Après avoir mangé du chocolat pendant 5 jours d’affilée et s’être posé des questions sans fin sur l’avenir des marchés, si les supports allaient tenir et si l’avènement de la saison des trimestriels allaient nous faire nous concentrer enfin sur les sociétés et oublier cinq minutes ce qui se passait autour. Comme par exemple la macro, la hausse des taux, l’inflation ou la guerre en Ukraine, il fallait rapidement se rendre à l’évidence ; les semaines qui arrivent ne vont pas nous permettre d’oublier la macro, la hausse des taux et la guerre en Ukraine, mais tout simplement nous permettre d’ajouter un truc en plus : les chiffres du trimestre.
L’Audio du 20 avril 2022
L’Europe qui se pose des questions
La journée d’hier en Europe aura vu L’Oréal publier des chiffres meilleurs que les attentes. Chose que le marché savait et comme quand le marché savait mais qu’il ne l’avait pas dit fort, on ne savait pas trop qu’on savait, donc du coup le titre a baissé parce que les gens qui savaient avaient acheté avant sans dire aux autres qui ne savaient pas. D’ailleurs même L’Oréal ne savait pas que le marché savait qu’ils allaient sortir des chiffres meilleurs que les attentes du marché, puisque même le marché ne l’avait pas dit. Ça s’appelle de l’analyse fondamentale UNDERCOVER. On donne de faux chiffres aux médias et quand les vrais chiffres ils sortent, on arrive et on dit : « AH MAIS NOOONNN, nous on ne vous avait pas donné les vrais chiffres, nous on a fait comme d’habitude, on a donné des chiffres bidons et comme on savait on a acheté au plus bas et vendu hier pour prendre les profits quand l’Oréal a publié des bons chiffres que l’on connaissait, mais que l’on ne voulait pas dire ».
Bref, L’Oréal a perdu 3% hier, parce qu’ils ont fait mieux que les attentes du marché. Pas les vraies attentes. Les fausses.
Pendant que les stars de la finance internationale donnaient une leçon d’interprétation des chiffres du trimestre au bon peuple de France et de Navarre, le FMI et la Banque Mondiale se sont mis d’accord pour communiquer presque ensemble leurs nouvelles perspectives de croissance de l’économie mondiale. C’est fou cette capacité de venir communiquer ensemble presque au même moment pour dire plus ou moins la même chose !!! Si j’osais je dirais que le FMI, comme la banque mondiale ont tous les deux engagé McKinsey pour leur fournir une étude sur le ralentissement de la croissance mondiale à cause de l’Ukraine. Et comme d’habitude, McKinsey leur a filé le même Powerpoint à tous les deux et a facturé ça une blinde alors qu’ils ont juste piqué une étude que Goldman Sachs a sorti y a 3 semaines en changeant les logos et les couleurs de la présentation.
Le ralentissement selon les grands de ce monde (pas vous)
Donc en gros, à la surprise générale, lors d’une conférence léchée, carrée et pleine de petits fours et de vodka beluga, les autorités supérieures qui savent mieux que tout le monde sont donc venus nous dire non pas qu’ils s’en vont, mais que le fait que les Russes soient en train de pilonner l’Ukraine et de réduire son économie à l’état de poussière et le fait que le reste du monde considère que la Russie, son économie et ses ressortissants sont tous des pestiférés, va forcément avoir des conséquences sur la croissance mondiale.
Alors là. Je suis scotché.
Non sérieusement, je me demande combien de temps ça prend pour générer une info d’une qualité pareille. Une analyse tellement fine que l’inventeur du microscope n’en reviendrait même pas. Les gars, ils ont bossé comme des fous pour se dire que si l’on coupe la Russie du marché mondial, que si l’on coupe les vivres de la plupart des Oligarques russes qui consomment individuellement presque autant qu’un petit pays d’Europe Centrale, que si la guerre en Ukraine flingue la production de blé mondiale et que si la Chine est en plein ralentissement à force de fermer la moitié du pays à la première apparition d’un cas COVID au fin fond d’une campagne dont on n’a jamais entendu parlé, IL SE POURRAIT QUE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE MONDIALE RALENTISSE UN POIL. Mais il se pourrait seulement.
Merci
En tous les cas, merci à ceux qui savent de nous avoir prévenus que lorsque qu’une guerre se déclenche, l’économie mondiale pourrait ralentir et que du coup, la saison des résultats qui s’annonce aura son excuse toute trouvée. L’excuse qui permettra toujours de dire : « c’est pas notre faute si les chiffres étaient pourris, c’est la faute de la guerre en Ukraine » – même si vous dirigez une boîte au fin fond du Middle-East Américain qui ne vend qu’aux USA et où 80% des habitants n’ont même pas de passeport et n’ont jamais quitté le pays, vous pourrez aussi dire : « oui, mais c’est de la faute à la guerre en Ukraine », personne ne vous en tiendra rigueur.
