Abécédaire financier 2018 – de K à P

Abécédaire financier 2018 – de K à P

La fin de l’année approchant…enfin…et que franchement il n’y a plus grand-chose à dire, j’ai pris l’option d’aller m’enterrer dans un lieu reculé tenu secret.

L’Audio de K à P

K comme Kim Un Dos Tres

Je sais que vous l’avez tous oublié. Vous l’avez tous oublié parce que si vous me lisez en ce mercredi matin c’est que vous avez un semblant d’intérêt pour la finance. Et si vous avez un intérêt pour la finance, vous avez forcément une mémoire de poisson rouge.

Ceci étant dit, vous avez certainement oublié que durant cette première partie d’année 2018, nous avons frôlé l’apocalypse nucléaire. Pendant un moment on a bien cru que Kim Jong Un allait se faire plaisir en rasant la Californie à coup de missiles. Finalement, les Californiens s’en sont chargés eux-mêmes.

CNBC avait même fait les calculs pour savoir combien de temps il faudrait à une de ses fusées pour atteindre Los Angeles, San Francisco, Chicago ou Washington.

Bon, Washington c’était moins grave parce que raser du même coup, le Congrès, la Cours Suprême, la Maison Blanche, le FBI et John Bolton, c’était plutôt une bonne idée.

Si c’était arrivé

Ceci dit, on a flippé pendant un moment en se disant que «cette fois c’est sûr on allait avoir la troisième guerre mondiale» – ça aurait bien sûr simplifié le problème de la surpopulation et du réchauffement climatique. Mais on avait quand même mieux à faire en 2018 que de se la jouer Mad Max à traverser la Suisse dévastée par l’hiver nucléaire au volant d’une Prius Hybride.

Ça aurait quand même été horrible. La Prius Hybride, pas l’hiver nucléaire.

Mais, alors que l’on pensait que la fin était proche et que l’on faisait la liste des choses qui ne nous manqueraient PAS quand nous serons dans l’abri anti-atomique. Moi j’avais noté Christian Lüscher, l’émission Infrarouge – ce qui revient au même puisque Christian Lüscher est dans TOUTES LES EMISSIONS Infrarouge.

Mais il y avait aussi: l’UDC, le PLR, les vaches sans cornes, les mecs qui laissent des commentaires à la fin des articles du 20 minutes, la Police Municipale de Plan-les-Ouates, celle de Genève, toutes les Polices Municipales, les radars fixes, les radars mobiles, Cyril Hanouna et tout ce qui s’y rapproche, la télé-réalité, Cyril Hanouna, Michel Drucker – tout en sachant que LUI survivra à l’hiver nucléaire, il est immortel, parce qu’il aime le vélo et les chiens.

Mais encore

Et puis dans les choses qui ne me manqueront pas, il y avait aussi le concours Eurovision de la chanson, le Football, le Football quand c’est la France qui gagne, les voitures électriques, les gens qui roulent en voitures électriques et qui pensent que ça ne pollue pas, les voitures électriques quand il n’y a pas de chargeur à moins de 200 kilomètres et qu’il n’y a plus de batterie. Les votations en Suisse.

Mais surtout, surtout, le concept de la mobilité à Genève et les mecs qui mettent QDB à la fin de chaque phrase.

Et tout à coup, Trump est arrivé. Il est descendu de son grand cheval blanc avec des lignes bleues sur les flancs – Air Force One – il a remis ses cheveux oranges en place et il a marché sur Singapour, il a serré la main de Kim, ils ont parlé Cross Fit, Ultra-Running et macro-diététique, ils sont devenus amis. Et depuis plus personne ne parle d’Apocalypse.

Alors, vous aviez oublié, non ????

L comme Le CEO le plus visionnaire et le plus cinglé de l’année

Mon nom est Musk, Elon Musk.

J’étais un «geek», j’avais des grosses lunettes comme Bill Gates quand il était petit moche et pauvre. Surtout pauvre. Je n’avais pas de cheveux, mais après avoir fait un deal avec Bayer/Monsanto, ils ont commencé à repousser et depuis je sors avec des mannequins qui se faisaient tabasser par Johnny Depp avant.

