Les Etats-Unis seront fermés ce lundi pour cause de fête de l’indépendance. Ça vous fait probablement une belle jambe, mais il est évident que quand « ils » ne sont pas là, l’ambiance est différente, les volumes beaucoup moins denses et l’ambiance, beaucoup plus hésitante, sachant que l’on ne sait jamais trop ce qu’ils vont nous faire en revenant du barbecue du week-end prolongé. Pour l’instant, et à voir mes lectures de ces deux derniers jours, nous avons l’air très partagés entre craintes de récession et conviction que le fond du trou se trouve quelque part devant nous. Reste juste à trouver où exactement et surtout : QUAND ?

L’Audio du 4 juillet 2022

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Des avis, des théories et pas grand-chose de plus

La semaine qui nous attend ne sera pas de tout repos, mais vraisemblablement plus calme que celle qui va lui succéder. Nous sommes bien sûr, toujours autant obsédés par les chiffres qui sont liés à l’inflation et l’interprétation que la FED pourrait en faire. Et donc, nous sommes également toujours très préoccupés de par le fait que selon ce que fera la FED, nous pourrons nous angoisser par rapport à la récession dans laquelle une hausse des taux trop violente pourrait nous emmener. Ou pas.

Pour être franc, ces derniers temps, tout le monde est de sortie avec ses propres théories, tout le monde a compilé ses statistiques pour « voir ce qui s’est passé dans le passé, dans des périodes similaires », tout en relisant pour la millième fois les disclaimers des rapports de recherche fondamentale qui répètent inlassablement que « les performances passées ne garantissent pas les performances futures et que l’eau, ça mouille ».

Où on en est ?

Actuellement nous sommes donc au milieu de nulle part, résignés à écouter les avis des plus grandes stars de la finance qui viennent nous dire EXACTEMENT ce qui va se passer dans les mois à venir. On ne peut que se pâmer d’admiration devant tant de convictions annoncées par ces demi-dieux de la finance, mais en prenant le temps de regarder ce qu’ils nous racontent semaines après semaines, on se rend compte qu’ils n’en savent pas plus que nous, mais qu’ils ont juste accès à une « tribune médiatique » un peu plus efficace que la nôtre.

Si vous avez pris le temps de lire deux-trois journaux ces dernières heures, vous vous serez sûrement rendu compte que l’on retrouve régulièrement la nouvelle prose de Nouriel Roubini qui nous annonce sa fin du monde à lui. Fin du monde qui passe par une correction de 50% sur le S&P500. Son objectif est donc de 1’900 sur l’indice américain. Ça peut faire peur. Surtout qu’en même temps, nous avons eu Michael Burry qui est beaucoup moins négatif que Roubini, puisque ce dernier envisage encore « une baisse de 20% de plus sur le S&P500 qui est à mi-chemin dans son bear market » – selon le gars qui avait « vu la crise des subprimes arriver ».

Ils ont forcément raison

Lorsque l’on voit ces deux figures proéminentes de l’univers de Wall Street, on peut sentir un courant glacé nous parcourir l’échine dorsale et nous donner très envie de shorter le marché, d’acheter des puts et de se fabriquer une table de salon avec des lingots d’or d’un kilo, juste pour rester riche au cas où.

Oui, parce que Roubini et Burry ont forcément raison. Compte tenu de leurs CV’s respectifs. Oui, ils ont forcément raison, mais cependant, il serait bon de se souvenir qu’ils ont été VRAIMENT justes en 2008 et que depuis 14 ans, si on devait lister le nombre de « prédictions » complètement à côté de la plaque que ces deux-là ont fait, il me faudrait au bas mot une chronique de 20 pages pour ne rien oublier. Alors avant de crier au loup et de me rouler par terre parce que « Roubini a dit que » ou « Burry pense que », je vais attendre un peu. Sachant que l’on est toujours plus intelligent APRÈS. On va voir ce que l’avenir nous réserve et ne pas réagir sur les « visions » de certaines stars qui ont été juste une grosse fois dans leurs vies et qui, depuis, vivent un peu sur leurs acquis.

Voir devant

Et quand on regarde ce qui nous attend ces prochains jours et ces prochaines heures, on se dit que l’on aurait tout intérêt à prendre le lundi de congé, faire de la méditation et du yoga et attendre que l’on ait un peu plus de concret à se mettre sous la dent. Ce que l’on sait AUJOURD’HUI, c’est que la FED attend de voir si l’inflation marque le pas. Si l’inflation marque le pas, les investisseurs vont agir DEUX fois plus vite que la FED et anticiper le fait que Powell ne montera « peut-être pas les taux de 0.75% en juillet ». PEUT-ÊTRE. Mais pour ça, il va falloir avoir un signe. Au moins un.

