Le problème vient du fait que les géants de la technologie brillent par “leur incapacité de protéger le public, et par leur manque de conscience sociale lorsqu’ils diffusent et propagent des contenus offensants ou répréhensibles".

L’éthique et la dimension sociale – ou sociétale – fait, depuis longtemps, partie des critères d’investissement des grandes fondations anglo-saxonnes ou “endowments” et de certains fonds souverains. A la fin du siècle passé, les activistes nord-américains et les Hedge-Funds ont stigmatisé les grandes entreprises cotées pétrolières, productrices de tabac, vendeuses d’armes, voire pharmaceutiques. Le fait de mener des activités “contraires à la morale” et au bien commun a progressivement écarté certains de ces groupes de l’univers de placement de grandes institutions financières.

La gouvernance, elle, s’est graduellement imposée à partir des années 2000. Le moteur a plutôt été la sophistication grandissante des processus d’investissement des grands fonds de pension qui ont adopté de nouvelles méthodes quantitatives pour évaluer et surveiller les risques de leurs portefeuilles. Des facteurs comme la transparence, la sincérité des états financiers, la politique de communication, le respect des normes prudentielles, sont devenus habituels. Ce n’est qu’au milieu de la décennie passée, que la défense de l’environnement s’est pour la première fois invitée dans le concert des critères de choix des investissements. L’opinion publique retiendra notamment la campagne médiatique extraordinaire menée par Al Gore (An inconvenient Truth) pour dénoncer le dérèglement climatique et pousser le monde financier à prendre des mesures concrètes. Le fameux acronyme ESG semble d’ailleurs avoir été inventé et s’être propagé à partir de cette période de 2005.

Encore floue, la norme ESG prend néanmoins de plus en plus d’importance pour les marchés financiers. Il semblerait bien qu’un des premiers déclencheurs ait été politique et Nord-américain! En effet, la création de nombre de nouveaux fonds et ETF répondant aux critères ESG, coïncide avec la grande déréglementation voulue par Trump. Cette année débute notamment la refonte de la loi nationale sur… la politique environnementale. L’idée est de faciliter les plans d’infrastructures des organismes des Etats fédéraux, en dépit de considérations liées au changement climatique…

Le “Dieselgate” et les scandales liés aux tricheries des constructeurs automobiles a aussi favorisé la crédibilité croissante des critères ESG pour un public de plus en plus large. Tout dernièrement, les banques centrales se sont également ralliées au concept. Leur participation marque une étape importante. Non seulement elles vont joindre l’acte à la parole en respectant ces normes pour la gestion de leurs portefeuilles. Mais ce sont par définition des entités publiques, chargées de définir certaines futures règles d’investissement et autres réglementations financières… Pour l’anecdote, la Banque nationale suisse a été harcelée le mois dernier par quelques parlementaires suisses pour avoir investi dans des sociétés productrices de combustibles fossiles.

Bien que moins polluante a priori que certains groupes de l’industrie lourde, “Big Tech” n’est pas à l’abri. Là, c’est un fait divers tragique qui a bouleversé la donne. Consécutivement au tragique massacre de Christchurch, le fonds souverain néo-zélandais (NZ super Fund), qui gère plus de 40 milliards de dollars, a syndiqué des dizaines d’institutions financières internationales en 2019. L’idée est de contrer, voire boycotter, les grands médias sociaux. Le problème vient du fait que Alphabet, Twitter et autres Facebook brillent par “leur incapacité de protéger le public, et par leur manque de conscience sociale lorsqu’ils diffusent et propagent des contenus offensants ou répréhensibles”.

Fin septembre passé, le nombre des entreprises qui ont suivi le fonds souverain néo-zélandais, se montait à 89, avec des avoirs sous gestion de 13 tn de dollars! Le NZ Super Fund se comporte en pionnier et a officiellement adopté la charte de l’ONU et ses critères d’investissement responsable. Il est le premier fonds souverain à avoir obtenu en 2018 la certification RIAA (Responsible Investment Association Australasia).

 

Processus d’investissement et de sélection d’actifs du NZ super Fund

Chose intéressante, les employés de certains “Major” de la techno se mobilisent aussi. Ils remettent en question leur employeur au nom de grands principes (cf. les manifestations du personnel d’Amazon, ou du personnel de Apple lors de la suppression d’une application utilisée par les étudiants de Hong-Kong, etc.).

L’absence d’une norme ESG, unique, procure un certain répit aux acteurs financiers. Mais un nombre croissant d’investisseurs en tiendront compte à moyen terme. N’en déplaise à M. Zuckerberg, les géants technologiques devront cesser de mépriser cette norme et s’y conformer.

 

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