Entre deux, j’ai inventé PayPal, je suis devenu milliardaire, puis j’ai inventé les voitures électriques, les lance-flammes bon marché – et depuis il n’y a jamais eu autant d’incendies en Californie – j’ai racheté ma propre entreprise solaire pour en faire une révolution. J’ai inspiré les scénaristes à Hollywood quand on veut un «milliardaire fou».

Mars et Bumblebee

Après j’ai voulu aller sur Mars, j’ai commencé à développer mes propres fusées et j’ai même vendu des tickets à des mecs blindés de thunes qui veulent aller voir si derrière la lune il n’y a pas des bases de Transformers comme ils ont montré à la télévision.

Cette année, comme on ne parlait pas trop de moi, j’ai fait du bruit en laissant entendre que j’allais niquer tous les shorts sur Tesla en rachetant ma propre société avec l’aide des fonds souverains.

Ensuite je me suis fait coller par la SEC parce qu’il paraît que c’est mal de faire des commentaires pour faire bouger une action, surtout si on n’a pas les moyens de ce qu’on raconte. Ils m’ont mis une amende qui était risible. C’est ce que je claque en trois heures au salon du yachting.

Après j’ai donné une interview à la télé dans laquelle je fume du shit et je bois du whisky, mais c’était juste pour avoir l’air cool, parce qu’après la télé je m’en suis pris à la SEC en disant (en gros) que c’est tous des cons. Mais à la fin on s’en fout parce que j’ai tellement de fric que les amendes à payer, c’est presque un plaisir.

American CEO

Je suis l’incarnation du rêve américain, je suis un visionnaire et en plus Tesla a commencé à gagner du pognon pour la première fois. Reste plus qu’à sortir un pick-up électrique, un hyperloop et une bombe nucléaire pour remplacer mes lance-flammes, la Californie n’a pas assez brûlé cette année. On peut mieux faire en 2019.

Je suis Elon Musk et je vous emmerde.

M comme Montées de extrêmes

Un matin de juin 1944, il y a des soldats américains qui ne savaient même pas que la France existait encore 15 jours avant, qui ont débarqué sur une plage de Normandie pour repousser un cinglé à moustache.

On aurait pu croire que la leçon avait été comprise. Mais quand on voit ce qui se passe en Europe ces derniers temps, malheureusement, je crois que ce n’est pas fini.

Durant cette année 2018, nous avons assisté au retour de l’extrême droite ET de l’extrême gauche en Italie – parce qu’on est aussi con d’un côté que de l’autre – l’arrivée de l’extrême droite en Espagne, l’UDC qui ne peut pas s’empêcher de voter une connerie toutes les trois semaines, en France on veut virer Macron avec la famille Le Pen comme seule alternative, sans compter qu’en Allemagne aussi ça monte, pendant que la gauche modérée de Merkel s’effondre.

Heil Sebastian

Sans compter qu’en Autriche, ils ont Sebastian Kurz.

Sebastian Kurz, vous lui collez une moustache et vous lui changez l’orientation de sa coupe de cheveux, je suis certain qu’il pourrait écrire la suite de «mein Kampf». Alors moi je ne suis pas historien et encore moins futurologue. Mais quand je vois ce que je vois je me dis qu’on n’est pas dans la merde niveau extrême.

Sans compter que mis à part l’extrême de certains partis locaux standards que nous avons en Europe, nous avons aussi un wagon de cintrés de classe mondiale qui ont réussi à se faire élire dans certaines villes d’Europe, ce qui promet donc une bonne ambiance dans les années à venir.

L’autre jour je suis tombé sur un bon Belge islamiste converti qui voudrait que l’on rende le voile obligatoire pour les femmes, sans compter que la charia et la lapidation devraient également être introduits. Personnellement je pense qu’il y a d’autres trucs à introduire chez ce Monsieur avant la charia.

Tout ça pour vous dire qu’entre ceux qui veulent rejeter à la mer tout ce qui n’est pas blond aux yeux bleus et ceux qui veulent réduire les femmes à des objets, tout en mettant en place des lois qui datent de l’époque où la torture était un art de vivre, on n’a pas fini de rigoler.

N comme No BREXIT

JE VOUS LE PROMETS.