Pour le moment, nous allons nous concentrer sur les chiffres de l’emploi américain qui sortiront vendredi. Autant dire que l’on a largement le temps de brasser de l’air durant la semaine. Tout en sachant que plusieurs banquiers centraux parleront et qu’en fonction de leurs discours – tout pourra arriver. Sans compter que la BCE va nous publier les minutes de leur dernier meeting. Lecture que l’on va dévorer en espérant que cela va nous changer la vie. Ça, ça sera jeudi. En attendant, je peux vous garantir que l’on va continuer à balancer toutes les théories possibles et imaginables sur l’inflation, la récession et la hausse des taux et que selon la façon dont ça sera présenté, tout pourra arriver.

Un lundi qui commence sous le signe de la méfiance

En ce lundi de congé aux USA, la littérature financière du matin est clairement sur le territoire des ours. On sent que l’angoisse nous prend à la gorge et que les indications que l’on voit, que l’on entend et les prévisions qui sont faites ici et là, sont toutes clairement en faveur du fait que l’on fonce tout droit en direction du mur de la récession et que visiblement, les freins ne fonctionnent plus. Et je ne sais pas si vous avez déjà percuté un mur frontalement – ne serait-ce qu’à 30 à l’heure – ça n’est que moyennement agréable.

Les futures sont indiqués en baisse de 0.8% très tôt ce matin. Ce qui ne veut absolument rien dire parce que les Américains ne sont pas là (oui, je sais c’est la huitième fois que je le répète) et que ça ne veut pas dire grand-chose. Mais de nos jours, un future en baisse de 0.8%, Américains présents ou pas, n’est jamais un bon moyen de commencer la journée pour ceux qui ont un tant soit peu d’optimisme dans la peau. Et puis, puisque les Américains sont en train de siffler des bières en faisant cuire des burgers tout en se demandant si la Cour Suprême est complètement conne ou seulement un petit peu (enfin, pour ceux qui sont capables de compter jusqu’à 100 et qui ont un passeport), on peut aussi jeter un œil sur les graphiques des indices européens. ON PEUT le faire. On n’est pas obligé d’avoir envie de le faire – d’ailleurs – ça fout presque la trouille – mais on sent bien que l’Europe est à nouveau sur les plus bas et que si, pour une raison ou une autre, nous lâchions ces niveaux, j’ai peur que l’on commence à se dire – ici et là – que le fond de la tasse, ben c’est pas ici et c’est nettement plus bas.

D’ailleurs, pendant que l’on reste concentré sur les USA qui sont fermés et les Européens qui sont au bord du gouffre, gardons tout de même un œil sur le SMI. Le chart est un peu moins moche que celui du DAX (un peu seulement), mais aujourd’hui nous aurons la publication du CPI sur nos monts quand le soleil annonce un brillant réveil. Et je suis prêt à parier que l’on va reparler de ce que « pourrait » faire la BNS en cas de mauvaise surprise. En cas de bonne aussi d’ailleurs.

En Asie

Ce matin en Asie on se pose les mêmes questions que je viens de vous relater ci-dessus. Les indices sont partagés et il n’y a pas de grande direction qui se dessine pour l’instant. Le pétrole est à 108$, l’or est à 1812$ et le Bitcoin est à 19’000$ et des poussières. D’ailleurs faites quand même gaffe, parce qu’il y a « je-ne-sais-plus-qui » qui a annoncé la semaine dernière que le Bitcoin était le nouvel indicateur avancé des bourses mondiales et que lorsque le Bitcoin baisse un jour, la bourse baisse le jour après. Bref, quand on voit les couleurs du marché et l’ambiance qui règne sur les futures, je crois que j’aurais tendance à dire que ce lundi va être férié pour moi aussi.

Dans les nouvelles du jour, on notera les commentaires peu encourageants de Mark Zuckerberg sur l’économie et sur l’état de sa boîte. Il est clair que depuis quelques temps, les CEO’s des grosses boîtes ont tous leur mot à dire. Après Musk qui a prédit la récession, on voit que Zuckerberg s’y met et que Bezos s’en prend à Biden au sujet de l’inflation. Zuckerberg a encouragé ceux qui ne voulaient plus bosser pour lui à partir, que ça ne lui posait aucun problème et que l’avenir ne serait pas simple parce que Facebook/Meta traversait une des périodes les plus compliquées de son histoire. On retiendra aussi que Tesla a publié ses ventes du dernier trimestre et que c’est en baisse de 18% à cause du shortages de certaines pièces – bla-bla-bla – on connait l’histoire. Musk a d’ailleurs « re-tweeté », mais pas à propos des ventes de Tesla, il a simplement tweeté une photo de lui et de ses 4 enfants avec le pape. Sa boîte enregistre des ventes en baisse et le gars va voir le pape… Est-ce que c’est une coïncidence ou simplement du désespoir ?

Chiffres du jour

Pour les chiffres du jour, nous aurons le Trade Balance en Allemagne, le PPI en Europe et deux-trois types de la BCE qui parleront. Pour le moment les futures sont en baisse de 0.7% et l’ambiance à l’air moyennement euphorique quand même.

Pour le reste, je vous souhaite un excellent début de semaine et je vous retrouve demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

« Do not let making a living prevent you from making a life. » -John Wooden