Quand on suit les marchés financiers avec passion depuis longtemps comme je le fais… Hhhmmm, bon… avec passion c’est peut-être un peu gonflé, mais disons que quand on suit les marchés depuis longtemps comme je le fais, s’il y a une chose que l’on développe, c’est la capacité d’identifier les séances qui ne servent à rien. Je vous le dis tout net, la journée d’hier en fait partie. Je n’invente rien : les indices n’ont pas bougé et la seule chose que l’on arrive à raconter c’est qu’il y a eu des rotations de secteurs. À ce stade-là, c’est plus de la rotation de secteur, c’est de l’indécision, selon moi. Bref, hier on a attendu aujourd’hui et ce matin on attendra cette après-midi.
L’Audio du 9 janvier 2026
Les chiffres de l’emploi
Oui, cette après-midi. Parce qu’on va pas se mentir, on peut brasser de l’air tant qu’on veut sur ce qui s’est passé hier – au-delà des nouvelles déclarations de Trump sur des sujets divers et variés – les intervenants n’attendent qu’une chose : les chiffres de l’emploi de tout à l’heure. C’est pas que ça va nous changer la vie, mais c’est surtout le fait qu’on va pouvoir commencer à reparler de la FED et de ce qu’elle va faire sur les taux et du coup, ça nous permettra d’avoir au moins un sujet de discussion jusqu’à la fin du mois. Sujet qui sera : « alors, la FED, elle va baisser les taux ou elle va rien faire ». Un sujet que l’on connait bien et que l’on maîtrise depuis plus de 2 ans et qui ne nous le cachons pas, à défaut d’être passionnant, anime nos discussions lors du traditionnel apéro du vendredi soir.
Hier il y a eu des chiffres économiques qui sont sortis. On en a parlé, il y avait les Jobless Claims qui était à 208’000 nouvelles demandes d’indemnités chômage contre 213’000 attendues. C’est donc une bonne nouvelle. On va dire que sur la semaine, l’emploi va moins mal que prévu. Oui, je le reconnais, c’est un peu tiré par les cheveux du Père Noël, mais ça nous occupe au moins la mémoire à court terme. Je dis à court terme, parce que ce chiffre sera oublié dans les 3 prochaines heures, faites-moi confiance. Par contre, hier tout le monde s’est excité sur le déficit commercial américain d’octobre qui était bien plus faible que prévu, le plus bas depuis 2009. Chiffre qui est donc appelé à soutenir la croissance du PIB du dernier trimestre 2025. D’ailleurs les experts ont déjà commencé à revoir leurs attentes à la hausse, j’en veux pour preuve la FED d’Atlanta qui a déjà augmenté ses attentes de PIB à 5.4% contre 2.7% auparavant…
Comme vous le voyez, on ne fait pas dans la demi-mesure dans le monde merveilleux des spreadsheets excel. Notons quand même que tout le monde n’est pas aussi convaincu, parce que selon les experts du côté obscur de la force, cette embellie masque des anomalies liées aux importations pharmaceutiques et aux exportations de métaux précieux, des facteurs exceptionnels peu susceptibles de se reproduire. En gros, c’est pile ou face, mais pas de quoi se rouler par terre dans du caviar non plus. En résumé, tout le monde attend ce soir pour voir si les 66’000 créations d’emplois prévues par les visionnaires de la finance est un chiffre qui tient la route et voir si on peut commencer à prendre des paris pour les baisses de taux à venir. Finalement, en relisant ce que je vous écris ce matin, j’ai pas l’impression que quelque chose a changé en 2026, tout ce que l’on discute actuellement est SOOOOOOO 2025…
Du côté du marché
Si l’on se concentre sur ce qui s’est passé sur les marchés hier, en observant les clôtures des indices du monde entier, on pouvait déjà largement se dire que la journée était chiante comme la météo de ce début de mois de janvier. Il n’y a que le Dow Jones qui semblait un peu dynamique et autant vous dire que quand on en est à se dire que le Dow Jones était l’indice le plus excitant de la journée, c’est que la journée était hyper-longue. Peut-être même hyper-très-très-longue. Et c’était pas mieux en Europe, puisque le DAX était en hausse de 0.02%, le CAC de 0.12%, la Suisse de 0.2% et l’Italie de 0.25%. On a connu plus excitant comme journée de trading. Aux USA, il faut tout de même retenir que la Big Tech s’est pris une petite claque (-0,44% pour le Nasdaq). C’est un peu comme si les « Stars » de l’équipe avaient été envoyées sur le banc de touche. Résultat : le secteur de la tech est l’un des deux seuls à être dans le rouge cette année, avec les « Utilities. Apparemment, les puces et les serveurs, c’est devenu « has been ». Même si ça nous excitait comme des fous il y a trois jours. Il faut tout de même reconnaître que dans ce marché de 2026, il y a une constante assez impressionnante ; c’est notre capacité à tourner la veste à la vitesse de lumière.