D’ailleurs si l’écurie Mercedes fait un mauvais début de saison ; c’est la guerre en Ukraine. Si le PSG ne va pas en finale de la Champions League comme chaque année malgré un budget équivalent à celui d’un petit pays africain, c’est la faute à la guerre en Ukraine. Si Marine Le Pen n’est pas élue dimanche prochain, c’est la faute de la guerre en Ukraine. Si Emmanuel Macron EST RÉÉLU, c’est aussi de la faute à la guerre en Ukraine – bon aussi parce que lui il prend aux pauvres pour donner aux riches et que les riches ils possèdent tous les médias pour faire de la pub à Macron gratos. Et puis si ça ne circule pas à Genève, c’est la faute à la guerre en Ukraine.
Bref, vous avez compris, tout est de la faute de la guerre en Ukraine.
Les banquiers centraux parlent
Pendant que l’Europe déprimait pour son premier jour de trading après le week-end de Pâques, Wall Street montait enfin après trois jours de baisse. D’aucuns diront que c’est à cause des chiffres du trimestre qui sont bons (malgré la guerre en Ukraine) – ces derniers vont d’ailleurs déchanter ce matin avec les chiffres de Netflix – et d’autres disaient que c’était parce que la date butoir pour déclarer les pertes aux impôts était passée. On pourrait aussi dire que c’est parce que les banquiers centraux menacent à tous bouts de champs de monter les taux. Ça paraît peu probable et pas très logique, sachant l’aversion que le monde des actions a face à la hausse des taux, mais je dois dire que depuis quelques jours j’ai quand même l’impression que plus les banquiers centraux se montrent HAWKISHS, plus on aime ça. On pourrait même dire qu’il y a du masochisme dans tout ça.
Lors des 24 dernières heures, on a eu Charles Evans, patron de la FED de Chicago, qui nous a dit qu’il ne fallait pas exclure plusieurs hausses de taux de 0.5%, que la FED ferait tout ce qu’il faut pour stopper l’inflation – mais ça on le savait déjà alors c’était pas très important. Par contre, dans la foulée, on a eu le Hawkish des Hawkishs, James Bullard, le patron de la FED qui aime quand les taux montent qui est venu nous dire que la FED n’excluait pas non plus une ou plusieurs hausses de taux de 0.75%, voire même de 1%.
Moi je dis : on monte direct les taux à 5%, on arrête de pinailler et on passe à autre chose !
Toujours est-il que l’on a l’impression que le marché est plus sensible au fait que l’on prenne les mesures nécessaires pour stopper l’inflation, que l’impact que cela pourrait avoir sur les marchés boursiers. En tous les cas, les rendements sont en train d’exploser, puisque les déclarations de Bullard et d’Evans et la guerre en Ukraine, ont fait monter le rendement du 10 ans à près de 3%. En résumé, les actions montaient aux States, on hésitait et on déprimait en Europe, le pétrole s’est fait défoncer parce que le FMI, la Banque Mondiale et McKinsey pensent que l’économie mondiale va ralentir et moins consommer, mais en même temps le secteur aérien explosait à la hausse parce qu’un juge américain a supprimé l’obligation de porter les masques en avion et du coup, on se dit que tout le monde va se ruer pour reprendre l’avion et voyager. Donc consommer du pétrole. Pas toujours très logique le monde merveilleux de la finance. Besoin de vacances peut-être ? En avion ? Pourquoi pas !!!
Et ce matin, c’est la chenille qui redémarre
On va donc remettre les compteurs à zéro ce matin. Le baril est à 103.22$ et ça fera toujours mal de faire le plein à la pompe tout à l’heure. L’or ne sert toujours à rien et se traite à 1949$. Le Japon est en hausse de 0.5%, Hong Kong est en baisse de 0.17% et la Chine baisse de 0.5%. Les cryptos sont toujours en équilibre sur les zones de support et le Bitcoin remonte en direction des 42’000$.
