Forcément, ce type de journée devait finir par se produire. Logiquement, on se dit toujours qu’après une période de baisse méga-violente, il y a toujours un rebond méga-violent qui suit. On n’aime pas trop en parler quand ça baisse, parce qu’on ne sait pas trop où ça s’arrête, mais par contre quand ça redémarre, ça frise l’emballement et en général, plus ça a été stupide et violent à la baisse, plus ça sera stupide et violent à la hausse. Hier matin je parlais du fait que le marché et les intervenants avait plus ou moins cessés de réfléchir et que la seule chose qu’on savait faire, c’était réagir. Et réagir violemment, sans réfléchir plus de 12 secondes. C’est encore ce qui s’est passé hier.

L’Audio du 25 mars 2020

 

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Bullish forever, mais quand même

Détrompez-vous, mon premier blog, mes premières chroniques boursières ont été écrite sous le nom de « Morningbull », ce qui tend à dire que je suis et que je reste fondamentalement bullish et que JAMAIS je ne me sentirai à l’aise dans un marché qui baisse. Alors je ne minimise pas le rebond d’hier, je me pose simplement des questions sur le bon sens dont nous faisons preuve – dont le marché fait preuve. Avant d’aller dans les raisons du rebond, je voudrais juste donner quelques chiffres, histoire de bien mettre l’église au milieu du village, juste à côté de la mosquée et de la synagogue.

Hier l’Allemagne a repris 11%. La France et l’Italie, près de 9%, l’Espagne 8% et la Suisse 7%. En fin de journée, les USA ont vécu leur plus FORTE JOURNÉE de hausse depuis 1933 – comme quoi, en ce moment on fait tout comme dans les années 30, reste plus qu’à interdire l’alcool pendant le confinement et on y est vraiment. Au-delà de ça, le Dow Jones a explosé de 11.37%, le S&P500 prenait 9% et le Nasdaq grimpait de 8% (seulement). Mais à l’intérieur de tout cela, il faudra aussi retenir que sur les 500 titres du S&P500, il y en a 62 qui sont montés de plus de 20%, on citera Norwegian Cruise et American Airlines qui reprenaient respectivement 42% et 35%. Oui, parce que soudainement on s’est  dit qu’en fait peut-être les compagnies aériennes n’allaient pas TOUTES disparaître et qu’un jour on reprendrait l’avion – tout comme on repartira en croisière un jour – quoique sur ce point c’est moins sûr quand même, pas certain que la première chose que je fasse en sortant de confinement c’est d’aller me confiner sur un bateau avec 4’000 autres personnes, mais là n’est pas le sujet.

En plus de ces performances complètement ahurissantes aux USA, ce n’était pas mieux en Europe, on avait des assurances qui gagnaient 20% en série, les fabricants de voitures qui s’étaient fait démonter depuis des semaines ont soudainement décollé comme si le remède au Coronavirus était simplement de rouler en direction de la mer. Daimler terminait en hausse de 25%, de quoi se donner envie d’aller commander une classe C AMG pour après le confinement, sauf que le garage est confiné aussi. Et puis Volkswagen a repris 16%, tout comme Porsche, alors que BM se traînait avec un gain de 13% seulement. Bref, vous l’aurez compris, hier c’était les soldes et reste plus qu’à voir si cela peut durer. Ce matin les futures sont en baisse de 2% et fondamentalement, rien n’a changé. Alors ? « Dead cat bounce » ? ou vrai début de quelque chose ?

Quand on n’a rien à manger on ne fait pas la fine bouche

Mais la vraie question que l’on peut se poser c’est . « mais pourquoi on est remonté comme ça ? Que s’est-il passé ? On a le droit de ressortir faire des barbecues au bord du lac et s’embrasser sur la bouche ??? Que nenni ! Le confinement est toujours tant et plus d’actualité, il se renforce même dans tous les coins et rien ne semble gagné. Tout le monde se bagarre avec la Chloroquine et il y a bien trop de théories du complot là derrière pour que je me lance dans le débat. Mais pour le reste, il y a toujours autant de morts et les contaminations ne s’arrêtent pas, sauf en en Italie où, pour la première fois, le nombre de personnes contaminées diminue depuis trois jours. C’est peu, mais c’est le premier signe concret comme quoi si le confinement est respecté, après deux-trois semaines, les choses s’améliorent. S’améliorent légèrement, il n’y a pas non plus de quoi aller se baigner tout nu dans les fontaines de Rome juste pour fêter ça. C’est le début de quelque chose et peut-être l’allume-feu pour le rebond d’hier.

Mais pour être franc, LE TRUC qui a fait exploser le marché c’est le fait que les Républicains ET les Démocrates ont déclaré qu’ils étaient à « deux-doigts » de signer un plan de soutien économique de 2000 milliards. La veille ils était à « cinq doigts », mais là ça allait mieux et les deux partis semblent se tenir la main pour avancer et tenter de maintenir l’économie à flot pour après le Coronavirus. L’autre nouvelle qui a été perçue comme « bonne » – ce qui peut nous faire nous poser des questions sur notre état mental d’investisseur, c’est Trump qui s’est à nouveau lâché et qui a laissé entendre qu’il pourrait « rouvrir les USA », le 12 avril. Ce qui semble bien trop tôt pour espérer que le semi-confinement dans lequel se trouve les USA, ait porté ses fruits. Les spécialistes estimant que la prochaine explosion des cas de Coronavirus se ferait là-bas. Mais bon, hier nous n’étions pas dans un mode « réfléchissons avant d’agir », mais dans un mode « youpie on va s’en sortir » et c’était comme demander à un Labrador d’attendre 5 minutes avant de manger ; virtuellement impossible d’attendre, il fallait tout acheter, très vite et n’importe comment. La peur de rater le train sans doute.

