La base du changement c’est de penser autrement.

Approche actuelle

Aujourd’hui nous avons schématiquement deux visions de l’ESG. Premièrement, l’exclusion qui élimine simplement certains secteurs économiques tels l’armement, le charbon ou les jeux. Deuxièmement, l’approche “best in class” qui considère tous les secteurs mais au sein de ceux-ci uniquement les sociétés affichant le meilleur score ESG sur base de la pondération de différents critères.

Prenons par exemple le dieselgate qui a touché VW. Du côté de l’exclusion, aucun changement à attendre. Si le secteur automobile n’était pas exclu dès le départ, le titre restera en portefeuille. Du côté du “best in class”, on pourrait a priori s’attendre à une dégradation du score et une sortie de la liste des meilleurs de la classe. Ceci a-t-il un véritable impact? Correction du cours boursier, grosse exposition médiatique, quelques actions en justice dont on finira par se désintéresser avec le temps. Probablement des (promesses de) changement au sein de la société. Et puis? Et puis rien… les affaires continuent, le cours boursier remonte, le logiciel mis en cause est remplacé tout comme l’un ou l’autre employé qui avait un rôle de fusible. Le mauvais souvenir est effacé et c’est business as usual jusqu’au prochain scandale. Entre temps, ceux qui auront acheté lors de la correction auront réalisé une belle performance.

Disruption

Envisageons maintenant une autre approche, beaucoup plus activiste et réellement axée sur le long terme. Un fonds qui aurait pour mandat, lorsqu’un scandale de ce type éclate, de prendre une participation significative dans la société concernée et de la changer de l’intérieur. Exactement l’opposé de ce qui se produit jusqu’à présent.

Pour commencer il faut un fonds, et de préférence un gros. Même très gros. Le problème, c’est que les investisseurs ne confieront pas leur argent à un gérant qui n’est pas orienté vers la performance boursière. En effet, annoncer qu’on prend une position de contrôle dans une société qui a de sérieux soucis dans le but d’en restructurer (ou liquider) les activités problématiques ne risque pas d’avoir un effet positif sur le cours boursier. Donc le fonds perdra de l’argent à court et moyen terme, voire plus longtemps en fonction de la complexité du cas. Et comme tout le monde le sait, quand la performance n’est pas bonne, l’investisseur est mécontent, et quand l’investisseur est mécontent, il s’en va. Avec son argent.

Comment dès lors mettre en place un tel fonds? Pourquoi pas au travers de dons. Aujourd’hui des personnes ou institutions sont prêtes à donner de sommes parfois considérables pour sauver des girafes, ou des arbres, ou une zone géographique. Ces gens n’attendent aucun rendement financier en retour. Peut-être seraient-ils prêts à financer un fonds duquel il ne faudrait rien attendre sur le plan financier à court ou moyen terme. La piste mériterait d’être explorée lorsqu’on sait que les Américains (individus et sociétés) ont fait des dons de plus de 400 milliards de dollars à des institutions diverses sur la seule année 2017. Qu’il y a également des donateurs généreux en Europe et en Asie et qu’il ne serait pas impensable que certains fonds souverains particulièrement sensibles à l’approche ESG financent également une telle stratégie dans une optique de très long terme. Par ailleurs, les campagnes activistes centrées sur des problématiques ESG commencent à gagner en importance, entre autres parce que le sujet intéresse particulièrement les millennials qui disposent dorénavant de ressources à investir.

Supposons donc qu’un tel fonds existe

Ses avoirs seraient investis de manière classique en appliquant des principes ESG et il délivrerait donc une performance corrélée aux marchés d’actions. Surviendrait le cas problématique d’une société à restructurer, le fonds réallouerait un partie de son capital afin de prendre part au contrôle de ladite société si la structure actionnariale le permet. Le gérant ferait son job et perdrait très probablement de l’argent. Les premières fois seulement, car après quelques menaces de prise de contrôle mises à exécution, la simple annonce de l’identification d’une cible amènera les dirigeants de la société visée à faire le nécessaire afin d’éviter de voir arriver les gestionnaires du fonds au sein de leur conseil d’administration. Par ailleurs, rien n’interdit que les sociétés restructurées ne redeviennent profitables et permettent finalement au fonds de réaliser de belles plus-values.

Evidemment un tel fonds ne disposera pas des ressources suffisantes pour pénétrer toutes les sociétés problématiques. Il devrait faire une sélection drastique de ses cibles. La logique serait donc de s’attaquer en priorité aux plus mauvais de la classe, ce qui devrait d’ailleurs avoir comme conséquence de faire remonter le niveau de tout le secteur, aucune société ne désirant être la lanterne rouge et attirer l’attention d’un actionnaire aussi peu sympathique.

Comme je l’écrivais dans un autre article, capitalisme et ESG sont parfaitement compatibles. Et d’autant plus efficacement si l’on s’en donne réellement les moyens, en commençant par réfléchir à de nouvelles pistes à explorer.