Pendant que les géants de la tech faisaient la gueule, le Russell 2000 continue de prolonger la fête : +5% depuis le début de l’année. Les investisseurs se sentent d’humeur chafouine et veulent prendre des risques en pariant sur la baisse des taux à venir qui va favoriser inévitablement le « team small caps ». Ils ignorent royalement les tensions géopolitiques et le climat politique US un peu… électrique, pour parier sur la croissance économique réelle. C’est ce qu’on appelle l’optimisme (ou de l’audace, c’est selon). Et puis dans la série « il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent, moi je ne fais qu’un seul geste, je retourne ma veste », on notera la valse des positions sur certains secteurs. Je m’explique. En général quand vous vendez la tech pour aller acheter des défensives, on appelle ça : UNE ROTATION DE SECTEURS. Dans l’ancien temps – c’est-à-dire y a encore une petite dizaine d’année – c’était des tendances qui duraient sur plusieurs jours, voir sur plusieurs semaines. Aujourd’hui on a de plus en plus de ROTATIONS DE SECTEURS en 24 heures. Ce qui laisse supposer qu’on peut avoir DEUX ROTATIONS en 48 heures et jusqu’à cinq en une semaine. En gros, sur une semaine de rotation de secteurs à la mode années 2020, on peut se retrouver le vendredi avec les mêmes positions que le lundi, tout en ayant changé trois fois de secteurs entre deux…
Bon, vous l’aurez compris, je dis n’importe quoi, mais c’est pour vous expliquer que le thème ROTATION DE SECTEURS commence un petit peu trop utilisé à toutes les sauces et ça devient n’importe quoi. Et je pèse mes mots. Soyons clairs : on ne change pas de secteurs toutes les 24 heures, sur ce genre de durée, ça s’appelle du tournage de veste et là, depuis quelques jours, on est passé en style « tournage de veste », mais en mode « ligue des champions ».
Pétrole et missiles en folie
Oui, parce que si l’on observe juste la séance d’hier, l’énergie a réexplosé à la hausse après s’être fait démonter la séance de la veille parce que le Venezuela et tout ce que ça allait coûter faisait un peu peur. Mais hier on a pris le chemin inverse et c’est reparti à la hausse dans le sillage du pétrole et de Chevron qui demandait une licence pour exploiter le pétrole local. Il faut pas venir me dire que c’est une rotation de secteur et que soudainement on vendait la tech et l’IA pour acheter de l’énergie. C’est juste qu’on ne sait plus où on en est et comme Trump balance des news toutes les 12 secondes sur n’importe quel sujet, on s’adapte et on suit le mouvement, tout en changeant d’avis 9 fois par jour si nécessaire.