On va donc reparler des chiffres du trimestre aujourd’hui. Pour deux raisons. La première c’est que Netflix a publié ses chiffres hier soir et que c’était la catastrophe. Pour la première fois depuis des années, le streamer a perdu 200’000 abonnés – NET – c’est clairement en-dessous des prévisions qu’eux-mêmes avaient fait en annonçant 2.5 millions de nouveaux abonnés. Même si l’on tient compte du fait qu’ils ont perdu 700’000 abonnés russes puisqu’ils ont suspendu la distribution là-bas – encore une bonne raison de dire que c’est la faute de la guerre en Ukraine – on est encore loin du compte. Apparemment c’est la faute aux gens qui s’échangent leurs mots de passe, mais Netflix bosse sur un moyen de se protéger là contre et ils pensent aussi à faire un abonnement low cost où tu aurais de la pub toutes les 5 minutes, comme sur TF1. Ou toutes les 4 minutes. Comme sur M6. Ou de la pub tout le temps, comme chez Hanouna. Mais bon, le passé c’est le passé et le marché n’a pas aimé du tout les chiffres de Netflix et le titre s’est fait massacrer after close. À l’heure où j’écris ces lignes, il est 5h11 du matin au milieu de la montagne et Netflix se traite en baisse de 25%. On voit tout de suite que les gens vont se montrer tolérants et adorables durant cette saison de publications de résultats.
Le maître mot sera : on tire d’abord et on pose les questions ensuite. Et si on a tort, on dira que c’est la faute de la guerre en Ukraine.

L’autre sujet c’est les chiffres de Tesla qui sortiront ce soir. La boîte à Musk suscite bien des interrogations ces derniers temps. Entre la suspension des opérations en Chine à cause du COVID et la distraction de son CEO qui fait joujou avec et sur Twitter, certaines voix commencent à s’élever pour dire qu’il faudrait quand même se mettre en position brace, brace, brace pour la publication des chiffres de ce soir. Il faut aussi noter que le titre a tout de même rebondit de près de 36% depuis le début du mois de mars. La prudence devrait rester de mise sur Tesla, même si le graphique pointe plutôt vers le haut. Il faut dire que tout ce que Musk touche semble se transformer en or, alors pourquoi pas cette fois encore ? En plus de Tesla, nous aurons également Procter & Gamble, ASML et LAM Research, ce qui nous donnera une bonne idée de l’état de santé du secteur des semi-conducteurs et des dentifrices et des couches pour bébés.
Nouvelles du jour
Dans les nouvelles du jour, alors que tout le monde parle de la « nouvelle offensive russe en Ukraine », parce qu’il faut bien le placer quelque part, on notera que contrairement à Netflix, IBM n’a pas raté son trimestre – ça nous change – et le titre prenait 3% hier soir. Dans la foulée de Netflix, toutes les boîtes qui vendent du streaming se faisaient avoiner hier soir, Disney, Roku, Warner Bros et Paramount, tout le monde en prenait pour son grade et visiblement on ne fait pas de paris sur le fait que les abonnées de Netflix se sont barrés ailleurs, mais plutôt qu’ils se sont mis à la lecture ou au macramé. Ou à jouer à Candy Crush sur leurs smartphones.
Autrement, Moderna est en train de mettre au point un vaccin qui pourra lutter contre le variant Omicron, mais aussi contre les autres. Un vaccin « couteau-suisse » va donc bientôt arriver. Si en plus, il pouvait faire le café, on serait preneur. Biden est chaud-bouillant sur tous les fronts de la guerre en Ukraine, il veut envoyer plus d’armes à l’Ukraine (tant qu’il n’envoie pas des soldats, ça va), il veut aussi que les avocats britanniques qui ont aidé les oligarques russes à planquer leur fric soit bannis par les autorités – forcément, ils font de la concurrence à l’état d’où vient Papy Biden : le Delaware. Et puis on retiendra que Twitter devrait annoncer son refus de l’offre de rachat de Musk. Les analystes estiment que le titre pourrait perdre 35% en cas de retrait d’Elon Musk. Et puis n’oubliez pas que ce soir les deux clowns qui s’affronte pour la présidence française – afin de savoir qui sera la Peste et qui sera le Choléra – s’affronteront dans un débat passionnant et qu’il faudrait que l’on paie une montagne en bitcoin pour que je perde 5 minutes de ma vie à écouter un ramassis de mensonges d’un côté comme de l’autre.
Pour l’instant, les futures sont en baisse de 0.5% à cause de Netflix – mais si Netflix est en baisse, c’est un peu à cause de la guerre en Ukraine aussi. D’ici les chiffres de Tesla, passez une excellente journée et je vous retrouve demain à la même heure !!!
À demain
Thomas Veillet
Investir.ch
« Twenty years from now you will be more disappointed by the things that you didn’t do than by the ones you did do. »
Mark Twain