Si on parlait d’un match de foot ou de rugby, on dirait que le marché est PHÉNOMÉNAL, sauf qu’il y a quand même un truc qui ne sent pas bon. Autant je pensais qu’il valait mieux fermer la bourse durant la descente, autant je reste convaincu que ce genre de rebond restent complètement stupides. Mais c’est visiblement le prix à payer lorsqu’on laisse fonctionner un système alors que le reste du monde est à l’arrêt. On ne va pas polémiquer sur le pourquoi du comment et ce qui poussent les Etat à tout laisser ouvert au risque de vivre des journées d’une stupidité sans borne, mais on va se contenter de résumer ce qui s’est passé hier.
L’Audio du 7 avril 2020
On s’autorise à penser que la pandémie à New York aurait atteint son pic
On va donc essayer de rester simple et rationnel pour parler de ce qui s’est passé. Autant dire que rester simple et rationnel lorsque que les trois indices principaux américains reprennent plus de 7% et que le reste du monde (entre autre l’Europe) reprennent plu ou moins 5% en se basant simplement sur le fait que l’on « pense » que le plateau épidémique est atteint à New York, c’est un peu comme écouter la porte-parole du Gouvernement français et penser qu’elle ne va pas dire de connerie.
La semaine dernière lors de sa dernière baisse significative, le marché avait baissé de près de 5% parce que Trump avait dit que le bilan des morts aux USA pourrait être quelque part entre 100’000 et 240’000 – deux chiffres qu’il avait tirés au hasard dans une application sur iPhone – et puis hier on reprend 7% parce que selon les derniers chiffres, New York aurait vu le pire. C’est formidable. On s’est rué dans le marché sur des données conditionnelles et des chiffres hypothétiques et ça, ça vaut 7% de rebond. Et puis sans vouloir jouer le corbeau, je veux bien admettre que New York a vu le pire – bien qu’en voyant les images de ce qui s’est passé dans Central Park ce week-end, pas besoin d’être épidémiologiste pour se dire que j’attendrais quand même bien 15 jours avant de faire « cocorico » et de chanter « on est les champions – on est les champions » à tue-tête un peu partout.

Les Italiens, ça fait trois semaines qu’ils pensent avoir « vu le pire » et ça fait trois fois que ça repart de plus belle. Mais à New York : NON ! Un tir un goal et 7% de hausse sur le marché. Non, sérieusement je crois qu’on a encore de la fièvre à Wall Street et qu’on a tendance à s’emballer un peu vite. J’espère que j’ai tort, mais j’ai vraiment le sentiment que l’on est en train de perdre les pédales. Sans compter qu’admettons que New York a vu le pire ; ça se passe comment à Miami, Détroit, Los Angles, La Nouvelle Orléans ? et toutes les autres villes du pays ?
Bon, on ne va pas polémiquer et on va prendre ce qu’on nous donne, mais 7% de rebond pour une nouvelle qui est plein de conditionnel et qui est un tout petit peu tirée par les cheveux quand même, vous avouerez que l’on peut quand même se demander si tout va bien dans nos têtes et dans nos algorithmes. Moi je dois vous avouer que le plus dur, dans mes chroniques boursières, c’est de trouver des titres qui tiennent la route sans me répéter bêtement en boucle. Enfin, ne vous méprenez pas, j’adore quand ça monte comme ça. Je préfère nettement ça à la version inverse, mais j’avoue que là, ça manque un peu de concret – je veux bien admettre que les marchés sont le reflet de l’anticipation de l’avenir économique, mais là j’ai quand même des doutes et la violence des mouvements me fait répéter encore et encore qu’on aurait tout même eu meilleur temps de tout fermer pendant un mois, de se poser les bonnes questions et revoir ça à la rentrée.
C’est fait c’est fait
Enfin, c’est fait, c’est fait ! On .. enfin, JE ne vais pas pinailler sur le fait que c’est monté trop vite et trop fort. C’est comme ça. J’espère juste que ce n’est pas le reflet de ce qui va se passer dans l’autre sens lors de la prochaine mauvaise nouvelle. Quoi qu’il en soit, pendant que Wall Street fêtait l’avènement d’une future économie prospère qui vise le plein emploi et qui ne se préoccupera que d’une seule chose : juguler l’inflation, le tout sans monter les taux. Mais il s’est quand même passé des trucs au-delà du fait de Boeing qui prenait 20% pour célébrer le fait que dans 3 semaines tout le monde va prendre des billets pour partir en vacances, en week-end et en voyage d’affaires – pour profiter des énormes opportunités qui se profilent à l’horizon.
Oui, pendant ce temps, Boris Johnson a été admis aux soins intensifs, mais seulement par mesure de sécurité – globalement ça va. Evidemment, quand on va aux soins intensifs, c’est que ça va et qu’on y va juste pour voir, au cas où… Pendant que Boris se faisait connecter des tubes et des électrodes partout, nous avons eu droit à Janet Yellen qui est sortie de son confinement ou de son EMS, je ne sais plus. Et Janet est venue nous faire une « Greenspan » – pour le moment elle ne sent pas trop le formol, mais si elle revient trop souvent, ça risque d’empirer. Néanmoins la Christine Lagarde américaine a déclaré que selon elle et ses calculs perso, le chômage pourrait monter à 13% et le PIB, chuter de 30%. Visiblement, elle n’est pas en possession des mêmes infos que James Bullard il y a 2 semaines, ou alors l’interprétation n’est pas la même.