Et ça n’arrive pas que sur l’énergie, puisqu’on a vécu la même chose sur le secteur « armement, fusées et trucs qui font du bruit ». Avant-hier Trump veut leur interdire de payer des dividendes et le jour d’après, il veut augmenter le budget du Ministère de la Guerre de 50%. En résumé, si on prend l’action Lockheed Martin, elle perdait 4.8% mercredi après le coup des dividendes et hier, elle reprenait 4.4% sur l’histoire du budget de la défense US. D’ailleurs, anecdote croustillante, on retiendra que cette explosion de budget militaire demandée par Trump pourrait entrainer un immense déficit supplémentaire – 600 milliards, quand même – et ça interroge sur le risque de participation des USA à de nouveaux conflits, avec une enveloppe équivalente aux 50 plus gros budgets « défense » des pays classés du second rang au à la cinquante et unième place… derrière les Etats-Unis. Pour donner des chiffres, si les USA ont un budget de 1’500 milliards, la Chine n’est qu’à 267 milliards, la Russie, 126 milliards, puis l’Inde à 75, les Anglais à 71.5 et le Japon est septième avec 57 milliards… Et pendant ce temps-là, selon les projections, les USA atteindront une dette de 40’000 milliards au mois de septembre.
Bref, hier on a tourné la veste sur l’énergie, on a trouvé la défense à nouveau très cool, on a pris les profits sur la tech et on attend les chiffres de l’emploi qui seront publiés à 14h30.
Les trucs à retenir
Dans les choses qu’il faut garder en mémoire ce matin, on notera que Remy Cointreau a explosé hier – en plein DRY JANUARY – la compagnie a fait des commentaires « légèrement positifs » lors d’un appel téléphonique précédant la publication des résultats du troisième trimestre. Heureusement que c’était «QUE » légèrement positif, sinon elle doublait. Et puis il y a une boîte chinoise qui s’appelle Anta Sports Products qui propose d’acheter 29% de Puma auprès de la Holding de François Pinault. À la place de faire de la contrefaçon, la Chine commence à acheter l’original, histoire de gérer les deux business en parallèle.
Autrement, on en arrive gentiment aux « trumpismes du jour » qui vont généralement par deux. Oui, alors je vous explique, apparemment dans sa stratégie de réseaux sociaux, Trump – selon les statistiques – publierait des « annonces » deux fois par jour en moyenne. Quand il ne publie pas c’est qu’il est dans le coma ou qu’il fait du sport pour entretenir son corps d’athlète. Donc hier, là tout de suite, les derniers trucs en date c’est le fait qu’il va rencontrer les patrons des grosses boîtes pétrolières aujourd’hui et qu’il a déjà annoncé que le secteur de l’énergie allait investir 100 milliards de dollars au Venezuela. Trump c’est le mec qui a la main dans ton portemonnaie et qui te dit comment tu vas dépenser ton argent et au moment où tu demandes si tu peux dire quelque chose, tu te rends compte que dans l’autre main, il a un magnum 44 pointé sur ta tempe.
Mais le Président ne s’est pas arrêté en si bon chemin, puisqu’il a annoncé son intention d’ordonner l’achat de 200 milliards de dollars de titres adossés à des créances hypothécaires. L’objectif affiché est de faire baisser les taux d’intérêt et de rendre l’accès à la propriété plus abordable pour les Américains. Selon les calculs théoriques, cette décision ferait baisser les taux hypothécaires de 0.25%, mais les experts doutent de l’efficacité réelle de cette intervention massive. Ils estiment que le montant n’est pas suffisant pour influencer durablement les taux du marché. De plus, une baisse des taux pourrait faire grimper le prix par manque d’offre. Au milieu de cette avalanche de posts quasi bi-journalier sur Truth Social ou X, il y a une chose qui est assez récurrente, c’est qu’à chaque annonce, cela soulève des contestations et à chaque fois, on a l’impression que c’est juste une « punchline » qui a été inventée par ChatGPT et qu’il n’y a absolument rien de concret derrière. Je suis en train de me dire que je vais ouvrir une nouvelle rubrique dans cette chronique : les « Trumpismes du Jour »… Et on va creuser le sujet et faire des statistiques…

En Asie
Les marchés asiatiques ont affiché une certaine hésitation ce matin, marqués par un recul du secteur technologique. En Corée du Sud, les géants de la tech comme Samsung et SK Hynix ont pesé sur l’indice KOSPI après ses récents records. À l’inverse, le Japon s’est distingué avec un Nikkei en hausse de 1.5%, porté par l’affaiblissement du yen qui favorise les exportateurs. En Chine, les nouvelles sont encourageantes : l’inflation a atteint un sommet en trois ans (0,8% en décembre), signalant une reprise de la demande et la fin potentielle d’une longue période de déflation. Les indices chinois ont réagi positivement à ces données. On notera aussi que la performance du secteur de l’armement en Chine aujourd’hui est spectaculaire. Inutile de chercher pourquoi, le budget de Trump ne restera pas sans réponse du berger à la bergère.