Après ça, plus jamais je ne parle de ce putain de BREXIT à la con. Ça fait des mois, que dis-je des années que l’on parle des négociations de ce truc. C’est un peu comme un divorce, t’as plus envie de vivre avec l’autre, mais il faut quand même engager un type qui n’a pour but que d’encaisser un maximum de pognon au passage, pour arriver quand même à aller vivre ailleurs en te faisant quand même payer cher pour avoir juste envie de faire autrement.

Le BREXIT c’est pareil, une majorité d’Anglais ont décidé qu’ils ne voulaient plus rester avec l’Europe – et pour être franc, quand tu vois la gueule de l’Europe en ce moment, ça paraît quand même vachement plus sympa de passer la nuit la nuit avec quelqu’un qui regroupe une quinzaine de maladies sexuellement transmissible que de rester dans l’Europe – toujours est-il que depuis que la démocratie est démocratie, même si la majorité l’emporte, il y a toujours la minorité silencieuse qui décide de ne plus l’être – silencieuse …

STOP BREXIT

Bref depuis des mois, l’Anglais moyen ne veut plus du BREXIT, le politicien moyen ne veut plus rien avoir à faire avec le BREXIT. On dirait que la seule qui veut encore c’est Theresa May. Theresa May qui passe son temps avec les Européens qui passent leur temps à ne pas être d’accord avec elle…

Tout ça pour que quand on arrive à une (presque) décision, on se retrouve en plein doute sur la frontière Irlandaise. Encore une fois on n’est pas d’accord sur quoi faire avec l’Irlande du Nord et du Sud. Ça rappelle furieusement quelque chose…

Toujours est-il qu’en cette fin d’année, si j’avais mis 100 frs à chaque fois que j’ai écrit que l’on attendait des news sur le BREXIT, je serai presque millionnaire et en fait il ne se passe toujours rien. On a failli voter il y a deux semaines et Theresa s’est encore une fois dégonflée.

En ce qui me concerne, c’est officiel, je me mets à l’hypnose et je me désintoxique de ce truc. En 2019 je n’en parlerai pas et on fera comme si l’Angleterre était déjà indépendante et rattachée aux USA. Ah oui, parce qu’aux dernières nouvelles, Trump s’en mêle – mais moi je m’en fous, je n’en parlerai plus.

Plus jamais.

O comme Ours

Fondamentalement, j’aime bien les ours. Ils ont une bonne bouille et ils ont l’air vraiment sympa. Le seul problème c’est que s’ils vous mettent un coup de patte, ils vous arrachent la tête quand même et ça, c’est un problème.

Alors oui, on dit qu’il ne suffit pas de courir plus vite que l’ours, mais courir plus vite que le mec qui est à côté suffit largement. Mais ça ne résout pas l’équation ; même s’ils ont l’air sympa, vaut mieux quand même les éviter.

Bear & Finance

C’est pareil dans le monde merveilleux de la finance. Globalement et esthétiquement l’ours reste quand même plus agréable à regarder que le taureau (ou le bull). Mais on préfère quand même quand ça monte que quand ça baisse. Cette symbolisation que Wall Street aime mettre en avant – le Bull pour les marchés qui montent et le Bear pour les marchés qui baisse – génère toujours plus d’intérêt quand on change de direction.

Autant vous dire que depuis 10 ans que ça monte, tout ceux qui croient en l’ours comme en une religion auront beaucoup souffert. Cette année, c’est le tour des Bulls. Autant vous dire que j’ai fait le malin jusqu’en septembre et depuis, c’est plus compliqué.

Hibernatus

La bonne nouvelle c’est que les ours hibernent et pas les bulls, ce qui laisse espérer que les trois prochains mois pourraient renverser un peu la tendance. Ceci dit, je viens de faire le point sur ces derniers jours de marché et j’ai bien l’impression que les plantigrades pourraient bien se passer de dormir cet hiver et si c’est le cas, ça va faire mal en fin d’année et en début d’année.

Mais quoi qu’il en soit, NOUS NE SOMMES PAS dans un Bear Market. En tous les cas, pas aux USA. Un Bear Market c’est une baisse de 20% depuis les plus hauts, ce qui est encore loin d’être le cas, il y a encore un peu de marge. Tant que les 2350 tiennent sur le S&P500, ça ne sera qu’une correction.

