Les crises entraînent toujours une phase de remise à zéro et plus la crise est profonde, plus les changements peuvent être importants. Chez AtonRâ Partners, nous pensons que la crise COVID-19 pourrait mener à une nouvelle ère géopolitique et économique. La crise est mondiale. Aucun acteur économique majeur n'est épargné et la durée (avec des quarantaines probablement entre 30 et 45 jours) est suffisamment longue pour provoquer un changement fondamental de nos habitudes.

L’économie mondiale doit affronter un double choc d’offre et de demande. La baisse de demande est une conséquence des quarantaines et des restrictions de voyage. Quant aux chaînes d’approvisionnement, elles sont perturbées par le fait que les travailleurs restent chez eux.

Quand peut-on espérer un retour à la normale? La Chine pourrait fournir une indication aux investisseurs. Le point d’inflexion des nouveaux cas en Chine s’est produit au début du mois de février. Si un cycle similaire s’applique ailleurs, une diminution du nombre de nouvelles infections pourrait commencer à la mi-avril en Europe.

Cette crise devrait accentuer les changements socio-économiques sous-jacents qui étaient déjà en cours, alors que les décideurs politiques mettent en œuvre des décisions inflationnistes. La réduction de la mobilité, la dématérialisation de l’économie, une réforme radicale du système financier international pourraient conduire à un nouveau paradigme.

Étant donné les faibles rendements des titres à revenu fixe et la dévaluation de l’argent par les politiques fiscales et monétaires, les actifs réels, notamment les actions, seront recherchés comme seule option d’investissement. Dans ce contexte, un portefeuille d’actions de haute qualité ayant un faible niveau d’endettement devrait offrir aux investisseurs des rendements ajustés au risque attractifs à moyen terme.

Deux secteurs ou thématiques, parmi d’autres, sont considérés comme pouvant faire partie d’un tel portefeuille.

Fintech

Après avoir injecté des milliards de dollars dans l’économie, les gouvernements voudront monitorer tous les fonds ne faisant pas partie du système financier classique. Les données collectées par le secteur de la fintech deviendront le nouveau Graal pour les autorités fiscales du monde entier. Dans ce cadre, le cadre réglementaire devra être assoupli pour accélérer l’innovation technologique dans les services financiers.

Les mesures de confinement rappellent aux personnes et aux organisations la nécessité d’avoir accès à leurs finances et à leurs comptes bancaires. La crise COVID-19 va obliger le secteur bancaire traditionnel à améliorer ses services tout en réduisant ses coûts. Les banques n’offrant à distance que des prestations bancaires élémentaires ne répondent plus aux besoins actuels des clients, à une époque où les néo-banques offrent une gamme complète de services en quelques clics. Pour répondre à cette nouvelle concurrence, les banques traditionnelles renouvelleront leurs systèmes bancaires existants vers des solutions bancaires packagées et des plateformes opérationnelles plus efficaces.

Le secteur des assurances n’est pas épargné par ce changement de paradigme. Bien que les pandémies ne soient souvent pas couvertes par les polices d’assurance, la crise actuelle rappellera aux personnes et aux entreprises qu’elles ont besoin d’une protection financière. Actuellement de nombreuses polices d’assurance peuvent être standardisées et souscrites en ligne. Attendez-vous donc à ce que les compagnies d’assurance accélèrent cette numérisation. Les assurances annulation d’événements, les assurances santé et vie, les assurances voyage devraient globalement voir leur volume augmenter. Pour y faire face, les solutions technologiques permettront d’optimiser tout le cycle de vie de la police d’assurance–de la souscription au traitement des sinistres, en passant par la facturation ou les modifications de police.

Paiements mobiles et Central Bank Digital Currency

“Votre argent est plus sale que vous ne le pensez”: une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de New York en 2014, a rapporté qu’un billet de 1 dollar porte jusqu’à 3’000 bactéries. Depuis quelques années, les autorités du monde entier désinfectent et mettent en quarantaine les billets et l’OMS encourage les paiements sans contact. Quid des cartes? L’utilisation des claviers dans les points de vente et le fait que les cartes soient toujours remises par le client à quelqu’un de l’autre côté du comptoir font que celles-ci sont loin d’être exemptes de germes. Nous considérons le COVID-19 comme un catalyseur pour ouvrir la voie à l’adoption massive des paiements sans numéraire.

Autre conséquence du virus, l’augmentation des achats en ligne. Nous vivons actuellement un point d’inflexion caractérisé par des marchés électroniques qui ont du mal à suivre l’augmentation soudaine des commandes des clients. Bien qu’il s’agisse d’un pic à court terme, nous pensons qu’il aura des conséquences à long terme sur les habitudes des utilisateurs. Les attentes avant l’épidémie de COVID-19 indiquaient déjà une croissance régulière des achats en ligne en pourcentage des ventes au détail mondiales (de 14% en 2019 à 22% en 2023), grâce en partie aux transactions via smartphones.

La coordination des actions des banques centrales et des gouvernements est un élément clé de la coopération internationale et de l’accélération de la transition vers les Central Bank Digital Currency (CBDC). Ces monnaies faciliteraient et accéléreraient le règlement des transactions financières transfrontalières. L’application des politiques monétaires serait également plus efficace. Par exemple, les espèces ne sont pas soumises à des taux négatifs, alors que les CBDC le seraient.

Catalyseurs

  • Des réponses ciblées et rapides des responsables de la politique monétaire et budgétaire pour faire face au choc de l’offre et de la demande permettront aux marchés de continuer à fonctionner correctement, préparant ainsi le terrain pour une reprise.
  • Un confinement rapide du virus pour ralentir la propagation et donner aux scientifiques le temps de trouver un vaccin peut limiter les effets négatifs et accélérer le retour à la normale et à la confiance.
  • Une mondialisation plus intelligente: les entreprises comprendront les avantages de la diversification de leurs chaînes d’approvisionnement, de la délocalisation de la production, qui se traduira par des opérations plus robustes, des besoins de transport moindres et une diminution de la pollution.

Risques

  • Des réactions inefficaces et tardives entraîneraient une augmentation des tensions sur les marchés financiers, en particulier du côté du crédit, créant un effet boule de neige négatif sur l’économie réelle.
  • Les démocraties occidentales sont incapables d’agir de manière aussi décisive que certains pays asiatiques. Cela entraîne une explosion du nombre d’infections, prolongeant la période de perturbation économique et retardant un retour à la normale.
  • Démondialisation: la pression sur les institutions locales et mondiales poussera les populations à se replier sur elles-mêmes. Une augmentation des tensions entre les pays et les blocs régionaux est possible.