Euphorie durable ?

Ce matin l’Asie semble cautionner ce qui s’est passé en Occident – ou alors c’est juste pour faire comme les autres – mais ceci dit, le Japon prend plus de 6%, Hong Kong est en hausse de 2.8% et la Chine s’en fout, comme d’habitude et vit sa propre vie en montant de 1.5% -seulement – amateurs ! Par contre on notera que l’Inde est toujours en dépression profonde et ne parvient pas à garder le rythme avec le reste du monde, puisque l’indice local et encore en baisse de 1.5% après la correction massive d’il y a 3 jours, peut-être que le fait qu’un 1.3 milliard d’habitants et de vaches sacrées aient été confinés, fait que ça ne les motive plus.

Par contre, même si tout est remonté hier, même le pétrole, il y a une classe d’actifs qui revenait souvent dans les commentaires, c’est l’or. Il y a encore une semaine plus personne n’en voulait à 1490$ et en l’espace de quelques jours et tout spécialement depuis que la FED a annoncé l’impression illimitée de dollars pour soutenir l’économie et pour faire exploser l’inflation, l’or s’est envolé. Depuis lundi, le métal jaune est en hausse de 10% – ce qui est ridicule par rapport à la hausse de Norwegian Cruise la nuit dernière, mais pour l’or c’est pas mal. Il faut dire qu’en plus de « valeur refuge », l’or a également une autre fonction ; celle de protection contre l’inflation. Et qui dit injections massives de la FED + plan de soutien du gouvernement + « helicopter money » = inflation = j’achète de l’or. CQFD. C’est assez facile la bourse finalement. Il faut juste être capable de penser à plusieurs choses à la fois, c’est ça le plus compliqué. Au passage, on notera tout de même que Goldman Sachs, l’éternel Goldman Sachs a recommandé à ses clients d’acheter de l’or hier.

Les nouvelles du jour

En ce qui concerne les nouvelles du jour, au début de cette chronique je vous ai dit que les Républicains et les Démocrates étaient à « deux doigts » de trouver un accord pour le plan des 2’000 milliards – ils viennent juste d’annonce qu’ils se sont mis d’accord à l’instant, alors comme que je ne vais pas réécrire tout début de la chronique, on va faire comme si c’était du LIVE.

Le package comprend des dépôts directs pour tous les Américains, 367 milliards de dollars pour les prêts aux petites entreprises et un programme sans précédent qui allouera 500 milliards de dollars au Département du Trésor. Une partie de cet argent servira à garantir un programme de prêts de la Réserve fédérale aux petites et moyennes entreprises.

Larry Kudlow, le conseiller économique de la Maison Blanche, a déclaré que les fonds pourraient même être « leveragés» pour 4 000 milliards de dollars de prêts via la Fed. En gros on va larguer des milliards par avion au-dessus des States et utiliser ces milliards pour fabriquer des milliards. Ça a l’air tellement facile. Et dire que nous on se contente de travailler pour gagner de l’argent, on n’a vraiment rien compris.

La plupart des adultes recevrons 1’200 $, tandis que même les enfants vont avoir des chèques de 500 $. 150 milliards seront alloués aux hôpitaux. Ça fait beaucoup de dollars, reste plus qu’à pouvoir sortir pour pouvoir les dépenser. En tous les cas, en attendant les futures sont passés de -2% à presque inchangés – il faut tout de même reconnaître que l’on a quand même bien anticipé la chose hier.

Pour le reste

Pour le reste, la grande question que l’on est en droit de se poser, c’est de savoir si ces dernières 48 heures auront marqué le « bottom » du marché – autrement dit ; est-ce que nous avons vu le pire ? Question impossible à répondre, puisque selon les experts et je suis assez d’accord avec eux (pour une fois), il faudra d’abord avoir des signes clairs comme quoi le Coronavirus est en train de disparaître, de perdre la bataille. Pour le moment tout cela reste très fragile, la Chine continue d’avoir de nouveau cas, de nouvelles résurgences et il serait stupide de dire que ça ne crée aucun stress. L’Italie semble aller un peu mieux, mais on n’ose pas encore y croire. Et pour le reste, ce n’est pas encore gagné.

La France n’a pas encore vu le pire et la Suisse non plus. L’Allemagne semble bien gérer la chose, mais le gros souci, c’est les USA. Si l’épicentre de l’épidémie devait se déplacer là-bas et que le confinement venait à sauter trop tôt, les conséquences pourraient être encore bien plus compliquées. On espère que les déclarations de Trump d’hier ne sont que des paroles en l’air – comme il en a l’habitude, sinon ça pourrait repartir de plus belle. Bref, tout ça pour dire que sans signes clairs que l’épidémie est derrière nous un peu partout dans le monde, sans signes clairs que l’on va reprendre une vie normale avant l’été, on ne pourra pas forcément dire que le « bottom » a été fait le 24 mars 2020 – mais bon, vu que ce marché a le QI d’une asperge en ce moment, tout peut arriver, même reprendre encore 20% en trois séances. On a fait des trucs bien pire en se faisant passer pour un marché de professionnels.

Il y a des chiffres économiques en masse, mais tout le monde s’en fout encore actuellement. À noter tout de même que demain il y aura les nouvelles demandes d’allocations chômage aux USA et le chiffre pourrait être tout bonnement stratosphérique. En attendant, les futures viennent de passer en terrain positif, il est donc mieux que j’arrête pour aujourd’hui, avant que ce que j’ai écrit entre 4 heures et 7 heures du matin ne veulent plus rien dire.

On se voit demain pour les prochains 10%, reste à savoir dans quel sens.

Thomas Veillet

Investir.ch

 

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