Si pendant un bref instant on avait eu le moindre doute, hier le doute s’est levé. Cette fois c’est certain, on sait que les arbres ne montent pas au ciel. La correction violente de ce lundi de juillet remet un peu les pendules à l’heure et alors qu’il y a deux semaines nous comptions les records et les journées de hausse sur les doigts des deux mains, voici que ce matin on fait la même chose, mais à la baisse. Nous sommes passé de la confiance extrême, de la maîtrise du jeu de la finance au doute le plus profond, au point de faire revenir le spectre de la STAGFLATION.

L’Audio du 20 juillet 2021

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Après la peur de l’inflation, voici son cousin

Lorsque l’on ouvre le dictionnaire sous « stagflation », il dit : « Situation économique d’un pays caractérisée par la stagnation de l’activité, de la production, et par l’inflation des prix ». En gros, si on veut l’appliquer à ce que nous vivons, il faudrait partir du principe que l’activité va ralentir massivement dans tous les coins (alors que l’on nous raconte depuis des mois que c’est la folie, que la consommation a repris de plus belle et que certaines industries ne peuvent pas livrer tellement la demande est forte et tellement les matières premières sont rares). Mais il faudrait aussi partir du principe que l’emploi cale complètement et que l’on n’arrive pas à repourvoir les postes qui sont offerts et que les promesses de Powell, promesses qui nous laissaient espérer un retour à la normale à l’automne ne soit que mensonges et billevesées. Ce qui n’est pas impossible, puisque tout ceux qui ne veulent pas retourner bosser sont devenus traders.

Situation qui pourrait rapidement changer si le marché se complique comme il l’a fait depuis cinq jours – mais ça c’est de la musique d’avenir.

Pour le moment on a peur de la stagflation, même si là tout de suite, ça paraît quand même un poil tiré par les cheveux. De toute façon, si l’on avait besoin de certitudes pour entrer en mode « panique » sur les bourses mondiales, ça se saurait. L’important, dans ce monde, n’est pas d’avoir des certitudes, mais de laisser croire aux autres que c’est une possibilité. Après, l’instinct grégaire fera le reste. Et puis si ça ne suffit pas, on dira que c’est tout de la faute de ceux qui ne veulent pas se faire vacciner. Parce que n’oublions pas que selon nos instances politiques, c’est de là que vient le retour du virus.

COVID made in India, le retour de la vengeance

Oui, parce que L’AUTRE raison de la baisse d’hier, c’est le retour de la version upgradée du COVID. Il faut reconnaître qu’on l’avait vu venir celle-là. Depuis deux semaines on avait clairement popularisé le retour du variant indien et on sentait bien qu’on n’allait pas en rester là. Pendant plusieurs jours on a fait mine de ne pas s’y intéresser en partant du principe que de toute façon à la fin c’est les gouvernements qui allaient injecter du pognon pour soutenir l’économie et qu’il n’y avait pas de raison de perdre du temps pour ces enfantillages.

Et puis, à force de publier des articles dans tous les coins sur le sujet, on s’est rapidement retrouvé à parler plus du COVID made in India  que des milliardaires qui partent en week-end dans l’espace. Et ça c’était un signe qui aurait dû attirer notre attention. Non, parce que moi je pense à Jeff Bezos. Le mec il a mis toutes ses économies de toute une vie dans une fusée pour aller faire des photos de la Terre depuis là-haut et, au moment où il est prêt pour y aller, non seulement y a un Anglais qui lui passe devant pour une semaine, mais en plus alors qu’il va s’apprêter à jouer à l’étoffe des héros – surtout à l’étoffe plus que le héros – voici que les médias s’intéressent plus à un variant COVID qui vient d’Inde qu’à l’exploit de Jeff Bezos et de ses économies. Moi je trouve que c’est trop dur.

