Le reste du monde était bien seul hier. Seul sans les Américains. Comme d’habitude, on pense que ça sert à quelque chose d’ouvrir quand ils ne sont pas là. Et puis en fait, non. Ça ne sert pas à grand-chose. Mais comme nous savons qu’au prochain congé, on fera pareil, on recommencera à se dire que ça sert à quelque chose, on n’apprendra jamais. La journée en Europe aura donc été sans grand intérêt. Mais par contre, même absents, les Américains auront su faire parler d’eux.

L’Audio du 6 juillet 2021

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Plus optimistes sur la croissance et le recovery, que peureux

Mais avant toute chose, on retiendra tout de même la performance haussière que l’Europe aura daigné nous gratifier. La plupart des indices des indices terminaient dans le vert. Un vert très clair. Tellement clair qu’il était presque transparent.  Cependant, les intervenants avaient un choix cornélien à faire en début de séance :

– Avoir peur du variant delta ex-indien qui pourrait éventuellement tous nous contaminer et faire tout refermer jusqu’en avril 2034

– Ou, se dire que les stimulus, les soutiens des banques centrales et autres interventions gouvernementales allaient suffire pour relancer la croissance, l’emploi, la consommation et l’optimisme fabuleux que l’on ressent chaque fois que Madame Lagarde parle à la télé.

Heureusement, l’Europe a basculé dans le camp des bulls et à la fin tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Heureusement parce que ce matin les futures sont déjà en hausse aux USA et les médias se frottent déjà les mains en espérant que le S&P500 puisse terminer une nouvelle fois au plus haut et aligner sa huitième séance de hausse consécutive, son huitième record consécutif et humilier encore une fois le camp des bears, le camp des pessimistes et de ceux qui pensent que tout va finir par nous péter à la figure. Un jour. D’ailleurs c’est surtout d’eux que l’on parle ce matin.

On va tous mourir

Ils s’appellent Michael Burry, Jeremy Grantham, Jeffrey Gundlach, Leon Cooperman, Stanley Druckenmiller, Kevin O’Leary, Gary Shilling ou encore Robert Kiyosaki ou même Nouriel Roubini. Ils ont tous un lien avec la finance. De près ou de loin. Ils ont tous plus ou moins géré de l’argent et ont tous eu du succès dans leurs prévisions à un moment ou un autre de leur carrière. De leur vie.

La particularité qui les réunit en ce moment c’est qu’ils sont tous méga-bearishs et qu’ils pensent tous que l’on va s’en prendre une de classe mondiale. Que le KRACH qui nous pend au nez dans les semaines ou dans les mois qui viennent – pour les plus conservateurs – va être d’une dimension apocalyptique. D’une dimension qui donnera l’impression que la crise des subprimes c’était des vacances, que la bulle internet, c’était une « saine correction » et que le KRACH de 1987 était une « opportunité d’achat évidente ». Chacun à sa manière est en train de prédire l’effondrement d’un système basé sur l’endettement infini, l’effondrement du dollar et sur l’hyper-spéculation élevée au rang de méthode d’investissement.

Fondamentalement, si l’on regarde leurs prévisions passées, on ne peut pas leur donner 10 sur 10, ils se sont tous déjà plantés et certains sont même passés professionnels pour nous annoncer la fin du monde tous les trimestres, multipliant du même coup la possibilité d’avoir raison un jour et de passer pour un demi-dieu à nouveau. Prenez par exemple Gundlach, ça fait des mois et des mois qu’il nous dit que ça ne peut pas durer comme ça. Mais à force de dire que ça ne va pas durer et de rester à distance, il commence à donner l’impression de radoter et de rater le train. Je ne vous parle même pas de Roubini qui, après avoir été juste pendant 6 mois, s’entête à annoncer Armageddon à chaque fois qu’il sort de boîte de nuit ou à chaque fois qu’un journaliste daigne lui présenter un micro.

Pas une science exacte

Alors on le sait tous, contrairement à ce que certains veulent nous faire croire, la finance n’est pas une science exacte, c’est même plutôt un jeu de hasard un peu moins hasardeux que la roulette, quoi que des fois ça n’est pas évident. On sait tous que Wall Street sans des gourous qui viennent sur le plateau de CNBC pour annoncer que la fin est proche, ne serait plus vraiment Wall Street. Cependant, sur ce coup-ci, ce qui fait un tout petit peu peur – c’est que l’on se rend bien compte que l’on est en train de tirer sur la corde de l’endettement, que les gouvernements n’ont plus d’autre solution que d’imprimer, d’imprimer et d’imprimer encore pour que tout ne s’effondre pas d’un coup d’un seul. Et quand vous avez EN PLUS la troupe des Avengers version dépressifs qui arrivent tous plus ou moins en même temps pour nous dire que « CETTE FOIS ON EST VRAIMENT MAL », ça devient quand même difficile de les ignorer complètement et de se moquer d’eux en achetant de l’AMC et du GameStop pour le compte épargne retraite du petit dernier.