Mais c’est pas tout
Et c’est pas terminé, parce qu’il faudra aussi noter que le fonds souverain Saoudien vient de prendre 8% de participation dans Carnival Cruise, partant du principe que lorsque l’on sortira de confinement, la première chose que l’on aura envie de faire s’est d’aller s’entasser sur un paquebot avec 4’000 autres passagers, passer 2/3 de ses journées dans sa cabine parce qu’il y a 800 personnes dans la piscine et que les microbes c’est pas trop notre truc en ce moment et puis comme on s’est levé trop tard, y a plus de transat dispos – ou alors sous la cheminée centrale du bateau, ce qui nous donnerait un joli teint noirâtre et gras à la fin du séjour.
Mais c’est un bon deal pour les Saoudiens – tout d’abord parce que le titre a perdu 80% depuis le début de l’année, mais aussi parce qu’après avoir fait la queue pour entrer au supermarché – le tout en respectant les distances sociales – on va adorer faire la queue pour aller manger, faire la queue pour aller faire la photo avec le capitaine, faire la queue pour descendre du bateau et aller en excursion et faire la queue pour rentrer sur le bateau MAIS toutes ces queues on pourra les faire SANS RESPECTER LA DISTANCE SOCIALE ! C’est un coup de maître de la part des Saoudiens.
L’Asie et Bill Ackman
On notera aussi que mon ami Bill Ackaman qui prédisait l’enfer sur terre et sur les marchés il y a 3 semaines, est revenu hier pour annoncer qu’il « commençait » à tourner positif pour l’avenir – comme quoi l’enfer, c’est toujours une question de perception. Ce matin l’Asie ne fait rien, sauf la Chine qui revient de week-end prolongé et qui prend près de 2% pour fêter le fait qu’à New York, ça va trop trop bien. Les futures américains sont en baisse de 0.4% parce que c’est quand même trop monté hier.
Pendant ce temps l’or est en train de casser à la hausse, parce que l’inflation arrive et qu’il est en train de sortir d’une formation technique que l’on appelle un Head & Shoulders inversé – ce qui n’a rien à voir avec un shampoing antipelliculaire, mais qui pourrait pousser le lingot à 1900$ au moins. Et puis il y a le pétrole. Le pétrole qui glisse lentement sous les 27$ parce que les experts « commencent à douter de la faisabilité d’un deal entre les Saoudiens et les Russes ». Ce qui est clairement une insulte au Président Trump qui a annoncé lui-même ce deal il y a 4 jours par Twitter. Tout fout le camp et il n’y a plus de respect envers les autorités supérieures. Bon, en même temps c’est elles qui ont commencé.
Chiffres et conclusion
Aujourd’hui il y aura plein de chiffres comme le chômage en Suisse, même si personne ne bosse en ce moment. La France publiera son « Trade Balance » même s’ils n’exportent et n’importent plus rien en ce moment – si ce n’est des masques – et puis il y aura les JOLTS aux USA, mais franchement on est bien plus plongé dans l’interprétation des courbes logarithmiques de la propagation du virus que dans les courbes des indices boursiers – c’est une analyse technique différente, mais on fait avec ce que l’on a – et puis si ça peut nous permettre de monter les tous les jours de 7%, je crois que l’on va se contenter de cela et de brasser de l’air. D’ailleurs brasser de l’air ça aide à propager le COVID19, mais c’est quand même ce que l’on fait de mieux en ce moment.
Je vous souhaite une belle journée de confinement, moi aujourd’hui j’ai décidé de démonter un meuble Ikea et de le remonter sans le mode d’emploi, juste pour voir s’il me reste un peu de logique et puis ça me manque tellement de ne plus avoir de meubles à monter qu’il faut que je m’occupe. Je viens de finir une chaise longue et mes cloques dans les mains à cause du tournevis sont cicatrisées, je me lance donc dans le challenge Ikea.
En attendant, interprétez bien les courbes, notez bien le conditionnel dans TOUS les articles liés au Coronavirus et arrêtez de regarder les nouvelles à la télé, bien trop déprimant. Je vous retrouve demain… enfin, si vous le voulez bien.
AH OUI, j’oubliais.. mais on vient d’avoir les chiffres du trafic sur Investir.ch – et en ce qui concerne mars, c’était phénoménal. Alors on a bien été aidé par les marchés qui se pétaient la figure, mais merci quand même à vous d’avoir été là si nombreux, ne relâchez pas la pression en avril. En même temps, vous n’avez que ça à faire ! Alors ; likez et inscrivez-nous à la Newsletter – Newsletter qui est d’ailleurs en pleine croissance aussi…
Sur ce ; À DEMAIN !
Thomas Veillet
Investir.ch
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― Theodore Roosevelt