Durée moyenne

La durée moyenne d’un Bull Market est de 9.1 ans et la durée moyenne d’un Bear Market est de 1.4 an – reste donc à espérer : 1) qu’on n’aille pas jusque là et 2) si on y va, faudra serrer les fesses en 2019, mais ça ne va pas durer. C’est ce qui faut se dire.

Quand à ceux qui, comme Albert Edwards de la Société Générale qui invoquent l’arrivée d’un Bear Market qui nous emmènera 85% plus bas, il faut l’envoyer en vacances sur l’île de Kodiak, qu’il s’explique avec ses congénères, sachant que ça fait mille ans qu’il est faux.

P comme Powell et Politique

En février 2018 Jerome Powell est devenu le nouveau patron de la FED. Il a été nommé à ce poste par Donald Trump lui-même. Sachant que Donald Trump a la constance d’une classe de maternelle, il ne fallait pas s’attendre à autre chose que ce qui se passe depuis quelques mois.

Dès que Powell eut pris confiance en lui pour monter les taux, le marché a regardé ça d’un œil débonnaire en se disant que ce n’est pas un quart de point tous les deux mois qui allait changer quelque chose à la fabuleuse croissance induite par les nouvelles technologies.

Ça c’était la première fois qu’il a monté les taux.

La seconde aussi.

Et de trois

Par contre la troisième, quand il a mentionné le fait qu’il tentait de juguler l’inflation et qu’il n’avait pas encore fini son job, on a commencé à baliser. Certains disent même que l’enfer du mois d’octobre, c’est tout de sa faute. Le «certain» en question c’est surtout Trump.

Forcément, lui qui ne compte que sur la hausse des marchés pour valider son bilan, ne goûte que très peu le fait que les marchés lui donnent tort. Autant vous dire que si Trump devait rêver de réélection, ce n’est pas dans un Bear Market que ça se fera. Il a donc besoin d’une victime pour taper dedans…

La victime c’est Jerome Powell.

C’est tout de sa faute…

Si l’économie ne va pas, c’est la faute à Powell. Si on ne trouve pas d’accord avec les Chinois, c’est la faute à Powell. Si l’on n’a toujours pas trouvé de remède contre le cancer c’est la faute à Powell. Si les marchés baissent c’est la faute à Powell. Si les Républicains n’ont pas gagné les élections mid-terms, c’est la faute à Powell.

Le réchauffement climatique, la guerre en Afghanistan, les tremblements de terre, le dernier film de Kev Adams, le voyage de Maudet à Abu Dhabi, les Gilets Jaunes, Nabilla, l’accident de Michael Schumacher, Stormy Daniels, la vache folle, le Brexit, Brigitte Macron, le dernier livre de Bubba, la Police Municipale de Genève, François Hollande, Emmanuel Macron, le dernier album de David Guetta, la dépression nerveuse, les Bear Markets, les shorts, les chaussures CROCS, l’obésité, les huîtres pas fraîches, Antoine Griezman et la crève de l’hiver qui descend sur les bronches et qui fait qu’on tousse fort. Tout ça, c’est la faute à Powell.

On sait que le Président Américain n’a pas le pouvoir de donner des ordres au patron de la FED, selon la loi. Par contre, ce que la loi n’avait pas anticipé c’est les réseaux sociaux et Twitter en particulier. Twitter qui est l’arme de destruction massive d’oncle Donald.

Retournement de veste

Depuis plusieurs semaines, le Boss de la Maison Blanche allume Powell par «tweets» interposés, lui collant toutes les tares du monde sur les épaules. Tant et si bien que récemment Powell à presque commencé à tourner sa veste lors de son témoignage devant le Congrès.

Lui qui était archi-convaincu de sa hausse des taux en décembre 2018 et encore plein de fois en 2019 a commencé à être un peu plus timoré, tant et si bien que CE mercredi 19 décembre, tout le monde attend une surprise lors du discours de Powell qui pourrait – éventuellement peut-être changer son fusil d’épaule pour ne plus être le «méchant» de l’histoire, celui qui freine les marchés.

Si Powell tourne la veste, il ne sera plus le «méchant», mais Trump sera toujours l’idiot du village.

On se retrouve demain pour la suite…

Thomas Veillet
Investir.ch

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