Mais revenons à nos places boursières. Nous voici donc dans l’angoisse totale après le retour du COVID et l’arrivée probable ou éventuelle ou probable et éventuelle d’une STAGFLATION. Il était clair que dans ces conditions, nous ne pouvions pas faire autre chose que se souvenir que les arbres ne pouvaient pas monter au ciel. Les intervenants ont donc appliqué la bonne vieille méthode de la police new-yorkaise sous Giuliani : on tire d’abord et on pose les questions ensuite. Je ne vais donc pas vous faire un dessin ; les marchés se sont fait déglinguer comme ils ne s’étaient plus fait déglinguer depuis le mois d’octobre dernier. La volatilité s’est envolée jusqu’à 25% – toujours dans sa tendance baissière séculaire, mais à 25% quand même. Les traders spécialisés dans le suivit de tendance ont donc décidé qu’il était temps de prendre les profits et le manque de liquidités dû à l’absence des intervenants qui sont partis en vacances pour aller aider à spreader le variant susnommé a fait le reste.

La gueule de bois, chapitre deux

Si hier matin je vous parlais de gueule de bois du lundi matin, je crois pouvoir m’avancer sans trop de risques en disant que ce mardi, c’est pas mal aussi. Ça faisait un moment que l’on n’avait plus vécu une journée comme ça aux States. Les Européens sont un peu plus habitués, mais aux USA, c’était devenu rare. Sauf qu’hier c’était sanglant et certains secteurs se sont fait littéralement décapiter. On citera au passage le pétrole et les pétrolières qui se sont clairement fait massacrer. Entre le baril qui plongeait à cause des 400’000 bidons supplémentaires qui vont arriver sur le marché – on peut également ajouter « la peur d’un reconfinement massif, de nouveaux couvre-feux et de restrictions de voyages qui vont transformer le lac de Joux en destination exotique » – on comprendra donc aisément la panique qu’il y avait sur le secteur.

Le pétrole a perdu 12% en 10 jours et ce matin à la pompe, toujours aucun signe de connexion à la vie réelle – pourtant, nous, les experts en investissements, on a déjà intégré le fait que les voyages en avion c’était mal barré et qu’envisager une croisière avec le variant Delta caché dans les cales, allait devenir « mission impossible ». Oui, vous l’aurez compris, le secteur pétrolier et le secteur voyages, loisirs et vacances, auront été les deux grandes victimes de la journée. Mais en même temps, ne stigmatisons pas ! Ce genre de séance ne fait que très peu de prisonniers et tout le monde était logé à la même enseigne. Il manquerait plus que la Stagflation soit testée positive au variant indien et c’était le krach assuré.

En Asie , la question est déjà posée

Autant vous dire qu’avec la baisse d’hier, les marchés asiatiques sont bien mal placés pour entamer la journée de mardi en dansant la carmagnole, tout est dans le rouge. Mais un peu moins rouge que ce que l’on aurait pu craindre lorsque le Dow Jones termine en baisse de plus de 2%. Il faut dire que du coup, on se pose déjà LA question du jour. Question du jour que vont se poser successivement les marchés de par chez nous, puis les Américains en début d’après-midi. Cette question c’est :

« Est-ce que l’on peut y retourner ? ou c’est encore trop tôt ? »

Non, parce qu’il est évident que si le COVID est de retour et si la croissance et l’emploi font mine de rester immobiles comme la volatilité l’a fait pendant des semaines, il semble assez évident que l’on va rapidement attendre des nouvelles de notre chevalier blanc. Vous l’aurez remarqué, depuis deux-trois ans et ce, déjà avant la crise, à la moindre alerte, le chevalier Powell avait tendance à apparaître dans son habit de lumière et ses super-pouvoirs pour nous dire que « ça allait bien se passer et qu’il sera toujours là pour nous ». Avant le COVID, il apparaissait en général après une baisse d’au moins 20%. Mais depuis l’avènement de cette maladie qui attaque les voies respiratoires et qui aura poussé l’homme a inventé le stimulus économique et le vaccin dans la foulée, Jerome Powell intervient en général après une baisse de 3-4% maximum. Si mes calculs sont exacts, d’ici jeudi soir, il devrait donc sortir de sa batcave et venir sauver le monde.

