Quand l’économie a peur de la politique

Quand l’économie a peur de la politique

L'économie mondiale est sur les rails mais les différents risques politiques pourraient faire dérailler le train.

Alexandre Toussaint, organisateur de la conférence

La 4e conférence organisée par AppleTree Asset Management s’est déroulée hier à Genève. Selon la formule maintenant bien rodée, plusieurs experts se sont exprimés sur différents sujets financiers tout au long de la matinée. La qualité des intervenants ainsi que – il faut tout de même le souligner – les confortables fauteuils de l’auditorium de la FER, font qu’assister à cet événement est un plaisir toujours renouvelé.

Nous retiendrons de cette édition les 2 présentations macroéconomiques. La première principalement sur l’Europe, par Laurent Denize, co-Chief Investment Officer chez Oddo BHF Asset Management. La seconde sur l’économie américaine, par Diane Sobin, Head of US Equities, EMEA chez Columbia Threadneedle.

 

Europe – Dans quelle mesure les événements politiques pourraient-ils faire dérailler l’outlook macro ?

Globalement, la croissance est homogène à travers les différentes régions du monde, mais partout plus basse qu’attendue. On pourra qualifier cette situation de new normal : une croissance globale faible mais homogène et stable. Il s’agit du scénario macroéconomique privilégié.

La croissance américaine, moteur de la planète financière, n’a pas été aussi forte qu’attendu et la Chine, autre moteur de la croissance mondiale, est entrée en phase inflationniste et sa croissance devrait atteindre 6.5% cette année.

Néanmoins, le véritable risque pour ces 2 pays viendrait plutôt du côté politique, le président Trump et ses déclarations tonitruantes pouvant à tout moment provoquer des tensions sur la scène internationale.

La Zone Euro, bien que sortie de récession, connait elle aussi une croissance faible, légèrement supérieure à 1%. De ce fait, la BCE n’a aucune raison de modifier sa politique tant que l’inflation n’accélère pas.

L’Europe devra par contre faire face à une série de risques spécifiques tel le Brexit et les élections prévues en 2017 dans plusieurs pays.

UK – Les Anglais n’ont vu pour l’instant que les bénéfices de la dépréciation de la livre mais si l’inflation devait s’accélérer la BoE serait obligée de remonter ses taux, ce qui mettra un frein à la croissance. Le moral des Anglais pourrait encore souffrir dans le cadre des négociations avec l’UE qui ne semble aucunement disposée à laisser de côté un passif de l’ordre de 50 milliards de livres que le pays doit encore verser au budget de l’UE.

France – le pays représente le plus grand risque pour l’UE. Malgré une hausse des crédits accordés par les banques et une reprise du secteur de la construction, la confiance n’est pas au beau fixe. Pour cause, un marché de l’emploi toujours en berne et un déficit loin de se réduire. A l’approche d’élections présidentielles (23 avril / 7 mai), mais également législatives (11 juin / 18 juin), le peuple pourrait exprimer son mécontentement par les urnes.

Les derniers pronostics donnent Marine Le Pen au second tour, probablement avec Emmanuel Macron, François Fillon étant passablement empêtré dans le « Pénélope Gate ». Ensuite, les électeurs – des êtres doués de bon sens, parait-il – devraient préférer Macron qui deviendra ainsi le prochain président. Sauf que le taux de participation est en baisse, sauf du côté des extrêmes, ce qui pourrait amener une surprise de taille au soir du 7 mai.

Dès lors, quid si Mme Le Pen arrive à la tête du pays ? Elle aurait peu de chance de concrétiser une sortie de l’UE mais cette situation conduira assurément à une détérioration des relations avec l’Allemagne et le reste de l’UE, ce qui aura un effet négatif à court terme sur les marchés financiers.

Allemagne – Angela Merkel sera probablement réélue mais même dans le cas contraire, tous les candidats sont pro-européens.

Espagne – la croissance retrouvée a eu un effet positif sur la population qui se détourne des partis extrêmes et reste fondamentalement pro-Europe.

Italie – le risque d’une coalition anti-UE existe clairement.

 

Comment faire face à ces incertitudes ?

Aux niveaux de valorisation actuels (tous les PE sont supérieurs à leur moyenne de 12 mois), une augmentation de la volatilité ne serait pas souhaitable. De bonnes surprises peuvent néanmoins apparaitre concernant la croissance européenne. Dès lors, les secteurs à favoriser sont la technologie (cher mais peut encore monter), l’automobile (actuellement victime du “dieselgate”), la santé (bon marché et bonne visibilité) et finalement les banques (se tenir prêt à y aller, surtout ne pas être short).

Côté obligataire, le vrai risque est aujourd’hui au niveau des emprunts gouvernementaux, beaucoup moins sur le crédit corporate vu le peu de levier au niveau des bilans des entreprises et le fait que les banques sont redevenues prêteuses. Le high yield reste le segment le plus intéressant.

 

Etats-Unis – Qui bénéficie des Trumponomics ?

Les dépenses d’infrastructure annoncées pour 1 trillion de dollars seront très bienvenues après des années de sous-investissement afin de moderniser aéroports, routes, etc.  La réforme fiscale sera positive tant pour les entreprises que pour les particuliers. Et la plupart des secteurs bénéficieront de la politique annoncée de dérégulation.

Il est clair que ces mesures combinées seront positives en termes de croissance. Néanmoins il semble peu probable que tout ceci n’ait aucun impact sur le niveau des taux.

Du côté plus sombre des annonces du nouveau président, on trouve la remise en cause des traités commerciaux (NAFTA, Chine), la politique migratoire (mais est-elle seulement applicable ?) ou encore la tentative échouée de réforme du système de santé (probablement rapidement abandonnée).

N’oublions pas que les réformes annoncées ne font pas l’unanimité dans le camp politique du président et que les élections de mi-mandat pourraient redistribuer les cartes et y mettre un terme en cas de changement de majorité parlementaire. Ici aussi, le risque politique est donc important.

Au niveau des marchés américains, on a assisté à un retour à la normale après l’euphorie post-élections et la reprise cyclique devrait se poursuivre. D’autant plus que de nombreux indicateurs sont dans le vert, avec la confiance des dirigeants d’entreprises (grandes et petites) qui est en hausse et l’inflation core qui se trouve à 2.5%.

Le marché des actions est à un niveau de fair value. Les petites capitalisations sont probablement plus attractives du fait que leurs bénéfices sont majoritairement domestiques. Certains secteurs comme l’industrie, la consommation courante ou les utilities sont cependant devenus trop chers. Les opportunités sont à rechercher dans les financières (banques régionales), l’énergie (gaz et pétrole de schiste), la biotechnologie (cibles pour acquisitions), la technologie (internet, cloud, sécurité, voitures du futur) et bien entendu du côté des sociétés qui bénéficieront du programme de dépenses d’infrastructure.

Les plus grands risques pouvant peser sur la croissance américaine sont en premier lieu l’instauration de mesures protectionnistes, ensuite une accélération de l’inflation et un renforcement du dollar, et dans une moindre mesure des potentielles restrictions à l’immigration.

 

Les investisseurs auront donc tout intérêt à suivre les évolutions politiques des deux côtés de l’Atlantique au cours des prochains mois et à en tenir compte dans la construction de leurs portefeuilles.

 

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