Cependant, si l’on observe la situation d’un autre angle, on pourra largement se dire que quand tout le monde vient crier au loup en même temps, c’est justement parce qu’il n’y a pas de raison de paniquer. Quand tout est trop évident, ça ne fonctionne jamais. Qu’un seul gars tout seul dans son coin prédise la fin du monde et il aura plus de chance d’avoir raison que si la totalité des analystes qui sont actuellement sur la presqu’île de Manhattan se tiennent la main pour annoncer la fin du monde. Alors vous me direz : « mais pourquoi en parler ??? ».

Eh bien tout d’abord parce qu’il n’y a rien à dire en ce moment et qu’en plus hier New York était fermé et il y avait donc encore moins à dire, mais aussi parce que c’est assez rare pour être signalé, c’est un alignement d’ours assez remarquable que nous avons actuellement et je ne suis pas loin de penser qu’ils ont raison. Pas pour là tout de suite, parce que nous nageons encore un peu trop dans une euphorie ahurissante, mais disons qu’une fois que le Nasdaq sera arrivé à 16’000 et qu’il y aura une grosse boîte qui fera défaut et qu’on ne l’avait pas vu venir, peut-être que l’on pourrait commencer à se souvenir des prévisions de Michael Burry, Jeremy Grantham, Jeffrey Gundlach, Leon Cooperman, Stanley Druckenmiller, Kevin O’Leary, Gary Shilling ou encore Robert Kiyosaki ou même Nouriel Roubini.

La Chine et l’ingérence du gouvernement

Ce matin les bourses asiatiques ne sont pas toutes d’accord. D’un côté il y a le Japon qui s’accroche dans le sillage du marché US et qui espère que la contagion va arriver chez eux. Même si le graphique du Nikkei ressemble à la courbe de motivation d’un supporter de l’équipe de France. Mais ils espèrent quand même. Et puis il y a la Chine et Hong Kong qui sont légèrement dans le rouge parce que les intervenants sont soudainement inquiets de l’ingérence que démontre le gouvernement chinois dans l’opérationnel de bien des sociétés technos. Après l’intervention du CAC dans les affaires de DIDI – le CAC c’est le « Cyberspace Administration of China » – les investisseurs se méfient et on sent une certaine distanciation sociale qui est en train de se produire entre la Chine et l’Occident.

Pour le reste, l’or semble se réveiller subrepticement et devrait probablement surprendre les gens dans les semaines à venir. Là tout de suite il est en train de franchir la barrière des 1800 et du côté de l’or noir, c’est encore mieux, puisque l’OPEP a décidé de repousser ses discussions à plus tard, du coup le baril s’envole encore et encore et c’est que le début, d’accord, d’accord. Heureusement que la hausse du baril ne crée pas d’inflation, sinon on serait mal. Toujours est-il que le baril frise les 77$ et par moment, on dirait une crypto monnaie.

Les nouvelles du jour

Dans les nouvelles du jour, on reprend un peu les mêmes choses ; le pétrole qui est au plus haut depuis 3 ans, la Chine qui met son nez un peu partout et un peu trop partout surtout. Goldman Sachs qui revient avec ses pronostics footballistiques et qui pense que l’Angleterre va gagner l’Euro – moi je pense qu’ils vont surtout leur porter la poisse. On parle aussi d’une nouvelle marque de voiture qui va voir le jour, puisque Porsche va créer un joint-venture avec Bugatti et Rimac pour fabriquer une supercar, qui, vu que Rimac est dedans, sera la Bugatti électrique du futur. Et pour le reste, on attend le retour des bourses américaines, tout en notant que selon une étude israélienne, le variant Delta résiste mieux au vaccin Pfizer.

Chiffres du jour

Côté chiffres, les choses sérieuses reprennent. Il y aura les Factory Orders en Allemagne ainsi que le ZEW. Le ZEW qui sera aussi apprêté à la sauce européenne en même temps que les Retail Sales. Aux USA nous nous concentrerons sur l’ISM Non Manufacturing et le PMI des services. Mais demain… Demain il y aura les Minutes du FOMC Meeting de juin et ça, ça va tout changer.

Enfin, normalement. Et en tous les cas pendant 10 minutes. Autrement ce matin les futures sont en hausse de 0.14% et on sent l’euphorie qui nous guette. À propos d’euphorie, je voudrais vous dire juste un mot à propos de mon livre – Wall Street à genoux – livre qui est en pré-vente depuis une semaine – j’avais 3’000 livres disponible avant le lancement officiel début septembre, mais tout est pratiquement parti. Pour ceux qui veulent encore commander, c’est la dernière occasion – il m’en reste une centaine et d’ici demain soir, je pense que ça sera terminé et qu’il faudra attendre septembre. Merci à tous pour votre enthousiasme !

Profitez bien de votre journée et à demain !

Thomas Veillet – Investir.ch

“Rappelez-vous toujours que si la Gestapo avait les moyens de vous faire parler, les politiciens ont, eux, les moyens de vous faire taire.”

Coluche