Les intervenants se demandent donc s’ils doivent racheter ce matin ou est-ce qu’il faut encore attendre un peu, histoire que la peur soit à son paroxysme, pour que l’impact des prochains commentaires de Powell prennent une dimension un peu plus historique. Si l’on analyse le comportement des bourses asiatiques, c’est peut-être encore un peu tôt. Alors en attendant, on achète un peu d’or. On ne sait jamais. Le métal jaune vaut 1817$, on sent bien que la notion de valeur refuge est clairement « has been », mais il y en a quand même quelques-uns qui essaient encore.

Les nouvelles du jour

Côté nouvelles du jour, je ne vais pas vous le cacher, on parle beaucoup du variant indien. Il y a d’ailleurs plein d’experts qui sont en train d’apparaître sur Facebook pour nous expliquer quoi faire et comment gérer. Bien que ça ne soit pas facile de se faire une place au milieu de toutes ces publications de vacances exotiques qui monopolisent massivement les fils d’actualités. On retiendra aussi que Joe Biden a repris le sketch de Powell en disant que l’inflation ne serait que temporaire. Il a rajouté deux trois phrases de son cru pour que l’on ait l’impression que ça vienne de lui. Mais disons qu’en gros, il a le même avis que Powell et que si ça ne fonctionne pas comme prévu, il compte sur Powell pour agir.

Il y a également pas mal d’articles sur les tensions entre la Chine et le reste du monde et ce sur à peu près tous les sujets. Il y aussi Ackman qui renonce a Universal Music, Bezos qui va rejoindre Tintin dans l’espace dès cette après-midi, ça va nous occuper, histoire de penser à autre chose. On parle aussi du nombre de cas de COVID qui commence à exploser aux JO de Tokyo, le suspense est insoutenable pour savoir qui aura la médaille d’or de la quarantaine la plus rapide. Pendant ce temps, Toyota a renoncé à faire de la pub aux JO. Ils préfèrent ne pas être associés à des Jeux qui vont ressembler au truc le plus pathétique que le sport n’ait jamais créé ces 100 dernières années. Des JO sans public avec des athlètes masqués et dopés à la solution hydro-alcoolique. Le Bitcoin est passé sous les 30’000 ce matin et le bain de sang semble s’étendre également aux crypto-monnaies qui ont l’air au plus mal. Je sais bien que l’analyse technique ne fonctionne pas pour les cryptos, mais disons que si ça fonctionnait, ça serait IMMONDE. Ou alors c’est l’opportunité d’une vie. N’oublions pas que le Bitcoin va à 100’000$ avant Noël et que c’est un coup sûr. Si, c’est mon coiffeur qui me l’a dit. Pour terminer on notera que l’IPO de Robinhood devrait valoriser la société à 35 milliards de dollars.

Chiffres du jour

Pour le reste, lorsque j’ai commencé à écrire cette chronique – vers 4h30 du matin – les futures étaient en hausse de 0.5%. On pouvait croire à un rebond. Là, il est 6h30 et on est déjà presque flat. Je vous avoue que je ne suis pas convaincu que le rebond soit pour aujourd’hui. À moins que Powell fasse une apparition surprise. Autrement côté chiffres, il y aura le PPI allemand et les nouvelles constructions aux USA. Par contre, c’est clairement du côté des chiffres du trimestre que ça va se corser. Aujourd’hui, on attendra Halliburton, UBS Group, Philip Morris, Manpower et surtout Netflix ce soir.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une très belle journée d’été – au moins ça – et on se retrouve demain pour constater les dégâts, ou alors simplement pour se dire que c’est quand même facile la bourse quand les banques centrales sont avec nous. Enfin, surtout la banque centrale américaine, parce que c’est pas la BNS qui va nous sauver les fesses. Elle, elle se contente de gérer ses positions dans le secteur pétrolier et celui de l’armement, tout en lisant des documents de recherche sur le concept de l’investissement responsable.

Bref, que la force soit avec vous et souvenez-vous que si les arbres ne montent pas au ciel, après la pluie, le beau temps.

À demain !

Thomas Veillet

Investir.ch

“You’ve Gotta’ Ask Yourself A Question. ‘Do I Feel Lucky?’ Well Do Ya…PUNK?”

Inspecteur Harry Callahan