules quelques entreprises de biotechnologie ont pu mener à bien le développement de nouveaux types de vaccins. Dans ce contexte, l’épidémie de COVID-19 donnera un second souffle à l’innovation en matière de vaccins. Le champ de développement est vaste car, par exemple, si plus de 80 virus ont été découverts depuis 1980, seuls 4% d’entre eux ont un vaccin disponible aux Etats-Unis.

Des temps difficiles appellent des mesures d’exception

L’agence américaine, la FDA, a mis en place des directives exceptionnelles à l’intention des fabricants de vaccins COVID-19 menant à d’éventuelles approbations. Compte tenu de l’ampleur et de la gravité de la pandémie, l’agence est prête à envisager une approbation d’urgence en s’appuyant sur des données antérieures soutenant les mérites technologiques.

Comment mesurer l’efficacité d’un vaccin COVID-19?

Les études à grande échelle soutenant l’approbation doivent être randomisées, en double aveugle et contrôlées par placebo. Ces études sont événementielles, ce qui signifie que le résultat de l’efficacité sera déterminé par un nombre prédéfini de cas symptomatiques de COVID-19 au moyen d’une analyse intermédiaire et finale.

L’efficacité est mesurée par le taux de prévalence de la maladie entre la population vaccinée et non vaccinée. Le vaccin doit présenter une efficacité minimale de 50 % pour toutes les modalités d’approbation.

Mais efficacité doit rimer aussi avec sécurité. Dans cette optique, le seuil de sécurité minimum pour l’autorisation d’utilisation d’urgence (AUE) est fixé à de 2 mois de suivi. L’approbation finale, quant à elle, devra être validée par un suivi d’au moins 6 mois, ce qui sera essentiel pour une plus large diffusion auprès de la population générale.

Les vaccins ARNm (acide ribonucléique messager) sont en tête de course

Au début de la pandémie, nous avons écrit sur les différentes approches pour prévenir et traiter la COVID-19. Les programmes les plus avancés en matière de vaccins sont en phase 3 et ont déjà publié des données qui démontrent l’induction d’une réponse immunitaire: génération d’anticorps neutralisants et de cellules T (lymphocytes T).

Deux programmes de vaccins ARNm (BioNTech, Moderna) prévoient de déposer d’ici la fin de l’année une demande d’autorisation d’urgence.

BioNtech: en première position

BioNtech a présenté un solide ensemble de données, démontrant à la fois une réponse au niveau des anticorps neutralisants et des cellules T. Pour être validé lors de la première étape intermédiaire, le vaccin devait montrer une efficacité de +76% dans le critère d’évaluation primaire.

Cette semaine, dans l’analyse intermédiaire, BioNtech et son partenaire Pfizer ont montré que les volontaires, après deux injections, ont connu plus de 90 % de cas symptomatiques en moins par rapport au groupe placebo. Selon le nouveau plan de Pfizer / BioNTech, le résultat de l’efficacité était déclenché par 94 cas symptomatiques de Covid-19 chez les volontaires. L’efficacité de 90% implique qu’au moins 86 cas ont été trouvés dans le groupe placebo contre 8 dans la population vaccinée.

L’essai de phase 3 est toujours en cours et les deux partenaires attendent le franchissement de leur deuxième critère, l’innocuité du vaccin, avant de soumettre les résultats à la FDA pour une autorisation d’utilisation d’urgence. Sur la base de discussions entre la FDA et les entreprises, le dépôt devrait être accepté si la moitié des volontaires montrent deux mois de données sans inquiétudes majeures. Nous sommes très optimistes quant à un dépôt d’ici fin novembre, car nous prévoyons que des données sur l’innocuité du vaccin seront disponibles dès la semaine prochaine.

En outre, les données n’ont pas encore révélé de problèmes de sécurité majeurs concernant le vaccin. Les données de la phase 1 ont révélé des effets indésirables systématiques, notamment de la fièvre, de la fatigue et des frissons, mais ces effets indésirables étaient pour la plupart légers à modérés. Les données intérimaires de la phase 3, obtenues en aveugle, ont pour la plupart confirmé les résultats précédents.

Moderna: Juste derrière

Nous pensons que l’efficacité de plus de 90% démontrée par la vaccin de BioNtech peut être reproduit dans l’étude de Moderna. Les deux vaccins étant basés sur la même technologie.

Moderna a présenté un ensemble de données impressionnant sur l’immunogénicité en phase 1 et a été le premier à valider l’approche de l’ARNm dans l’induction d’une forte réponse immunitaire. Les premières données de Moderna étaient particulièrement impressionnantes chez les adultes âgés (>55 ans), un différenciateur potentiellement important étant donné la pathogénèse de la COVID-19.

Le vaccin de Moderna a été relativement bien toléré selon les données disponibles jusqu’à présent. Les données de la phase 1 ont révélé des effets indésirables systématiques, notamment de la fièvre, de la fatigue et des frissons, bien que ceux-ci soient conformes aux programmes parallèles.

Une première publication des données d’efficacité de Moderna pourrait avoir lieu d’ici décembre.

Après l’autorisation, la question de la capacité se posera. Pfizer et BioNTech ont annoncé que des doses de 50 millions de doses pourraient être disponibles d’ici la fin de l’année, et la production devrait être portée à plus de 1 milliard de doses d’ici 2021. Moderna devrait également contribuer à ce combat avec 500mn à 1 milliard de doses disponibles l’année prochaine.

Catalyseurs

  • Les premières données d’efficacité des produits phares montrent que l’autorisation d’utilisation d’urgence pourrait être accordée dès décembre voir fin novembre.
  • La validation de la stratégie de vaccination marquera un tournant dans la lutte contre le virus et entrainera un re-rating important du secteur des biotechnologies (voire le marché des actions au sens large).

Risques

  • Il faudra un certain temps pour rassembler des preuves substantielles sur la corrélation entre le critère d’évaluation principal (prévention des maladies symptomatiques) et la prévention de l’infection réelle ou la réduction de la probabilité de réinfection, ce qui sera essentiel pour une éventuelle utilisation.

 

Source : CDC – Centers for Disease Control and Prevention- Whitney, Cynthia G, Zhou, Fangjun, Singleton, James, Schuchat, Anne. Benefits from Immunization During the Vaccines for Children Program Era –United States, 1994-2013. CDC, 2014 April