Prenons maintenant le temps de parler deux minutes du pétrole. Le baril repart à la hausse. Et ce rebond efface les pertes du début de semaine, porté par une accumulation de tensions géopolitiques majeures :
Tout d’abord les Tensions Russie-Ukraine sont toujours là même si on n’en parle plus. Les marchés craignent de nouvelles perturbations après une attaque de drone contre un pétrolier en mer Noire et la perspective de sanctions américaines encore plus strictes contre Moscou. Trump a également menacé le monde entier de taxe douanières de 500% si quelqu’un achetait du pétrole russe. Ensuite il y a la crise en Iran : le pays est secoué par de violentes manifestations pro-démocratie depuis une dizaine de jours. Le régime est jugé en difficulté, ce qui fait planer une menace directe sur la production et les exportations de Téhéran. Manquerait plus que Donald envoie la Delta Force. Ça se calme aussi sur le Venezuela et les craintes d’une inondation immédiate du marché par le brut vénézuélien s’apaisent. Le Sénat américain a limité la liberté d’action militaire de Donald Trump, et les experts soulignent que l’infrastructure pétrolière du pays est trop dégradée pour une reprise rapide de la production. Et puis pour terminer, il y a la Chine qui semble redémarrer selon les chiffres de ce matin – chiffres qui pourraient être infirmés par d’autre la semaine prochaine – mais pour l’instant, ça repart en Chine, donc ils vont consommer, donc le pétrole remonte…
Conclusion
Donc ce matin, le baril est à 58.37$, l’or est à 4’483$, l’argent est à 76$ et des poussières, le Bitcoin est à 91’000$ et du côté des rendements, le 10 ans US est à 4.18% et est passé par les 4.20% hier, quant au 10 ans japonais, il est toujours à 2.09%. Pour le reste, on notera quand même que la la Cour suprême pourrait rendre AUJOURD’HUI, sa décision sur la légalité des tarifs douaniers imposés par Donald Trump via la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence (IEEPA). L’enjeu est de savoir si le président peut légalement utiliser cette loi, normalement réservée aux sanctions internationales, pour instaurer des taxes commerciales sans l’accord direct du Congrès. On n’en sait pas plus, mais ça pourrait rajouter une couche d’excitation dans ce marché. Pour le reste, on va attendre le prochain « tweet » de Trump et les chiffres de l’emploi – les fameux NFP – qui sont attendus à 66’000 avec un taux de chômage à 4.5%…
Je vais donc vous laisser vaquer à votre vendredi et on débriefera tout ça dans la chronique de lundi. D’ici-là, profitez bien de ce marché dirigé et tenu par Trump, passez une excellente journée et un très bon week-end.
À lundi.
Thomas Veillet
Investir.ch
“The fact that we live at the bottom of a deep gravity well, on the surface of a gas covered planet going around a nuclear fireball 90 million miles away and think this to be normal is obviously some indication of how skewed our perspective tends to be.”
― Douglas Adams